Résultats des victoires de la musique 2012 : La victoire ou la mort

03/03/2012 - 22h10
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Pourquoi le trophée me fait penser à un gros doigt ?

 

 

 

 

 

 

 

Ceux qui ne croient pas aux fantômes et aux phénomènes paranormaux n'ont pas regardé les victoires de la  musique 2012. On s'était dit l'année dernière et l'année d'avant que c'en était fini pour nous, qu'on avait donné, comme un correspondant de guerre qui rentre à la chaumière et se promet de ne plus y retoucher, un camé à la replonge et puis voilà, il fallait qu'on y soit pour tenter enfin d'y voir plus clair, comprendre ce qu'avait fait le pays pour mériter ça et qu'on a tenté d'élucider avec une régularité de moine depuis une décennie. La vérité nous est venue presque immédiatement cette fois-ci. Le Palais des Congrès était hanté. Un vortex s'y est ouvert, mettant en communication des mondes et des espaces-temps éloignés de plusieurs milliers de kilomètres et années-lumière. La présentatrice est emballée dans du boyau de chat noir. Elle est enceinte de l'Antéchrist et disparaît pour faire pipi sur le Ministre de la Culture en coulisses et enfiler des déguisements de Lady Gaga, tandis que des imbéciles font des gags idiots importés des années 60 que les spectateurs ne voient pas.

 

 

 

 

 

La Quatrième Dimension

 

 

 

 

 

Alessandra Sublet et la production ont choisi de faire la part belle à la musique et on déguste dans les 20 premières minutes avant de croiser l'impensable : un peu de plaisir et de qualité. Laurent Voulzy à l'ouverture est possédé gentiment par le fantôme dégradé et moyen-âgeux de Sufjan Stevens. Mika passe à deux doigts de la sortie de route et nous d'une condamnation pour blague homophobe. A la dernière sauterie, il ouvre l'anneau et libère par la bouche le spectre de Yannick "Ces Soirées Là" qui était entré en lui par inadvertance en glissant sur le Tahiti Douche. Rebelote 3 minutes plus tard avec l'infâme Camille, qui fusionne spatialement avec Yannick Noah et Sabine Paturel pour un remix afro-transylvanien des "Bêtises", mâtiné de "Saga Africa" boboloco. La chanteuse glisse sur un brin d'ADN et se métamorphose en banshee qui jongle avec ses nichons au balconnet. On croit voir ensuite Mick Jagger qui, selon une vieille blague, s'appellerait Jean-Louis Aubert (on nous a déjà fait le coup avec Johnny et Fabrice Lucchini) et défendrait un album baptisé du nom d'une franchise de pompes funèbres. Un grésillement plus tard, la soirée traverse une barrière d'astéroïdes rock et aligne 3 morceaux de musique véritable, ce qui ne s'était jamais vu en 27 éditions. Catherine Ringer fait le boulot et abuse des solos de guitares (artiste féminine de l'année 2012). Arno et Stromae livrent un "putain, putain" d'anthologie qui rappelle la fois où Mark E. Smith avait fait l'appoint chez les Inspiral Carpets. Quel plaisir. Thiéfaine vient conclure cette sainte trinité, tandis que Sublet décerne le prix du spectacle à... Aubert... et un accessit à Vanessa Paradis, morte il y a 25 ans et à laquelle la profession rend un hommage émouvant. (à moins que ce ne soit Dalida). Tou n'a pa chanjé, tou a toujours lé même....Julio.   

 

 

 

Skip The Use, sosie chantant de Thierry Henry, offre au public médusé, et après les Belges éméchés, son premier (ou deuxième) grand frisson de la soirée. Entouré par des gamins catholiques, le jeune homme prépare le terrain pour Imani Winehouse, un sosie de la chanteuse britannique disparue qui chante avec une trompette dans le nez. Sensé incarner la post-modernité variétoche et easy listening, le duo Brigitte s'étouffe dans son vomi kitsch mais remporte la mise. La cérémonie évolue depuis toujours dans une dimension paradoxale où les rares artistes intéressants nommés sont doublés par d'invraisemblables tâcherons. M prend le meilleur DVD avec son pass VIP à Raphaël qui avait pourtant Jacques Audiard dans son équipe. L'année prochaine, c'est Bézu qui se fait Scorsese à la maison de retraite et va taper Macias et Orson Welles.

 

 

 

 

 

Paul, une tourtel

 

 

 

 

 

Sur les coups de 22h20, la cérémonie commence à vasouiller sévère, tandis que tombent les récompenses. Orelsan cueille une cerise et se fait remplacer par Mc Solaar au moment de chanter. Il se passe de ces choses ici. Des mondes perdus remontent à la surface et des zombies envahissent la salle, rappelant au monde que l'art est la seule chose au monde, avec la politique, qui ne peut pas progresser (surtout s'il se pratique en France). On s'était fait incendier l'année dernière pour avoir maltraité Coeur de Pirate et son nez. A 12 mois de distance, la belle et son groin (p*** mais ça va pas de parler des gens comme ça) se portent toujours aussi bien, mais se font souffler la chataîgne par Thiéfaine qui gagne haut la main la Victoire de révélation de l'année, pour son 117ème album (on déconne). Le visage roulé dans un havane cubain, l'ancien fils du rouleur de joint sent l'ammanite tue-mouche et s'offre les remerciements les plus chiants de la soirée en se jetant aux pieds de sa maison de disque Columbia : c'est Super-Félix Thiéfaine. On frise le suicide quand Aubert, Zaz et Raphaël rendent hommage à Barbara (qui sort un nouvel album prochainement, pourtant). Un malheur ne venant jamais seul, la fenêtre de l'appartement s'ouvre et la table se colle au plafond. Les spirites ont retrouvé ma trace. Ce sont eux qui ont glissé dans l'enveloppe le nom d'Izia pour le meilleur album rock.... de l'année. Je suffoque. Dans ma platine, mes CDs se tiennent les côtes. Les New York Dolls se fichent dans le mur en tourbillonnant comme un shuriken. "Merci Valéry Zeitoun." Si seulement Izia pouvait ne pas chanter.... mais non, je l'entends. J'ai des boutons autour de la bouche et des mots qui s'enfilent dans la gorge, du sang qui me sort des narines. So Much Trouble. Cette fille est TROP rock pour moi. Ouaahh, franchement, je croirais pas.... ououa, elle envoie. C'est TROP cool Izia, non ? Il faut que je m'achète l'alboum à Auchan. AAaahhhh, sors de ce corps. Cela devient si difficile, maintenant. Je suis comme Thiéfaine face à ma 1ère victoire. Con. 22H52. Musique du monde. Heureusement c'est Paul Simon qui s'y colle et puis Roch Voisine. Le Spectre dit qu'il s'appelle Jehro. T'as bu du nectar dans ta cantina ? Ca passe ou ça lasse. La nécro. Faites revenir DJ Mehdi. Il n'aurait jamais laissé Justice l'emporter quand Yuksek était en lice. Le groupe fait un duplex depuis Göteborg. Et si c'était mes Victoires de trop ? Et si je devais en rester là plutôt que de pousser jusqu'à minuit trente ? A mon âge, je ne peux pas soutenir un nouvel hommage à Michel Berger.

 

 

 

 

 

Le chanteur français n'est pas entré dans l'Histoire

 

Pourquoi est-ce qu'il y a un hommage à Michel Berger TOUS les ans ? Pourquoi est-ce que Michel Berger chante toujours la même chose et n'a pas écrit une bonne chanson depuis 20 ans ? Le voilà qui chante en breton maintenant. On le reconnaît à ses cheveux noirs et frisés, à son air de cocker. Nolwenn, c'est toi? - Je t'ai pris pour Michel Berger. Avec l'affectation d'une bigoudaine qui n'aurait pas vu la mer depuis Belzébuth, Nolwwwwwen chante la France. C'est beau comme une algue accrochée à une moule accrochée à son rocher. Ca sent l'iode, comme AAAHHHHHH... Mais qu'est-ce que c'est que ça ? On approche de minuit. Les enfers sortent les démons des premiers cercles. Zaz chante comme si elle avait avalé des testicules de mouton au dîner. Elle en a un petit morceau coincé dans le nez et un autre dans la glotte. A l'oreille, cela donne un peu comme le meurtre d'Elisabeth Stride par Jack L'Eventreur, le sang en moins. Quelle que soit l'année, 80% des invités ne changent pas. J'ai cru voir Chamfort et Julien Clerc. Voilà Bashung, Claude François. La chanson française est éternelle. Elle n'est jamais entrée dans l'Histoire. Quand un chanteur français écrit une chanson, il ne se demande pas ce qu'il pourrait faire pour l'améliorer, non, il la compose exactement comme son père avant lui, comme son grand-père. Le chanteur français, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l'idéal de vie est d'être en harmonie avec le Top 50, ne connaît que l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n'y a de place ni pour l'aventure humaine, ni pour l'idée de progrès. Dans cet univers où la niaiserie commande tout, l'homme échappe à l'angoisse de l'histoire qui tenaille l'homme moderne mais l'homme reste immobile au milieu d'un ordre immuable ou tout semble être écrit d'avance. Jamais l'homme ne s'élance vers l'avenir. Jamais il ne lui vient à l'idée de sortir de la répétition pour s'inventer un destin. Thomas Dutronc, ça ne manque pas. Le secret est dans la sélection des gènes. Chaque année, nous sélectionnons les meilleurs chanteurs pour ne garder que les plus mauvais. Nous leur donnons les meilleurs aliments, des musiciens de studio et une exposition maximale.....Ca ne va pas un peu loin ? Pas si on considère qu'une émission qui doit son salut chaque année à la prestation (excellente, comme toujours) de Benjamin Biolay décide de finir en beauté en couronnant le dernier joyau de sa couronne (mortuaire) Hubert Félix encore qui emporte le prix de l'interprète masculin de l'année après des décennies de sévices. Peut-être est-ce qu'on aurait dû s'arrêter là. La séquence féminine avec la très suggestive L et la sublime Inna Modja "French Cancan" ne contribue pas tant que ça à rétablir l'égalité des sexes. Un peu de groove n'a jamais fait de mal à personne cependant. Le morceau se situe à mi chemin entre l'Under The Cherry Moon de Prince et la Chupeta.    

 

En couronnant Orelsan (révélation du public), Hubert Félix Thiéfaine et Laurent Voulzy (chanson originale de l'année), cette cérémonie 2012 comme les précédentes aura jonglé avec les contradictions pour s'offrir un palmarès plutôt plus relevé et digne que d'ordinaire. Avec ce trio, on ne peut s'empêcher de relever une volonté de se payer une tranche d'histoire et d'indépendance, tout en gardant un pied dans la variété avec le tandem Voulzy-Souchon qui tient (plutôt honorablement) la boutique de la pop depuis 30 ans. A l'exception de Skip The Use et du passage remarquable Stromae-Arno, les jeunes pousses auront globalement été inexistantes face aux aînés, apparaissant (Izia, Zaz, Camille) comme immédiatement fossilisées dans leurs styles respectifs de rattachement.   

 

 

 

( à suivre en 2013 ou pas)

 

 

 

    

 

Par Benjamin Berton
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