Rap et homosexualité : le début du coming out ?

21/05/2012 - 15h30
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rap gay
Brocardé pour ses lyrics homophobes, souvent à raison, le milieu hip hop serait-il en train d’évoluer ? A l’heure où Barack Obama se prononce en faveur du mariage gay, des rappeurs influents comme Jay-Z et de jeunes emcees dans le vent tels que A$AP Rocky, Azealia Banks ou Lil B tentent de sortir le rap de ses embarrassants préjugés. Retour sur une histoire de blocages (aux folles).

"J'ai toujours vu l'interdiction du mariage gay comme quelque chose de passéiste. Ce que les gens font chez eux, c’est leur affaire privée, ils choisissent d’aimer qui ils veulent ! Les discriminer, c’est la même chose que de discriminer les Noirs. C’est de la discrimination, pure et simple. Légaliser le mariage gay, même si ça coûte des voix à Obama, reste le bon choix à faire, en tant qu’être humain." Les mots de sont pas de Lady Gaga, chanteuse connue pour ses propos gay-friendly, mais de Jay-Z. La plus grande star mondiale du rap s’est en effet fendue d’un soutien clair à la position pro-mariage gay d’Obama, le 14 mai dernier, au micro de CNN. Cette déclaration serait anodine dans la bouche de n’importe quel indie-rocker, mais dans celle d’un rappeur évoluant au sein d’un milieu très homophobe, elle paraît étonnamment courageuse et progressiste. Hypocrites selon les détracteurs de Jay-Z qui se souviennent de l’emploi de l’expression controversée "No Homo" dans le morceau "Run This Town" ou encore son admiration revendiquée dans "Brooklyn Go Hard" pour une chanson ouvertement homophobe de Buju Banton ("Boom Boom Bye" qui encourage à l’immolation des gays), les propos de Jigga s’inscrivent quoiqu’on en pense dans un mouvement d’ouverture bienvenu.


Le hip hop, un mouvement traditionnellement homophobe

Car le milieu hip hop n’a pas toujours été aussi gay-friendly, loin s’en faut. Son homophobie latente remonte au début du mouvement. En 1989, Big Daddy Kane érigeait ainsi son mantra : "La loi de Big Daddy est anti-pédé". La décennie suivante, des rappeurs comme DMX ou Method Man associaient l’homosexualité à une faiblesse : quand on demandait par exemple à la star du Wu-Tang s’il pouvait concevoir l’existence d’un rappeur gay, il répondait : "tu ne peux pas baiser les gens par le cul et te revendiquer gangsta". Les années 2000 débutent dans la même veine violemment homophobe et assumée avec Eminem qui éructe "Mes mots sont comme un poignard à bord dentelé  / Ils te poignardent dans la tête, que tu sois un pédé ou une gouine" ("My Words Are Weapon", 2001)  tandis que son pote 50 Cent se confesse à Playboy en 2004 : "Je n'aime pas les pédales. Je n'aime pas les homos autour de moi, je ne les respecte pas et je ne me sens pas à l'aise à côté d'eux. Je ne suis pas un connard. C'est juste que je les blaire pas surtout quand ils baisent ensemble. Nous n'avons rien en commun." Sans doute conscient d’avoir été un peu dur, le rappeur new yorkais croit bon d’ajouter en guise de nuance : "Mais par contre les femmes qui aiment les femmes, c'est cool."


De l’autre côté de l’Atlantique, les Français ne sont pas en reste, du groupe de Kery James, Ideal J ("Hardcore, la fin du monde on en voit les premiers signes / Hardcore, deux pédés qui s'embrassent en plein Paris") à Lunatic ("anti-pédés") en passant par NTM ("pendant ce temps des pédés font sauter des bombes dans nos océans") ou Sexion d’Assaut ("Je crois qu'il est grand temps que les pédés périssent, coupent leur le pénis, laissent les morts, retrouvés sur le périphérique"), qui a par ailleurs fait polémique avec des propos homophobes lors d’une interview donnée à International Hip Hop en juin 2010 : "On est homophobe à 100%. Le fait d'être homosexuel est une déviance qui n'est pas tolérable". Les membres du collectif se sont ensuite excusés, en particulier l’auteur des propos, Lefa, qui s’est expliqué dans un communiqué officiel, penaud : "Je me suis rendu compte en vérifiant la signification du mot “homophobie” que j'avais sorti une connerie plus grosse que moi. C'est vrai que j'ai grandi dans l'ignorance de ce que ce terme signifie vraiment. Mais ni moi ni le groupe ne sommes homophobes. L'homosexualité est quelque chose qui est très loin de nous, qui avons grandi dans un milieu macho, et on utilise des mots qui s'y rapportent à tout bout de champ, sans forcément tous les maîtriser. Le groupe a eu beaucoup de succès très vite, et c'est vrai que nous prenons conscience que nos paroles ont désormais un retentissement important, c'est la raison pour laquelle je voulais revenir là-dessus et clarifier les choses." L’homophobie dans le rap, une bête histoire de dictionnaire ? C’est évidemment plus compliqué.


"Si t’es gay, représente ton clan !"

Même s’il n’excuse en rien les propos outrageants tenus par Lefa, ce communiqué a le mérite de mettre le doigt sur une cause importante du haut degré d’homophobie présent dans le rap : l’ignorance et les préjugés au sein d’un milieu très macho. Une ignorance qui se décante bien souvent avec les années ou quand vient le succès, et que les œillères des rappeurs s’ouvrent un peu au contact d’autres milieux plus tolérants. Le faux pas de Sexion d’Assaut n’est en effet pas nouveau. On se souvient du spectaculaire revirement d’Eminem sur la question homo en 2001, quand le badboy, connu pour ses lyrics homophobes, avait invité sur scène Elton John (artiste ouvertement gay) pour chanter "Stan" lors de la cérémonie des Grammy Awards. Même si les détracteurs de Slim Shady n’ont vu là qu’un effet de manche un peu facile pour désamorcer les polémiques, les deux artistes sont ensuite restés amis. Et plus tard, quand le New York Times lui pose la question de la légalisation du mariage gay, le MC de Detroit a cette réponse goguenarde : "Si deux personnes s'aiment, quel est le problème ? Je pense que tout le monde devrait avoir la chance d'être aussi heureux que les autres."
Autre star à changer d’avis sur la question : Kanye West, lorsqu’il découvre en 2005 qu’un de ses cousins, qu’il admire beaucoup, préfère les hommes. "Dans le hip hop, tout le monde parle d’ouverture d’esprit et de faire tomber les barrières, pourtant tous les rappeurs crachent sur les homos, déclare-t-il alors au magazine Sway. En fait, s’il y a un mot désignant l’exact contraire de ‘hip-hop’, c’est ‘gay’.J’ai juste envie d’aller sur un plateau de télé et de dire aux rappeurs et à mes amis : ‘Yo, arrêtez ça’ ". Même le brutal 50 Cent y va de son virage contrôlé. En 2007 lors d’une émission pour CNN, il se défend d’être homophobe : "ma mère aimait les femmes. Vous voyez ce que je veux dire ? Donc comment je pourrais haïr des gays ?" Plus tard en 2011, la star du G-Unit va même jusqu’à prendre publiquement la défense de DJ Mister Cee, légende vivante de la radio Hot 97, accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec un travesti. The Game le soutient aussi. Dans une interview, le Californien encourage tous les gays dans le placard à faire leur coming-out, tout comme le New Yorkais Fat Joe qui déclare "Si t’es gay, représente ton clan !".


Homo-hop et coming-outs

Plus facile à dire qu’à faire. Surtout dans un rap-game sous stéroïdes qui n’en finit plus de se demander qui a la plus grosse. Dans ce cadre à l’imagerie paradoxalement homo-érotique (corps bodybuildés, virilité criarde), certains rappeurs ont pourtant fait leur coming-out. Monys en France, Lunatique au Canada et Deadlee aux Etats-Unis font partie de ces courageux MCs. En 2007, ce dernier faisait partie du Homorevolution Tour, une tournée américaine avec des artistes "homo-hop" uniquement, c’est-à-dire des gays, des lesbiennes et des bisexuels pratiquant le hip hop. Si l’initiative part d’une bonne intention, elle enferme forcément ces rappeurs dans une niche. "Je ne veux pas juste faire partie de la catégorie hip hop gay, confie Deadlee au magazine Gaylif, c’est assez nase, je pense. Je veux figurer dans la catégorie hip hop. Parce que sinon je vais être connu comme étant ‘le rappeur gay’, point barre, comme Eminem a été ‘le rappeur blanc’. Cette catégorisation a bien fini par le lâcher, mais ça pourrait être plus long pour moi d’enlever le label ‘gay’". Pour l’instant, aucun de ces rappeurs "outés" n’a d’ailleurs réussi à s’extirper de sa "niche" homo.


C’est moins le cas du rap féminin. On pense au succès underground de Yo Majesty avec leurs explicit lyrics lesbiens ("shit I'm hott baby, let me give a kiss, and when i get wet, I jus stick it wit my fist, you eva had ah orgasm while you piss", on vous laisse traduire), à l’Anglaise Lady Sovereign ("Tu ne peux pas te cacher toute ta vie" a-t-elle expliqué dans Diva magazine en 2010), à la star Nicki Minaj (même si elle n’a pas fait son outing officiel, elle cultive une certaine ambiguïté, et ses looks colorés à la Lady Gaga sont en passe de l’introniser icône gay) ou encore à Azealia Banks, qui a explosé cette année avec un single à la gloire du cunnilingus ("Je pense que des chattes vont être bouffées", dit le refrain de "212"). Ouvertement bisexuelle, la bombe de Harlem refuse pour autant de se laisser enfermer dans une case en rapport avec sa sexualité : "je n’essaie pas de devenir la rappeuse bisexuelle ou la rappeuse lesbienne. Je ne veux pas que les gens m’imposent une catégorie" a prévenu dans le New York Times celle qui fait aujourd’hui partie des cinq personnes auxquelles Kanye West est abonné sur Twitter.


"Rien à battre de tes préférences sexuelles"

Une partie de la jeune génération mâle a pris acte de ces avancées sociétales, la jouant plus franco que des rappeurs installés comme Lil Wayne, Fabolous ou Cam’ron qui bottent en touche avec l’usage fréquent du gimmick "no homo" dans leur textes. Cette expression, très utilisée par le crew de Harlem, The Diplomats, au début des années 2000, vient s’ajouter à la suite d’une phrase dont le sens "gay" pourrait être ambigu (ça marche avec toutes ces punchlines par exemple). Certains y ont vu un début de tolérance, d’autres ne perçoivent là qu’une hypocrisie de plus d’un milieu ricanant bêtement de sa propre étroitesse d’esprit. A$AP Rocky, jeune emcee de 23 ans récemment signé en major, a les coudées plus franches : "Je suis tellement en phase avec ma sexualité que si j’apprends que quelqu’un est gay, ça m’est égal, déclare-t-il au magazine Complex en octobre 2011. Les gens sont des gens, et j’aime les gens. Moi je ne suis pas gay. Je suis hétéro. Mais je n’ai rien à battre de tes préférences sexuelles, du moment que tu respectes les miennes.Tous les designers avec qui je bosse sont gays. J’aime ça et je m’en fous. Je ne dis pas que le hip hop a forcément besoin de rappeurs gays, mais il a besoin d’arrêter d’être si borné parce que ça va mener à la chute du mouvement. Regarde la pop. La pop ne discrimine pas les gens. Regarde Lady Gaga, tu vois ce que je veux dire ?"
Lil B espère lui aussi faire évoluer les esprits. Sa manière de faire est un peu plus provocante et roublarde qu’A$AP Rocky : il a intitulé son dernier album I’m Gay, ajoutant quand même "I’m happy" entre parenthèse pour rappeler qu’il est hétéro. "J’espère que ça peut faire changer d’avis certains de mes fans homophobes", justifie le MC de la Bay Area, victime de menaces de mort au moment de la sortie du disque. Au sein de crew Odd Future (OFWGKTA) aussi, on affiche une certaine tolérance. Le collectif de Los Angeles compte en son sein une lesbienne revendiquée, Syd The Kid (membre de The Internet), qui n’hésite pas non plus à sortir du placard, comme d’autres rappeuses (Missy Elliott ou Queen Latifah), tandis que le crooner R’n’B Frank Ocean se revendique en faveur du mariage gay : "Je crois que le mariage ne se fait pas entre homme et femme, mais entre amour et amour".


Ouverture d’esprit qui n’empêche pas Tyler The Creator, talentueux mais immature leader d’OFWGKTA, de barder ses rimes de "faggot" ("pédé") toutes les deux lignes. "Je ne suis pas homophobe, plaide-t-il, en reprenant les arguments de la majorité des rappeurs. Je pense juste que le mot ‘pédé’ blesse les gens. Ça fait mal. Et gay veut juste dire ‘idiot’. Je ne sais pas, nous ne réfléchissons pas à ça, on est juste des gosses." Reste donc à grandir un peu. Car pour la cause gay dans le hip-hop, même si les choses évoluent réellement, ce n’est pas encore gagné.

Par Eric Vernay
COMMENTAIRES
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un vrai torchon cet article.
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Anonyme | le 20/05/2013 à 00h10 | Signaler un abus
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les gays dans le rap, bravo quelle bonne idée, ça serait genre magloire en mode B2O, ou macdoom avec la casquette et le flow de la fouine pourquoi pas ça serait rigolo tiens, bientôt des pédophile pendant qu'on y est quoi de mieux que notre vieux rapper pedobear .. coming soon non mais n'importe quoi...
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Anonyme | le 20/05/2013 à 00h08 | Signaler un abus
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