
NB Easywriter : Fabrice Colin a téléchargé (légalement) le dernier Radiohead, , il nous fait part de ses impressions, track by track :
15 step : ballade orientalisante assez surprenante. Commence comme un morceau électro-world avant qu'une guitare électrique très douce, surgie à 00:41, ne souligne la progression de l'ensemble. Puis des cymbales. Puis des synthés, extraterrestres un peu 80's, et des cris joyeux d'enfants. Magnifique.
Bodysnatchers : le 2+2=5 de l'album : un morceau très enlevé, toutes guitares dehors. Très rugeux dès le départ et procédant, comme beaucoup de titres, par accumulations successives entrecoupées de brèves et trompeuses accalmies. La fin, hystérique, prouve si besoin était que le groupe n'a rien perdu de son mordant (putain, voilà que j'écris comme un journaliste de Marie-Claire).
Nude : assez différente de la version entendue en live ; penser à Morning bell sur Amnesiac mais avec moins d'emphase. Un clip possible : une centrale nucléaire abandonnée en plan fixe. L'un des plus beaux morceaux jamais enregistrés par le groupe - de la trempe d'un Morning bell, justement, ou d'un No surprises.
Weird fishes / Arpeggi : encore un morceau souvent joué sur scène. Rapide, contemplatif. Le titre ne prend toute sa dimension quà 03:03, quand il s'enfonce dans des territoires souterrains, suffocants avant que, quarante secondes plus tard, la batterie ne re-émerge, accompagnée de plaintes séraphiques.
All I need : entrée de cordes crépusculaires pour une ballade gothique plombée de basses marécageuses. Un saurien, donc, magnifié par une orchestration inventive, et qui se termine en apothéose.
House of cards : parfois entendu en concert aussi ; un titre étrangement lumineux, avec une voix toute de reverbérations éthérées et une fin somptueuse. Encore des influences black, subtiles et joyeuses.
Faust arp : morceau d'une glaciale élégance, une voix plus une guitare sèche. Force est de reconnaître que le groupe aurait été incapable d'enregistrer une telle merveille il y a dix ans. Sidérant.
Reckoner : aurait eu sa place sur Kid A ou, plus sûrement, sur Amnesiac. Rythmique sautillante, voix aigüe, mode mineur. Et puis à 2mn25 le morceau s'arrête et se mue en une complainte angélique, gospel nappé de cordes - qui rappelle la fin de Paranoid Android - avant de retrouver sa route quasi funk.
Jiggsaw falling into place : Thom chante beaucoup moins haut. Encore un morceau rapide déployé en spirales, volutes & guitares sèches.
Videotape : déjà un classique, déjà entendu mille fois - ici, un piano, des choeurs obsédants, quelques filets de synthé, et une boîte à rythme trébuchante. Un morceau d'une mélancolie assez aveuglante.
Verdict : Au final ce qui frappe sur In rainbows, c'est d'abord une impression d'absolue cohérence (cohérence issue d'une sélection de titres méticuleuse & restreinte, nécessairement drastique et qui, d'une façon ou d'une autre, faisait défaut aux trois albums précédents), impression qui poussait déjà les fans hardcore du groupe à comparer In rainbows à OK Computer dix jours avant sa sortie. Deuxième chose : la légerté de l'ensemble, l'aisance mélodique pleinement retrouvée, la rythmique en retrait, souvent jazzy, et l'allant naturel des morceaux (pour six d'entre eux au moins), leur enthousiasme, leur naturel bondissant. Il est évidemment un peu tôt pour dire si In rainbows se hisse à la hauteur de OK Computer : disons qu'il y ressemble, dix ans après - dans une version plus décomplexée et peut-être moins pesante, largement compensée par la noirceur apocalyptique des lyrics.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida