R.E.M. le groupe souverain de la scène pop-rock Retour sur un parcours exemplaire

23/09/2011 - 15h12
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R.E.M. le groupe souverain de la scène pop-rock
Après 30 ans d'existence, il y a assez peu de gens pour considérer que R.E.M. était leur groupe favori. Faut-il y voir une insuffisance à déchaîner les passions ou une de ces qualités essentielles des grands groupes : se fondre dans le paysage au point de faire partie du patrimoine ? R.E.M. n'est pas virtuose, ni toujours séduisant, accessible ou intelligible et fait partie des grands groupes qui comptent le moins de détracteurs. Qu'est-ce qui explique le miracle, l'attachement et la longévité dans ce cas ? Appelons ça la souveraineté, une forme de majesté immédiate, de grâce et de force mystérieuse qui émane tant de la discographie que de la carrière du groupe. R.E.M., groupe souverain ? Explication en 5 points.

Rétrospective R.E.M. : Retour en clips sur 30 ans de carrière

01. Un groupe modèle Comme le réaffirmait Robert Forster en en faisant l'une de ses lois du rock, "three is the magic number". Cela ne tient pas tant que ça s'agissant de R.E.M. qui n'évolue sous cette configuration que depuis 14 ans (le batteur Bill Berry est parti en 1997 suite à des problèmes de santé), mais la structure nucléaire et durable du groupe, parti de rien en 1980 et devenu monstrueux dans les années 90, en impose à tous ceux qui suivent l'histoire du rock. Comme U2, R.E.M. tire sa force de sa longévité et de sa compacité. Buck et Stipe se sont rencontrés assez classiquement (c'est tellement beau) dans un magasin de disques où le premier travaillait. Les deux autres, Berry et Mills sont arrivés peu après, à l'âge où on étudie. Les choses n'ont pas bougé ou si peu après. Il y a une forme de beauté évidente et immédiate dans cette confrérie soudée et fondée sur une amitié éternelle qui, si elle ne garantit pas la qualité, donne au groupe une assise solide, un caractère granitique qui imprègne fortement sa musique.Si personne n'a jamais su dire si R.E.M. faisait du rock, de la pop ou du folk, personne n'a jamais eu l'idée de contester que le groupe avait façonné au fil des années et de ses 15 albums une identité sonore. Stipe est le seul à grommeler, murmurer, marmonner comme il le fait. Le jeu de Buck, avec ses faux airs de Byrds et de Johnny Marr, est à la fois cristallin, mélodique et puissant. C'est la réunion de ces deux ingrédients qui fait la signature et le ciment de R.E.M. Depuis 1997, le trio s'est parfois adjoint des renforts mais la structure ternaire a toujours su se protéger et présenter sa face parfaite aux éléments : chute des ventes, succès, insuccès, pépins de santé, revers de fortune, critiques moins élogieuses. R.E.M. est inoxydable. Ajoutez à cela une signature en commun des morceaux, une démocratie de façade où les rôles sont savamment répartis et on tient, à travers les âges, l'essence de ce qu'on imagine être un groupe de rock, la consumation en moins et la classe en plus. R.E.M. est une leçon de vie en même temps qu'une leçon de musique. 02. Le grand écart entre musique populaire et le domaine arty Il n'y a pas plus américain que R.E.M. et pourtant le groupe a fait toute sa seconde moitié de carrière en vendant des wagons de disques en Angleterre. On peut dire simplement que le groupe a pris le meilleur des deux mondes : l'énergie du punk anglais, du rock californien (The Byrds) mais aussi le sens de la mélodie de The Smiths (Stipe est l'un des rares amis de Morrissey). Pendant toutes ces années, R.E.M. ne s'est rien interdit : conquérir le monde, faire du rock FM, revenir au rock brutal, expérimenter avec des machines, engager des collaborateurs d'un soir. Il a créé son petit espace sur la carte, un univers propre mettant en scène son propre mystère.Démarré chez IRS Records, après avoir écumé pendant des années le Sud américain et être devenu l'un des premiers phénomènes college, R.E.M. a migré assez vite (après 8 ans de vie tout de même) chez Warner. On n'a jamais entendu personne dire que ceux-là s'étaient vendus à une major tant il était évident que la musique du groupe méritait de changer de braquet. Pas une protestation pour dire que était un album facile. R.E.M. est un groupe qui tient autant du Velvet Underground que de Led Zeppelin, un groupe qui a le soutien des pus obscures gazettes indé et qui passe en boucle sur MTV. Ce grand écart entre musique populaire et le domaine arty, qu'aucun autre groupe d'une telle surface ne peut revendiquer, n'a jamais été un problème pour personne et jamais pour les membres d'un groupe qui a pu se permettre en 1994 d'écouler quasiment 10 millions de copies d'un album gorgé de distorsions et d'effets comme . R.E.M. a, à sa manière, préparé le terrain pour l'ensemble des groupes indépendants. Il a montré la voie musicale, acceptant de passer par la case du reboot en 1997 (entendre une remise en cause fondamentale qui manqua alors d'emporter le groupe) et de revenir avec des albums qui n'avaient plus rien de séduisants. L'enchaînement d', et peut passer au choix comme le ventre mou d'une carrière cherchant son second souffle ou comme l'affirmation audacieuse d'une liberté artistique majeure. Si on ajoute à ça la BO du film {Man On The Moon}, ces années-là, on tient une sorte d'anguille dont la liberté et le caractère glissant sont une leçon de choses pour tous les apprentis rockers (à succès) de la planète. R.E.M. est à la fois là où on les attend et en même temps tout le temps ailleurs. 03. Un engagement politique modeste et discret Peu ont aujourd'hui l'image d'un groupe qui s'est engagé pour telle ou telle cause ou a défendu de grandes idées comme le fait, par exemple,...Bono. R.E.M. n'est pas toujours sur la photo mais le groupe aura été aussi un groupe de combat, dont la parole rare et alambiquée rendait les prises de position d'autant plus percutantes et intelligentes. R.E.M. a croisé le fer et apporté son soutien à tout un tas de causes pour devenir l'un des groupes les plus progressistes et libéraux (au sens américain) de la planète. Féministe, campagne pour l'inscription sur les listes électorales, engagement pour la Birmanie et le respect des droits de l'homme, soutien à Mickael Dukakis en 1988 juste avant l'ère Bush, puis Vote for Change avec Kerry etc. Stipe a par ailleurs individuellement (d'où la connexion Morrissey) aussi beaucoup oeuvré pour les droits des animaux au sein de la PETA. Dans leurs chansons, les R.E.M. ont également fait preuve d'une rare capacité à analyser l'histoire de leur pays, et toujours sans avoir l'air d'y toucher. Leur album le plus politique, {Collapse Into Now} mis à part, restera peut-être l'album en 1988 qui avec {"

"} évoquait à la fois la Guerre du Vietnam et (peut-être) la Guerre Froide. En terme d'engagement, justement, le groupe a montré la voie à des groupes comme The National en pratiquant plus une tactique de la présence et du soutien qu'en composant des chansons brûlots aux paroles idiotes ou naïves. En cela, le groupe a parfaitement joué de son aura et de sa renommée pour servir ses convictions, Stipe multipliant au niveau local des initiatives philanthropiques, ou alimentant l'aide sociale de sa ville de résidence. Sur ce terrain là encore, R.E.M est sûrement ce qu'il y a de plus proche du groupe exemplaire : modeste, discret et en même temps continu dans l'effort. 04. Le groupe qui a emmené la musique indé dans les stades Le groupe d'Athens a eu très vite à se poser la question de savoir comment concilier intégrité artistique et désir de croissance (questions essentielles et existentielles que se poseraient plus tard des groupes filleuls comme Nirvana ou Pavement). Est-ce que devenir "big" signifiait forcément devenir "worst" ou du moins vendre son âme ? Peut-on remplir des stades, tourner des clips et garder son amour de la musique intact, son énergie adolescente ? Là encore, la seule comparaison qui tienne la distance est avec U2. Il est complètement faux de considérer que R.E.M. a eu du succès dans les années 90 par hasard ou sur un malentendu. Le groupe a quitté IRS en 1988 pour mieux s'exporter et a tout mis en oeuvre pour que , son premier album international, soit un succès. Stipe, Buck et les leurs n'ont en revanche jamais cessé de réaffirmer leur emprise sur leur propre musique et leur propre son. Alors qu'ils sont au sommet des charts, ils refusent de partir en tournée. Contrairement à U2 qui, dans les mêmes années (et les suivantes), semble adopter une stratégie de conquête plus agressive, les R.E.M. pratiquent la technique du pas en avant et du pas en retrait pour se protéger. Au final, Bono passe pour un type qui a pété les plombs (ce qui est tout sauf le cas) tandis que Stipe incarne aux yeux de tous un parangon d'intégrité. Si l'on ajoute à ça, la succession d'épreuves (hernie, accident cérébral de Berry, multiples tentations de se séparer, etc) qui ont émaillé le parcours des membres du groupe et lui ont donné, à chaque fois, l'occasion de se relever, de se réinventer et de faire preuve de courage, R.E.M. passe pour le groupe qui n'a jamais commis la moindre erreur, ni musicale, ni médiatique, ni individuelle, ce qui est tout bonnement hallucinant sur 30 ans de rock, de tournées et d'exposition planétaire.05. Une discographie cohérente et estimable On en oublierait presque, avec tout ça, la raison principale qui a fait le succès du groupe : sa musique. On n'épiloguera pas là-dessus pour renvoyer aux disques évidemment. Il suffit d'avoir des oreilles pour s'en convaincre : le groupe laisse une oeuvre conséquente et hautement estimable, même si elle ne marque à aucun moment un caractère historique ou décisif, ni même n'a engagé de ruptures musicales majeures dans son sillage. La plupart du temps, R.E.M. a navigué à contre-courant : anti post-punk et anti-new wave au démarrage, FM quand le rock alternatif jouait au shoegaze, presque grunge quand tout le monde était passé à autre chose, etc. L'influence de R.E.M. sur les jeunes groupes d'alors (Pavement, etc) aura peut-être été plus une influence d'attitude et de conduite que musicale, ce qui n'enlève rien à la densité de l'oeuvre elle-même. La chose est facile à résumer : R.E.M. n'a jamais rien enregistré de mauvais. Il y a eu du moins bon ( en 2008, selon nous) mais surtout du sincère ({Murmur}, ) et du courageux ({Green}, {Monster}), en même temps que de l'essentiel avec, bien entendu, {Out of Time}, {Automatic For The People} et notre préféré en 1986. Ceux qui ont vu le groupe sur scène savent à quel point Stipe tient la boutique, combien son aura, son envergure et sa gestuelle portent littéralement les chansons. En tant que parolier et fournisseur de mélodies, c'est sans doute à lui que R.E.M. doit la majeure partie de son excellence.

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