
1991 est l'année où, selon Kim Gordon de Sonic Youth, le punk explosa. Mais c'est surtout l'année où le mouvement grunge s'impose. L'année du de Nirvana et de Every Goodboy Deserves Fudge de Mudhoney. C'est aussi une bonne année pour le hardcore. C'est enfin la reconnaissance quasi générale des labels emblématiques du rock indépendant qu'étaient Touch & Go, Reptile Amphetamine Records, Glitterhouse, Sub Pop.
[mediabox id_media="10884" align="right" width="261" height="261"][/mediabox]Pendant ce temps, à Louisville (Kentucky) un groupe d'autistes met au point un album qui restera dans les annales de l'histoire du "hardcore". Le disque s'appelle , le groupe Slint. Spiderland est le second album du guitariste David Pajo, accompagné de Brian McMahan, Britt Walford et Todd Brashear. Alors que leur premier effort sorti sous le nom de Tweez, sonnait comme Fugazi rencontrant Joy Division, Spiderland est d'une autre trempe. Il investit un territoire peu exploré en cette année 91 : le silence. Pajo et sa bande usent de toutes leurs connaissances techniques et se lancent les yeux fermés dans l'enregistrement d'un album à côté duquel fera figure de musique pour fête foraine. Accablée, amère et dévastée, la musique de Slint reflète parfaitement l'état d'esprit des quatre musiciens durant l'enregistrement. Comment rendre tangible cette désolation intérieure ? En faisant preuve de subtilité sans pour autant exclure la rage et la violence. Alors que la plupart des groupes de l'époque imposaient des formats allant de 1 minutes 30 à 4 minutes maxi, Slint balance de longs mantras psyché-hardcore de plus de 8 minutes ("Washer"). De "Breadcrumb Trail" à "Good Morning, Captain", le groupe avance sur la pointe des pieds, laissant à l'auditeur l'impression de baigner dans un lac aux eaux calmes, pour mieux lui asséner le coup de massue qui le fera couler ("Nosferatu Man"). Les paroles tantôt parlées tantôt hurlées, la basse funèbre et la guitare tour à tour épileptique et anémique, participent au malaise. Jouant continuellement sur l'opposition apaisement/tension, explosion de violence puis repli sur soi, Spiderland est l'illustration sonore d'un cas clinique de dépression. C
Le groupe ne survivra pas à cette expérience traumatique et se séparera sans vraiment savoir qu'ils ont une longueur d'avance sur tout le monde. En 2005, le groupe se reforme et sera même invité à rejouer cet album culte sur diverses scènes à travers le monde entier en 2007.
[mediabox id_media="10885" align="null" width="500" height="371"][/mediabox]
Par Théophile Pillault