Pourquoi le réseau social de Lady Gaga ne va pas marcher

10/06/2011 - 12h42
Pourquoi le réseau social de Lady Gaga ne va pas marcher

 

C'est comme ça qu'on présente The Backplane, le réseau social auquel Lady Gaga s'est associé avec Eric Schmidt (co-fondateur de Google). Un beau coup pour le réseau créé à l'origine par Troy Carter et une façon, pour la star de la musique, d'investir une partie de sa fortune dans une industrie qui rapporte. Une affaire qui roule sur le papier, et qui pourrait pourtant se solder par un échec.

 

Les gros titres des sites d'infos généralistes ont parlé de "réseau social de Lady Gaga". Ajoutez "et d'Eric Schmidt" si vous êtes sur un site orienté business ou web. Dans les faits, The Backplane a été créé par Troy Carter, mais ce n'est pas un nom assez connu pour les gros titres. Gaga et Schmidt (un type vachement important chez Google) ont pour le moment "seulement" investi chacun quelques centaines de milliers de dollars dans la startup. L'un pour réinvestir une partie de sa fortune et parce que le Carter en question se trouve être son business manager, l'autre a depuis longtemps créé son propre fonds d'investissement Tomorrow Ventures pour les start-ups auxquelles il croit. The Backplane compte donc sur la promo assurée de fait par la chanteuse avant même le lancement du site, Schmidt, lui, apporte la crédibilité dans le monde des affaires.

 

Mais sinon, c'est quoi The Backplane ? Selon l'article du New York Times qui lui est consacré, Troy Carter a eu l'idée de ce réseau lors d'une réunion avec Steve Jobs (un vrai pro du name dropping, ce Carter) au sujet de Ping, le réseau social qu'Apple a lancé il y a quelque mois via iTunes et qui a été un des rares gros plantages de la firme à la pomme. Carter aurait tout de suite vu le problème de Ping : Apple n'intégrait pas Facebook et Twitter dans son réseau social. Si vous voulez "faire du social" aujourd'hui, ignorer ces deux géants c'est comme ouvrir une boutique dans le désert. Ce que The Backplane va proposer, au delà de ça, n'est pas vraiment clair. Il s'agirait d'un moyen pour les artistes et autres célébrités de centraliser leur présence sur l'ensemble des réseaux sociaux, ce que les journalistes, qui ont parlé à Carter, ont interprété de deux façons différentes : soit il s'agit d'un nouveau réseau social complet, soit d'un simple outil qui permettrait de publier à la fois sur Twitter, Facebook, Myspace, Youtube, etc...

 

Pourtant, aucune des deux solutions ne semble destinée au succès. S'il s'agit d'un nouveau réseau social, les internautes n'en ont simplement pas besoin. Les 10 millions de followers Twitter de Lady Gaga et ses 37 millions de fans Facebook ne vont pas quitter ces plateformes pour la suivre sur d'autres réséaux. Des plateformes, il y en a déjà beaucoup et il faudra offrir un service complètement nouveau pour venir détrôner Facebook et Twitter. S'il s'agit d'un outil de publication/gestion des réseaux sociaux, il en existe déjà de nombreux, et ils font déjà de grosses affaires avec des agences de communication partout dans le monde. On ne demande qu'a être détrompé, mais alors que le site est censé se lancer dans moins d'un mois, The Backplane est bien mystérieux et ne propose même pas de s'inscrire pour participer au bêta test.

 

Toute cette histoire ne manque pas de rappeler la première bulle internet : un type qui a une soi-disante super idée secrète et qui parvient à convaincre quelques investisseurs de lui lâcher un million de dollars et des articles parlant de son site comme de "the next big thing" sans qu'on sache exactement ce que c'est, combinée à une star qui n'en sait pas beaucoup plus, mais qui affirme que ce type a tout compris. Au final, on se dit que cette personne n'est pas très différente des coaches, gourous, médecins véreux et autres parasites qui vivent aux crochets des stars d'Hollywood à la Christophe Rocancourt, sauf que celui-là a séduit Eric Schmidt, me direz-vous, et Eric Schmidt est un businessman sérieux. Un homme d'affaires qui a lui même avoué ne pas vraiment comprendre le web social. La différence, au final, c'est qu'avec des types comme ça, quand le chateau de cartes s'effondre, les victimes ne sont pas que Mickael Jackson qu'on retrouve mort d'overdose ou Johnny Halliday délesté de quelques milliers d'euros, c'est l'économie mondiale qui s'effondre.

 

En clair, si vous vous retrouvez au chômage en 2013, dites-vous que c'est un peu la faute de Lady Gaga.

 

Par Cédric Le Merrer

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