Pourquoi je n'écoute plus la musique de Björk

11/10/2011 - 16h29
  • 0
Pourquoi je n'écoute plus la musique de Björk

 

Sans doute n'est-ce pas très original mais cela faisait un moment qu'on voulait revenir là-dessus, plus intimement qu'objectivement sûrement : on n'arrive plus à écouter la musique de Björk, on n'arrive plus à la supporter et donc à la critiquer avec l'objectivité que son talent artistique et sa place dans l'industrie du rock (historique et contemporaine) mériteraient.

 

Après avoir dénigré l'entreprise sur la base de quelques secondes d'écoute et de l'énoncé de son concept (des applis partout pour les Appleistes maniaques), on n'a pas plus réussi à goûter les charmes de l'album qu'on a pourtant essayé sous plusieurs prises : en son, en son+images et en interactivité. Le bilan de l'expérience est assez désastreux et se solde par ce constat : on n'aime plus du tout Björk au point que l'écoute en intégrale et dans l'ordre de cet album qu'on a tout de même bouclé à 3 reprises (pas une de plus, pas une de moins) s'est avérée quasiment un calvaire d'ennui. Il ne s'agit pas ici de forcer le trait mais simplement de dire une immense fatigue de l'oreille qui n'en peut plus de cette sophistication esthétique et musicale de façade, qui n'en peut plus que le discours conceptuel (la terre, l'art global) l'emporte sur le simple appareil des chansons. Où est passée la Björk à nue de Gling-Glo, la Björk ludion amoureuse de ou même la volcanique de . Avec l'âge et l'ambition, et même si Björk a toujours revendiqué une fraîcheur artistique intacte, le point de saturation semble aujourd'hui atteint. Pourquoi je n'écoute plus la musique de Björk...  en 5 points.

 

 

 

1. Parce qu'elle s'est laissée déborder par l'art global

 

On aurait franchement aimé qu'avec ce huitième album Björk nous propose JUSTE un album et un album JUSTE. Des chansons enchaînées avec des instruments de choix et débarrassées de tout discours critique préalable, de tout projet ou construction mi-marketing, mi-philosophico-oiseuse. Au lieu de ça, on se retrouve avec un projet d'art global (vieux serpent de mer des artistes en manque de crédibilité) et qui n'a jamais rien donné que des trucs bâtards ou prétentieux, voire des objets qui à force de lorgner partout louchaient de chaque oeil. Avec Biophilia, on frise l'indigestion de chantilly entre le projet vaguement pédagogique qui agit pour la planète, les images techno-arty panthéistes, le discours sur la terre, les applications web Apple et autres dessins, jeux interactifs, remix et autres gadgets. Les chansons deviennent l'accessoire du reste comme si... la musique ne se suffisait plus à elle même. Il est idiot de reprocher à Björk sa démarche exploratrice mais tout à fait admissible, lorsqu'on est fan de musique pop, de ne pas vouloir prolonger l'aventure vers d'autres territoires. Le nouveau produit, prosaïquement, appelle à l'écoute de la musique et à la vision simultanée des clips/applications, chose qui dans un canapé ou un fauteuil d'ordinateur n'est ni confortable, ni stimulant, ou du moins pas aussi excitant que l'écoute d'un bon album.

 

 

 

2. Parce que sa philosophie écolo-panthéiste nous emmerde

 

Le problème avec Björk c'est qu'on ne se contente plus aujourd'hui de l'écouter chanter, on doit aussi lire ses interviews, comprendre ce qu'elle vend. Le personnage est devenu plus gros (malgré elle) que la chanteuse, ce qui crée un phénomène d'indigestion et de rejet comme pour tout caractère mainstream. Biophilia est un truc révolutionnaire, mêlant nature et technologie (on n'a pas dit bienvenue les nazis) mais aussi une vaste imposture. Qui peut croire au contenu programmatique des chansons ? Qui peut croire qu'on puisse réconcilier la modernité et les... plantes par la musique. Même Nature et Découvertes ne s'y essaie plus depuis des années. En s'éloignant peu à peu de sa base (l'amour, la fraîcheur, l'élévation spirituelle), Björk a paradoxalement rabaissé le degré d'entendement de son discours. Fabrication de nouveaux instruments, cyberrécréation, musique du futur : c'est devenu too much pour des gens qui veulent seulement écouter de la musique.

 

 

 

3. Parce que ses chansons ont perdu de leur saveur

 

"Crystalline" sauve l'ensemble de l'atonie, "Virus" n'est pas sans intérêt. On peut trouver du charme à "Mutual Core". Pour le reste, on s'ennuie ferme. Björk souffre désormais du symptôme Gipsy Kings : on a l'impression de faire face à une même composition qui s'étalerait sur des dizaines de minutes avec les mêmes armes, harmonies et moyens. Sans doute nous reprochera-t-on d'avoir mal écouté ou d'avoir mal entendu. C'est un fait. La Björk qui vous donnait la chair de poule et vous faisait sauter sur place jadis, vous cloue au sol et vous lifte les neurones dans une sorte de longue et ésotérique cérémonie liturgique. C'est chiant ? C'est neuf ? Composé avec des instruments naturels. L'intégration d'instruments traditionnels ou artisanaux avec les hautes technologies ne démontre plus rien et ne porte rien sur soi. Ce n'est pas en renonçant aux fondamentaux de la pop qu'on fera avancer le schmilblick populaire, et ce d'autant plus qu'en matière de musique contemporaine, la plupart des audaces de l'Islandaise ont déjà été tentées, absorbées, dépassées.

 

 

 

4. Parce qu'elle s'est fait bouffer conceptuellement par Matthew Barney

 

Soyons bêtement fans de l'Islandaise. La créature Björk d'aujourd'hui nous fait peur. Ses cheveux, son aspect tiré des pires films débiles de son mari nous met mal à l'aise. Nostalgie macho d'une Björk à protéger, de la petite nymphette des années 90 ? Sûrement. Toujours est-il qu'en se déclinant à toutes les sauces, Björk qui en bonne Islandaise jouait sur ses odeurs de bois de santal et d'authenticité venue du froid a perdu tous ses caractères géni(t)aux primaires pour passer en mode techno-créature i-bidon. Certains diront que Barney n'y est pour rien et que son oeuvre est cremasterincroyable. On a le droit en gros ploucs de trouver tout ce cirque bidon et de préférer à ce grand déballage une bonne chanteuse pop folk au coin du feu de bois, avec la peau de mouton et la coupe de champagne.

 

 

 

5. Parce qu'on s'est fatigué de sa voix

 

Le syndrôme Cranberries joue à plein. Cela nous fait pareil à la maison : les plus beaux organes, les plus spectaculaires sont ceux dont on se lasse parfois le plus cruellement. La voix de Björk qu'on tenait pour l'une des plus belles et cristallines (hé, hé) de sa génération nous est devenue plus toc et artificelle, plus difficile à supporter que, disons, la délicate tendresse d'un filet de voix (frais) comme celui de Suzanne Vega ou même Beth Orton. Sans jouer le coup du "on s'est tant aimés", il faut reconnaître que les temps changent et que ce qui nous paraissait bien hier ne nous paraît plus si attirant de nos jours.

 

 

 

Voir aussi- Multimédia : Bjork en fait-elle trop ?

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • Van Gogh, Dali et Picasso disséqués