
Au sein de Fluctuat, et particulièrement lors des tops de fin d'année, la pop et le rock indé vivent souvent des heures difficiles. A juste titre, le genre se transforme, se métisse, se mélange à d'autres genres et perd de sa force lorsqu'il s'exprime strictement selon les canons du genre. La formule guitare, basse, batterie survivra-t-elle à la décennie 2000 ?
Après le retour du rock, le dépassement du rock.... Du coup, la ligne traditionnaliste, celle qui était née avec les Pixies d'un côté de l'Atlantique, The Smiths de l'autre, souffre un peu et digère mal cette fin de décennie. Les transgenres qui avaient filé le train à Radiohead s'émoustillent et font les yeux doux à Animal Collective et leurs épigones. Certains s'exaltent pour la scène néo-folk que les anciens (moi) prennent pour de néo-pacotille à des années lumières des grands countrysants du passé. Même scénario mais à l'envers du côté des new-wavistes et des lorgneurs de chaussures (shoegazers) où la ligne dure des rockeurs voient en certaines jeunes pousses indé (Editors, Julian Plenti) ou en d'affreux wave-surfers (Wavves, The Big Pink) des potentiels dormants tandis que d'autres crient au copycat. La britpop revient en force à l'image des Kasabian, passés inaperçu ici ou presque, et qui se voient taxés au choix de prolongement naturel et passionnant des explorations du Mercury Rev et des Flamings Lips (eux-mêmes controversés) ou de gros ploucs à la Oasis en train de péter plus au haut que les cordes.
Quel bordel ! Le mot est lâché : 2009 est l'année du bordel musical, l'année où tout le monde couche avec tout le monde et où les bébés ne sont pas si joyeux. Premiers nés ou derniers morts, les albums parfaits n'auront pas couru les rues et il y avait à chaque fois quelqu'un ou quelque chose qui clochait ou la ramenait : trop nul, trop ceci, copié sur untel, inégal, mal fini. Si on étudie ça de près, on remarque que les années en "9" ont toujours cette allure-là : peu de chefs d'oeuvre définitifs mais des queues de comète (en forme de dinosaures reformés) qui brillent encore et des têtes qui pointent. En 1979, The Cure faisait . The Clash. Michael Jackson. Joy Division. XTC. 2009 est tout aussi curieux de mon point de vue. Top 10 qui ne veut pas dire grand chose.
1. Wavves - : l'un des meilleurs albums de l'année selon moi. Du jeune avec du vieux. Un soupçon de shoegaze, un poil de surfmusic. What else ? Un style de vie rock n'roll pour faire parler. A suivre avec attention en 2010.
2. Tiny Vipers - : le genre de petit disque malade et affreusement séduisant comme il en arrive chaque année. Un disque féminin et qui flotte sur l'eau, comme un vieux Catpower ou un Patti Smith sans poils sous les bras. Une vraie découverte et une confirmation anodine comme la pop.
3. Editors - : on peut se moquer de leurs synthés chinés sur ebay mais vous connaissez quelqu'un dans votre entourage discographique qui chante comme Tom Smith ? Paul Banks d'Interpol qui a fait cette année son Julian Plenti(grade) en attendant un retour des New-Yorkais en début d'année prochaine. Editors ne s'en sort pas si mal. Comme faire du vieux avec du jeune.

4. The Antlers - . Peter Silberman est une sorte d' Antony and The Johnsons pour les nuls et ceux qui ne veulent pas partir trop loin dans l'aventure (j'en suis). Mélange de Silverjews et de Castafiore. Sûrement l'album de l'année pour moi s'il ne devait en rester qu'un.
5. Kasabian - - album concept comme le précédent, WRPLA est une surprise énorme de cette année. Les fées ne s'étaient pas vraiment penchés sur les Kasabian depuis leur arrivée discographique en 2004. Leur album est ce qui s'est fait de mieux en matière de dépassement de la britpop cette année : on n'avait sans doute pas fait plus élaboré depuis les Boo Radleys et, il y a 40 ans, le de The Small Faces. Un énorme compliment pour un album de promesses.
6. Morrissey - : ceux qui suivent ce site savent pourquoi il faut mettre un vieux mec de 50 balais sur le retour dans un top 2009. Il y a quelques chansons sur cet album ("I'm Ok by Myself" en tête) qui valent tous les disques du monde. Même lourd, même mort, Morrissey aime encore.
7. Jason Lytle - : ceux qui suivent ce site savent pourquoi il faut mettre un mec de 40 balais tombé de son skate dans un top 2009. Il y a quelques chansons sur cet album ("Birds Encouraged Him" en tête) qui valent tous les disques du monde. Même imberbe, même mort, Lytle frère encore.
8. Silversun Pickups - - Puisque ce top est rétro, on peut y faire entrer un groupe qui ressemble comme un faux frère aux Smashing Pumpkins. Swoon n'est pas l'album de l'année mais "Panic Switch" est la chanson de 2009. L'équivalent du "36 degrees" de Placebo en 1996, une chanson qui brille un peu trop haut dans le ciel du groupe (sic) pour le moment mais qui peut servir d'étalon pour tout ce qu'ils feront ensuite.
9. Other Lives - Other Lives : le grand espoir et la découverte de l'année dans un registre assez novateur. Personne n'en a encore voulu de ce côté-ci de l'Atlantique mais on pourrait bien en reparler et faire buzzer la chose en 2010. Si vous voulez avoir un peu d'avance sur le top 2011, retournez y glisser une oreille.
10. Bill Callahan - . Chef d'oeuvre en 9 titres. J'ai beau essayer depuis des mois, l'album ne sort pas de ma playlist perso. Je n'arrive pas à détester une seule des chansons de cet album. Tous genres confondus, le meilleur album de l'année selon moi, pas le plus novateur, ni le plus surprenant, ni le plus chaleureux mais le plus triste, le plus instantanément classique et sans scories.