
Comme beaucoup avant eux, les frères Gallagher avaient juré qu'ils ne passeraient JAMAIS par la case best-of. Comme beaucoup avant eux, ils n'auront pas eu le choix, s'empapaoutant d'ailleurs avec leur maison de disque (et entre eux, semble-t-il, mais c'est une habitude) pour choisir les titres qui figurent finalement sur ce Stop the Clocks, double CD, sorti il y a quelques semaines. Après 15 ans d'activité, que retient-on du plus grand groupe du monde de l'année 1994 ? Bah, les années 1994 et 1995 justement et puis pas grand chose.
Le jugement est sûrement trop sévère mais on a un peu de mal à s'extasier sur les titres qui ne sont pas sur Definitely Maybe et (What's the story) Morning Glory ? Sur ces deux premiers albums, les singles Rock N' Roll Star, Live Forever, Don't Look Back In Anger, Some Might Say témoignent du sens de la mélodie de Noël et de l'attitude rock de son frère Liam. Wonderwall sur le second album reste LA chanson du groupe, splendide, belle à pleurer, et juste comme une compo de McCartney (même si le titre est une allusion à un album de 1968 de George Harrison). Le titre aurait été repris par plus de 200 artistes depuis sa création, ce qui laisse envisager un destin à la My Way et une intégration à la liste peu nombreuse des Grands Standards de la pop. Plus loin sur l'album, on peut entendre avec Lyla ou Go Let It Out que le groupe ne tutoie plus le top niveau depuis longtemps. Les compositions restent efficaces mais la prise de pouvoir des guitares de Gallagher marque une dérive vers un épanchement à la Slade plutôt fatigant. La voix de Liam se banalise tout en restant un identifiant précieux et un élément de différenciation par rapport à la concurrence. Ce n'est pas le renfort d'Andy Bell de Ride à la basse qui réussit à enrayer la demi-faillite. Au lieu d'être un groupe d'outsiders inspirés, Oasis devient une franchise vivant sur sa réputation. Evidemment, si on est fan absolu, on pourra toujours regretter l'absence sur cette compilation de chansons clés comme Whatever, Little by Little, Stand By Me ou Gas Panic, qui auraient aidé à élever encore le niveau général.
Quoi qu'on en pense, il sera difficile, sauf extrême mauvaise foi, de faire devant l'histoire d'Oasis le grand groupe qu'il rêvait d'être. Des Beatles, ils auront tutoyé pendant une trentaine de mois, l'art du single mais aussi repris cette mauvaise habitude des années 50 et 60 de ne pas produire d'album mais de collections de titres. Les Beatles ont évolué à grande vitesse, Oasis trop peu pour être autre chose qu'un bon groupe à juke-box.
Par Benjamin Berton