Nouvelle Star 2008 : rock attitude et sens du grotesque

08/05/2008 - 09h55
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Nouvelle Star 2008 : rock attitude et sens du grotesque

 

 

 

Il ne faut pas le cacher : cela fait un bail que regarder la Nouvelle Star n'est plus une honte. Si la Star Ac' souffre légitimement d'une image vieillotte (les chorégraphies de Kamel Ouali, les paillettes, les éclats de  Nikos Alliagas, et l'apparition des dinosaures de la chanson), les efforts de la Nouvelle Star pour prendre la tangente alternative (on n'ira pas jusqu'ici lâcher le mot "indépendant") sont non seulement louables mais bien réels : présentation sobre et relativement sensuelle de Virginie Efira, groupe efficace, jury de vrais professionnels, varié (rock, funk, variét'), amusant et bien inspiré, mais aussi un choix de chansons qui réserve, parfois, voire souvent, de bonnes surprises.

 

 

 

Parmi les candidats, avec la réussite de  Christophe Willhem, les résultats honorables de Steeve Estatoff, la Nouvelle Star a décidé de fouiller à fond le créneau du "beautiful freak", tout en ne perdant pas de vue la nécessité de cibler toutes les parts de marché. Dans le panier de cette année (qui ne marche pas fort niveau audimat, soit dit en passant), on a donc droit à un échantillon particulièrement curieux de jeunes gens dont les qualités sont mises en avant avec une roublardise marketing qui ne doit pas occulter complètement leurs qualités personnelles.

 

Jules est dans le rôle du jeune con, double pasteurisé des Naast et autres BB Brunes qui font la couverture de Rock'n'Folk, bébé rock qui affiche Pete Doherty dans sa chambre, fume des menthol et joue principalement sur la corde funky comme s'il était né dans l'Angleterre des années 60. A l'arrivée, ses prestations manquent de sel et ne pèsent pas lourd malgré un soutien suspect et inconditionnel de Philippe Manoeuvre. Benjamin a lui tout pour plaire : le visage de Doherty justement, avec des paupières tombantes mais une allure du feu de dieu, un brin de classe et une culture musicale au dessus de la moyenne puisque son papa dirige une revue de jazz. C'est l'un des favoris des gens qui aiment la musique et cela ne trompe pas. Il n'est pas certain qu'il arrive à rallier jusqu'au bout les filles de 12 ans. Cédric, le plus âgé de la bande, est un type assez curieux également : le physique de Big Jim (brun, beau comme un Pierce Brosnan), des allures de rockeur mais un mauvais air d'avoir eu sa carte jadis à l'Action Française. Cédric a cette classe dérangeante et arrogante qui nous fait détester le John Spencer Blues, quelque chose de raide dans l'attitude qui donne le sentiment qu'il a une chemise à vichy sous son perfecto (ce qui n'est qu'à moitié faux - voire sa tenue de casting). Une vraie curiosité donc qui est capable de belles envolées vocales. Au jeu des pronostics, Cédric est ce qu'on appelle une grosse cote : trop typé, trop vieux pour le public.

 

 

 

Côté filles (il en reste 2), on retiendra, pour le moment, celle qui est vendue comme la performeuse de la saison : une dénommée Amandine, qui, bien qu'originaire du Sud de la France (vache à lait de la téléréalité cagole), incarne une Amy Winehouse carburant au Ricoré light et à la cigarette au chocolat. Amandine a une belle voix grave et surjoue les performances désespérées. Elle a évidemment repris le No, no, no, je ne veux pas aller en réhab sinistre mais également taquiné les [/people_restrictif]Patti Smith[/people_restrictif] ou les Janis Joplin. Sans qu'on sache pourquoi, cette fille au physique modeste est en train de devenir un phénomène. Ses récentes prestations témoignent d'une bonne adaptabilité aux différents registres qui lui sont proposés mais d'une tendance de plus en plus prononcée et agaçante à composer un personnage "en souffrance". Son menton est un peu flasque, ses cheveux un peu gras et ses yeux trop globuleux pour une chanteuse qui ne ferait pas d'excès, aussi est-on amené à se poser la question : comment peut-on trouver aussi facilement des jeunes apparemment très BCBG avec des allures de rockeurs aussi abouties ? C'est là tout le savoir-faire de la Nouvelle Star et de ses équipes de détection, de sélection et de préparation : on s'y croirait.

 

 

 

Le seul élément qui trahit encore la grande mascarade (il ne faut pas oublier qu'on est ici dans une académie et que très peu de ces jeunes qui savent chanter parfaitement se tailleront une route vers le public et le succès) : c'est l'acharnement à faire crédible. La Nouvelle Star souffre aujourd'hui au dernier degré du syndrome Canada Dry : cette volonté de faire comme si on faisait un télé-crochet alternatif alors qu'on fait un télé-crochet populaire. Du coup, on glisse des titres qui tuent dans une émission de prime time mais aussi des séquences à l'imagerie rock dans des prestations qui ne durent que 2 minutes 20. Les candidats savent qu'il y a désormais une prime à l'énervement, à l'excitation, une prime SMS à celui qui sautera le plus haut, roulera le plus vite à terre, serrera le plus de mains en sautant dans tous les coins. Malgré leurs atouts naturels (des belles voix), les candidats se livrent à une lutte à mort qui est celle d'une surenchère dans le "spectacle rock", au point qu'on trouverait presque Johnny Rock un modèle de sobriété là-dedans. Il semble bien (et cinquante ans après sa naissance) que l'imagerie rock n'ait pas avancé d'un pouce : pour tout le monde, la musique reste associée à la folie, à la drogue et au désir sexuel. Cette conception qui explique pourquoi Manoeuvre est la tête d'affiche de cette année, OBLIGE les candidats qui sont en sang frais (on le suppose à voir les bouteilles de Banga dans les coulisses) à se produire à 20H20 comme s'ils avaient 3 heures de picole dans les jambes, une heure de concert derrière eux ou le passé d'un Johnny Rotten ou d'un Shane Mc Gowan. Ainsi, d'un bon spectacle populaire, on passe de plus en plus à un spectacle théâtral, à une mise en scène de poncifs (instructifs) sur l'histoire du rock.

 

 

 

On peut donc regarder la Nouvelle Star avec enthousiasme mais être certain qu'on éprouvera, à un moment donné, un sentiment de frustration et de dérangement par rapport à l'outrance et au grotesque du spectable global. La limite de l'émission, inhérente à sa nature (une série de scènes, répétées à l'infini, une ritualisation du spectacle musical rock qui en est, par définition, la dénégation), est qu'elle ne pourra jamais donner que l'illusion d'être authentique. Cette limite est sans rapport avec les qualités et les défauts des acteurs principaux mais constitue leur fardeau le plus lourd, celui dont 80% ne se débarrasseront pas.

 

 

 

 

 

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