
Après l'inutile dernier album des Stooges, on entendait davantage parler d'Iggy Pop pour ses pubs sur les assurances que pour ses productions musicales. Bien qu'il soit dans cette période de récupération commerciale de l'esprit rock'n roll qui l'habite, son dernier effort, peut au moins se targuer d'être original.
Album concept basé sur de Michel Houellebecq et inspiré par le jazz, il représente pour Iggy Pop la possibilité d'un virage radical, celui qui touche toujours une rock star quand il arrive vers la soixantaine.
En effet, il est un âge où faire du rock et incarner la rage doit épuiser considérablement, et les plus grandes icônes mettent ainsi souvent du folk ou du blues dans leurs guitares. Ça tombe bien, puisqu'Iggy Pop fut batteur dans un groupe de blues, The Prime Movers, avant d'intégrer les Stooges. Préliminaires est donc un projet qui lui tient à coeur et qui peut constituer pour lui une porte de sortie, si toutefois l'opération s'avère concluante. Verdict ?
Mitigé. L'entrée dans l'album est peu rassurante. On a presque envie de rire lorsqu'on imagine Iggy faire son crooner dès l'introduction de "Les Feuilles Mortes". Premièrement parce qu'on n'a pas l'habitude de le voir dans ce registre, mais aussi à cause des paroles ringardes et trop répétitives du morceau qui sert de préliminaires à cet album : Toi qui m'aimais / Et je t'aimais / Nous vivions tous / les deux ensembles / Toi qui m'aimais / Moi qui t'aimais / Mais la vie séparait / Ceux qui s'aimaient. On est quand même loin des réflexions houellebecquiennes sur les rapports hommes/femmes...
"I Want To Go To The Beach" est un peu dans la même veine, avec une mélodie plus immédiate, et l'on se prend alors à penser à Gainsbourg, aux années 70 et à trouver que la sincérité de son interprétation est assez touchante.
On retrouve toutefois un Iggy bien plus à l'aise sur "King Of The Dogs", le single évident de cet album, plus entraînant que les autres morceaux. Un swing à la Cab Calloway nourrit des paroles fantasques qui parle de Fox, le chien blanc issu du roman de Houellebecq. Il faut croire que les chiens sont un sujet qui inspire fortement l'iguane, puisque le Floydien "A Machine For Loving" (la machine en question étant le chien) tire le meilleur parti de sa voix. On retrouve aussi un Iggy en forme sur le peu original mais fort bienvenu "Nice To Be Dead", qui rappelle les meilleurs moments des Stooges, en un peu plus mou toutefois.
Préliminaires n'est certainement pas son pire album mais on pouvait espérer quelque chose de plus prenant venant de la part d'un monstre sacré comme Iggy Pop, qui entretenait une passion pour le blues sans trop avoir pu l'exprimer dans sa carrière. L'album regroupe des styles très variés tels que la country, la soul, le jazz, et bien sûr le rock, mais les morceaux sont presque toujours mous du gland, et la voix de stentor junky d'Iggy n'est pas assez lisse et conformiste pour faire de lui un bon crooner. C'est un peu comme voir un hippie avec un smoking, c'est élégant mais on sait que ça irait mieux à quelqu'un d'autre. A écouter quand même, juste pour se faire une idée et pour les quelques bonnes surprises qui parsèment tout de même ces Préliminaires.
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