
Les collaborations entre artistes et musiciens ne datent pas d'hier. Pensons à l'opéra et au concept de Gesamtkunstwerk (oeuvre d'art totale) employé par Richard Wagner au XIXe siècle pour ses productions de Bayreuth : l'expérience scénique s'y devait de combiner tous les arts, plongeant le spectateur dans un environnement extra-ordinaire. Mais dans la musique populaire, on en est bien longtemps resté à la simple confrontation musiciens-public, sans plus d'apprêt que l'habillage lumineux de la scène. Jusqu'à ce que des groupes comme Pink Floyd, dans les années 1970, ne produisent des concerts conçus comme de réels spectacles sons et lumières avec parfois une certaine surenchère (
) . A contrario, dans le domaine des musiques électroniques, la solitude du DJ, derrière sa console ou son laptop, peut se révéler rapidement assez déprimante pour le spectateur. Les mains et les yeux rivés aux manettes, le musicien électro, contrairement au chanteur rock haranguant la foule, interagit peu avec ses auditeurs. Opinant du chef, c'est à peine s'il a le loisir de balancer un bras de temps à autre pour chauffer un peu la salle. Environnements technologiques immersifsMais au concert on ne fait pas qu'écouter. Aussi faut-il donner au spectateur quelque chose à regarder, quitte à détourner son attention du musicien en train de jouer. L'arrivée sur scène des arts numériques, qui permettent de créer de vastes installations au fort impact visuel, a changé la donne, en particulier dans le domaine de la musique électronique, avec laquelle ils se marient idéalement pour créer de véritables environnements technologiques immersifs. Dans ce registre, les premiers concerts de Daft Punk, à la fin des années 1990, font un peu figure de
de Kraftwerk et à l'esthétique du premier {Tron}. Le duo Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, habillé en costumes futuristes (dessinés par Hedi Slimane), y officie dans des sortes de grands-messes savamment mises en scène. Ça clignote de partout comme dans un flipper géant, mais on n'y dénote pas de réelle invention formelle.Que peuvent (réellement) apporter les arts numériques aux musiciens sur scène ? A titre d'exemple parmi de nombreux autres possibles, on citera celui d'Amon Tobin, DJ brésilien qui a travaillé avec Alex Lazarus, directeur artistique de
.
{Trailer d'ISAM live}Musiciens-artistesDans le cas de l'électro, le véritable show a donc désormais lieu en retrait de la scène, la présence du musicien devenant quasi secondaire. La vidéo, autant que l'animation numérique, y joue un rôle majeur, comme dans les méga-shows à l'américaine d'artistes pop comme Lady Gaga, Beyoncé ou Gorillaz. Pour le
, il est indispensable, cependant, de "sortir du format écran" pour "modifier la perception du réel". Une conception qui donne au concert traditionnel une forme radicalement nouvelle, synesthésique, où son et image se fondent littéralement l'un dans l'autre. Des artistes plus mainstream expérimentent également de plus en plus l'usage du numérique dans leurs mises en scène, comme le chanteur Stromae, qui lors de sa tournée 2011, utilise lui aussi le mapping, avec la collaboration d'AntiVJ, pour créer sur scène un environnement, des personnages et même un orchestre virtuels.Certains musiciens tendent même à devenir eux-mêmes artistes, comme c'est le cas du collectif Black Dice, qui a offert à ses collègues d'Animal Collective un
, ou encore Jeff Mills, pionnier de la techno made in Detroit qui offre régulièrement à ses fans des Cine mix et réalise des vidéos où il sample les images de films muets (en particulier ceux de Buster Keaton).
En France, la Gaîté Lyrique (Paris) ou le Cube (Issy-les-Moulineaux), les festivals Marsatac (Marseille), N.A.M.E. (Tourcoing) ou Nuits sonores (Lyon) sont les lieux où aller écouter de la musique électronique mixée aux arts numériques. Et vivre des expériences sensorielles uniques.