
Hier soir, Morrissey a pris d'assaut l'Olympia comme un vieux fauve fond sur sa proie : torse bodybuildé et étrangement bronzé de matador en avant, galoche et cheveux (gris) à l'offensive et...show devant.
Formidablement en voix dès l'ouverture, Morrissey a salué les Parisiens avec l'un de ses nouveaux morceaux, le bien nommé "I'm Throwing My Arms Around Paris", avant de piocher un peu partout dans son répertoire. Evitant soigneusement les titres les plus emblématiques des The Smiths ("There Is A Light" et autres "Meat Is Murder"), le roi de la pop anglaise a ainsi ressorti les indémodables standards rockab ("The Loop", "Sister I'm A Poet"), ses premiers hymnes solo ("Last of The Famous International Playboys" chanté comme du bon Bruel par la foule enamourée), le plus rare mais toujours bienvenu "Billy Budd" (hommage sensuel au roman éponyme d'Herman Melville) ainsi que les singles les plus connus de ses deux derniers albums, le brillant "Irish Blood, English Heart", l'enthousiasmant "The First of The Gang To Die" (en rappel), l'efficace et énigmatique "I Want To See The Boy Happy" et le toujours facile "The World Is Full Of Crashing Bores". Les profanes s'étonnent d'un jeu de scène qui vire parfois au pantomime, micro-lasso qui fend l'air et manque lui couper la mèche, gong qui sonne la charge et jeux de mains emphatiques qui embrassent et enlacent à tout va. Morrissey sait y faire pour dresser une foule (tout) contre lui. "Thanks for being you", murmure un type du premier rang quasi en larmes, "I follow you since 1983". You're my only romance. You're the story of my life". Tout le monde applaudit. Les vieux routiers apprécient, entre les nouveaux titres inégaux (les moyens "Mama Lay By The Riverbed" et "That's How People Grow Up", les plus intéressants "All You Need Is Me" et "Something Is Squeezing My Skull"), une relecture cold wave ( ?) impeccable de "Death of A Disco Dancer" puis une version moins originale de "Stop Me If You Think You've Heard This One Before", histoire de rappeler à ceux qui l'auraient oublié que Strangeways Here We Come est AUSSI un très grand album. Mais le grand moment d'émotion vient un peu plus tard avec l'enchaînement sublime de "Life Is A Pigsty", le titre phare du dernier album, et d'une version dépouillée et qu'on n'attendait pas à cet endroit du magique "Stretch Out And Wait". Dans un registre assez similaire, Morrissey s'offre une première sortie torse poil avec le beau "Tomorrow" (époque Your Arsenal), avant de servir à son peuple fidèle un "Please, Please, Please Let Me Get What I Want" (devenu avec le temps un très sexuel Please Let Me Get Who I Want), tout en douceur et qui suffit à lui seul à justifier le déplacement.
Très disert et sûr de son affaire, l'ex-chanteur des Smiths suggère qu'on le bute si Hillary Clinton est élue Président des Etats-Unis, se lamente sur l'amour qu'on ne lui donne pas, fait la promo de son prochain single (pas un mot sur le Greatest Hits en revanche). Salut de théâtre du misérable groupe et du maestro. Faux rappel. Désordre. Lumière et c'est fini. On a beau ne pas y croire nous-même, mais, même après une quinzaine de fois, même gras et gris comme un Michel Polnareff sans teinture, l'effet Morrissey ne faiblit pas. C'est à chaque fois comme une première fois réussie et comme une dernière qui s'attarde : sauvage, doux et impérissable. C'est bon et ridicule, ça ne s'échange pour rien au monde et c'est aussi excitant avec mille personnes que tout seul chez soi. C'est anglais jusqu'au trognon et ça revient dans quelques mois avec un nouvel album.
Le mythe du Moz décrypté sous la forme d'un vrai/faux, c'est Morrissey, plus célèbre que Jésus ? sur le mag de Flu.
Morrissey - Greatest Hits - sortie le 11 février 2008.