
Le meilleur groupe de trip-hop de.. Douvres est de retour avec une flopée de nouvelles nouvelles voix qui ne parviennent toujours pas à faire oublier les belles heures de Skye Edwards et l'époque , . En ces temps éloignés (en 1997-1998), les Morcheeba avaient failli devenir le groupe le plus cool et le plus zen du monde : Skye chantait comme une déesse de la sensualité des titres comme "The Sea", "Friction" ou "Bullet Proof". Morcheeba donnait des frissons et pas que ça. Puis Skye Edwards est partie ou a été virée par les têtes pensantes du groupe, les frères Paul et Ross Godfrey, manitous du son du groupe, alors trip-hop et pionnier, tourné en 2002 (album , qui précipita le départ de Skye) vers la soul, la soupe planante et la bobomusique. Après un qu'on a à peine écouté (c'est mal) et une série de compilations best-of, le duo a rempilé avec un nouveau système à la Zero 7 ou à la Death In Vegas, sans chanteur fixe mais en adoptant la bonne vieille technique du roulement des langues.
Du coup, Dive Deep, ce 7ème album, ressemble à tout sauf à un album homogène. Les guest stars ont des voix si singulières et différentes qu'il devient impossible de trouver une unité d'émotion ou un ton à l'ensemble. La voix sublime de Judie Tzuke, présente sur 2 ou 3 titres, assure le relais avec le passé du groupe du haut de ses 51 ans. Chanteuse révélée en 1977 par Elton John, Tzuke a une voix qui ne fait pas son âge et qui fait du single "Enjoy The Ride" une petite bombinette cool et érotique mainstream. "Blue Chair", sa deuxième tentative, est moins élégante et un peu molle du genou mais ne casse pas l'harmonie. A l'inverse, les morceaux assurés par le Norvégien (qu'on aime moyennement) Thomas Dybdahl sont un peu plus résistants à l'oreille. Présent sur 3 titres, le chanteur a un grain de voix pop folk qui ne se marie pas (c'est un avis personnel) au fond électro-soul qui lui est proposé. Son "Sleep On it" est un titre valeureux mais qui ne laisse pas de traces. "Riverbed" surprend en bien, tandis que "Washed Away" parvient enfin, après quelques minutes, à suggérer la mélancolie et la peine que les frères Godfrey auraient pu tirer plus tôt de son appendice nordique. Un peu plus loin intervient aussi une affreuse petite Française, Manada, dénichée sur Internet, qui nous ferait presque regretter Vanessa Paradis. "Gained the World" est oubliable mais l'original "Au Delà" (chanté en français comme il se doit) fait frémir. Les véritables bonnes surprises des chefs reposent, d'une part, sur le titre assuré par le rappeur Cool Calm Pete, pas si cool sur un "One Love Karma" impeccable et effrayant (une rythmique lourde comme la fonte - Prodigy sort de ce corps) et une série d'instrumentaux tout à fait intéressants. Le morceau de quasi clôture "The Edge Beyond the Ledge" est à cet égard une belle réussite de composition où les instruments traditionnels et les synthétiseurs se mêlent en toute quiétude. Dans ses meilleurs moments, le son Morcheeba, downtempo, réussit à reproduire les ambiances de bords de mer tristes et gais à la fois qui font le charme des rivages britanniques. Dans ses pires instants, il rappelle un trip halluciné et de mauvais goût au Buddha Bar ou un Archive pris en otage par une diva soul sous LSD.
Dive Deep est un album de "mood-music" (comme on appelle ça aujourd'hui) qui a ses bons moments et ne manque pas d'originalité et d'esprit d'exploration. Sans parvenir à refaire de Morcheeba un acteur incontournable des musiques électroniques ou du trip-hop, il les rend de nouveau fréquentables. L'enjeu de ce Dive Deep était de savoir si le groupe allait continuer de s'enfoncer dans le marketing souladelic ou relever la tête indie. Ni l'un, ni l'autre, à vrai dire, mais l'intention y est.
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Morcheeba - (Pias, fév 2008)