Mon Creative est un pirate : 17 chroniques (subjectives) de nouveautés

05/03/2011 - 10h28
Mon Creative est un pirate : 17 chroniques (subjectives) de nouveautés

 

En ce mois de mars, les sorties disques atteignent une frénésie qu'on ne rencontre guère qu'une fois dans l'année. Tout le monde se met à sortir des disques et pas que les seconds couteaux. Les têtes d'affiche qui avaient passé leur tour l'année dernière sont de la partie et pas des moindres, ce qui fait qu'on ne sait plus où donner de la tête : impossible de rendre compte de tout ce qui se passe, impossible de tout écouter sérieusement, encore moins de tout acheter alors que la scène indie est de nouveau atomisée et que les productions de choix venues de nulle part, clandestine est en ébullition. Heureusement, mon Creative, bien que technologiquement dépassé depuis belle lurette, est un pirate et s'autoalimente en nouveautés de tous bords. Petite revue subjective express en 17 parties. On se croirait revenu à l'époque où on se passait des cassettes BASF ou JVC sous le manteau. Mais que fait Hadopi ? A ce rythme là, est-ce que je suis en train de couler l'industrie du disque à moi tout seul.

 

 

 

Asobi Seksu -; Fluorescence : Fluorescence est une réussite. Trois mois après la première écoute, il tient toujours la distance. Entre Lush et My Bloody Valentine des premiers temps, les Asobi Seksu ont redonné de l'électricité, de l'énergie et du peps à leur pop shoegaze. C'est à la fois sensuel et incandescent et on ne se lasse pas de la simplicité et de l'élégance de cette musique là. 

 

 

 

 

 

Chapel Club-; Palace :Le premier album des Londoniens est impeccable et fait partie des découvertes massue de ce début d'année. Que du bon en 11 titres et au moins 5 ou 6 chansons mémorables. Palace est d'une sobriété new wave à toute épreuve, évoquant Joy Division, Interpol et Editors. Difficile de faire plus réussi en ce moment et de ne pas faire de ce Palace l'un de nos chouchous placé pour (déjà) les récompenses de fin d'année.  

 

 

 

 Crocodiles -; Sleep Forever : La planète indie s'est un peu emballée sur l'album des Crocodiles sur la base de singles irréprochables. Cette fois-ci, on tape du côté de chez Echo and The Bunnymen (« Mirrors »), les grands pères bonheur de l'année 2011, avec un tour moderniste à la Foals. L'album est excellent mais a ses faiblesses : des titres moyens (« Stoned To Death ») et des mélodies (très bonnes) répétitives. Des espoirs à suivre de près. 

 

 

 

 

 

Diamond Rings -; Special Affections : Notre Canadien de l'année 2000 s'accroche et résiste à la vague de nouveautés avec l'indémodable Special Affections. Pour le moment, tout le monde s'en fout encore mais on voit grand pour lui.

 

 

 

Earthling -; Insomniacs' Ball : Le retour du duo Mau Mau- Tim Saul ne défraie pas la chronique et semble se faire attendre sur scène. Ne pas écouter leur 3

ème

album serait pêcher contre la bonne musique. Qui a dit que le trip-hop était has-been depuis 2001 ?

 

 

 Ghostface Killah -; Apollo Kids : Ca faisait longtemps qu'on n'avait pas partagé un bout de chemin avec un membre du Wu. Ghostface Killah est égal à lui-même : monté sur ressorts, bon flow, agressif et racé comme il faut. Raekwon fait des apparitions sur 2 titres et on tient avec cet Apollo Kids une excellente livraison hip-hop, à la production soignée, aux arrangements au poil. Du bonheur comme souvent, à l'image du « Purified Thoughts » qui ouvre le set. 

 

 

Mogwai -; Hardcore Will Never Die But You Will : Il faudra monter un mausolée pour la bande de Braithwaite si ça continue ainsi. Les albums de Mogwai se suivent et se ressemblent au moins sur un point : ils sont excellents. Celui-ci ne fait pas exception : les gars de Glasgow servent des titres qui instantanément entrent dans le canon du groupe : Rano Pano, White Noise, You're Lionel Richie. Il y a un peu plus de chant que d'habitude mais il faut s'accrocher aux branches pour suivre ce rock atmosphérique, solide comme une cathédrale électrique. Le bonus disc arty qui accompagne l'album est aussi à découvrir. Allez y les yeux fermés et réécoutez jusqu'à plus soif. 

 

 

 

 

 

PJ Harvey-; Let England Shake : Le 10ème album de la banshee du Dorset a été le disque le plus commenté dans la presse ces dernières semaines. Comme toujours c'est un bel album aux textes redoutables. A titre personnel, on continuera de préférer la PJ Harvey survoltée à la PJ Harvey auteur qui, comme Nick Cave en son temps, a adouci ses moeurs et ses effets. C'est grand, sérieux, mais peut-être est-ce que ça manque un peu de feu en façade.

 

 

 

 

 

Smith Westerns-; Dye It Blonde : Avec Chapel Club, l'autre révélation de ce début d'année. Par rapport à leur premier album, les Smith Westerns ont fait une mue à la Wavves du surf rock bruitiste au mélodisme racé. Dye It Blonde est un album où il faut chercher un peu les mélodies mais qui est réjouissant et gagne en profondeur et en richesse au fil des écoutes. Révélation US de l'année pour ceux-là.

 

 

 

 

 

The Babies -; The Babies : Ce groupe est tellement hype que personne (ou presque) n'en a encore parlé en Europe. On y retrouve notamment une ex-Vivian Girls, associée à son colocataire angelinos. C'est branché tout plein, très lo-fi indie rock, option foutraque folk mais les Babies ont quelque peu titres à faire valoir en chant alterné homme-femme. Ne vous arrêtez pas au single paresseux « Meet Me In The City » qui a de faux airs 70s. Voyez l'ouverture « Run Me Over » ou l'admirable « Sick Kid » qu'on croirait tombé de l'i-book de Stephen Malkmus.

 

 

 

 

 

The Dears -; Degeneration Street : Il y a les pros et les anti- Dears, ceux qui les considèrent comme des Coldplay de substitution et ceux qui voient dans le groupe un potentiel concurrent new wave de U2, Genesis ou ... Muse. Degeneration Street est un disque de rock solide, un peu mou du genou mais plutôt bien construit. Aucune surprise ici mais quelques morceaux phare qui rappellent le mariage contre-nature de The National et de Rufus Wrainwright (« Galactic Tides », par exemple).

 

 

 

 

 

 

 

The Flaming Lips -; Two Blobs Fucking : Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle livraison des Flaming Lips ? Pas un vrai album en tout cas mais un exercice de style expérimental et totalement déstabilisant de Coyne et sa bande qui consiste à créer un morceau avec 12 segments musicaux qui se jouent simultanément (en vidéo). Il faut beaucoup aimer le groupe pour s'enthousiasmer sur cette musique qui ressemble à du David Lynch sans David Lynch au chant. Parfois difficile à écouter (comment on fait pour lancer 12 youtube en phase), pas toujours intéressant mais radicalement... radical. Du bruit, du bruit et des grésillements. Ca fait ce bruit là des blobs qui baisent ? Allez y si vous voulez. On se demande pourquoi on a téléchargé ce truc sur notre machin. On peut être pirate et idiot.

 

 

 

 

 

The Phantom Band-; The Wants : Une sortie 2010 qui résiste bien et qui continue de s'affirmer comme une valeur sûre. Il faut écouter le Phantom Band. Ecouter le Phantom Band. Il faut écouter le Phantom Band. Vous me répéterez cela dix fois. Il y a plus d'audace dans ce disque que dans les 10 dernières années de Radiohead.

 

 

 

 

 

-        The Streets -;  : Certains ont écrit que The Streets, dont c'était la dernière livraison sous ce nom, sortait avec cet album avec les honneurs. On peut s'en contenter mais le coeur n'y est plus. On s'amuse un peu si on écoute les textes avec attention. Quelques morceaux font leur petit effet (« Blip On A Screen » superbe, « Soldiers » à poil, « We Can Never Be Friends ») mais l'ensemble est trop sophistiqué et habillé roublard pour qu'on garde un dernier souvenir ému de l'ancien pirate garage.    

 

 

 

 

 

Young Galaxy -; Shapeshifting : Quoi encore une chaude recommandation ? Et de nouveau canadienne ? Il y a une intensité classique et new wave chez les Young Galaxy qui fait de cet album un truc à écouter, en même temps qu'un peu daté. Les synthés sont rétro, ascendant gothique. Le chant évoque un mélange de PJ Harvey, de Siouxsie et d'Anne Clark : c'est beau, c'est neuf, mais peut-être un peu fatigant à force. 

 

 

 

 

 

 Young Prisms -; Friends for Now : Encore un album intéressant dans la mouvance shoegaze. Vaporeux, flottant, on croirait se trouver devant une réincarnation de Ride où Bell et Gardener auraient été remplacés par un fantôme japonais. A écouter par curiosité.

 

 

 

Television Personalities -; live at Thames 84 : Comme sur tous les lives des Television Personalities, il y a des absences et du déchet mais la version de 11 minutes de « Back To Vietnam » qui a été remise en ligne il y a quelques semaines est vraiment indispensable. 11 minutes de terreur pour un des meilleurs morceaux longs de tous les temps. Longue vie à Daniel Treacy.

 

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