Ma sorcière bien-aimée Chez Capitol/EMI, avril 2009

21/04/2009 - 10h16
Ma sorcière bien-aimée
Attendue au tournant après un joli coup de maître nommé Fur and Gold - qui lui permit d'assurer les premières parties de Radiohead - excusez du peu - lors de leur dernière tournée mondiale, l'Anglo-pakistanaise Natasha Khan et sa bande nous reviennent trois ans après avec un album envoûtant, pour ne pas dire addictif.

 

- Ecoutez cet album de Bat For Lashes sur Radio Flu et Radio Pop Rock

 

Mais qui est donc cette frêle créature au look de magicienne des bois, peinturlurée comme une participante de Woodstock, toute en cheveux, plumes et bijoux ethniques, et à la voix aussi ensorcelante, puissante et exaltante ? Il s'agit d'un petit bout de femme né à Brighton il y a 29 ans, répondant au doux nom de Natasha Khan - alias Bat For Lashes - dont Thom Yorke, M.I.A. et Björk ont maintes fois chanté les louanges dans les médias. Une chanteuse que l'on a sacrée digne héritière de Kate Bush (dont l'influence se fait toujours plus ou moins sentir dans le travail d'écriture et la façon de chanter de Natasha) après la parution du justement acclamé . Bref, elle est l'une des auteures-compositrices-interprètes les plus intéressantes du moment, quasiment à armes égales avec PJ Harvey, Amy Winehouse, Cat Power ou Victoria Legrand, la moitié féminine de Beach House.

 

Enregistré dans la poussière du désert californien, est un véritable pot-pourri de styles, qui parvient à conserver une exentricité toute britannique. Ne serait-ce qu'au niveau des textes, conçus comme des odes chamaniques un peu cinglés, bourrés de métaphores impénétrables, qui parlent de soleils (deux, justement), de lune, de lumière, de feu, d'eau, d'amour, toujours. Natasha Khan se crée même un double, Pearl, sorte d'alter-ego aux cheveux blonds, sans tomber dans la schizophrénie totale, mais juste comme ça, pour le fun. On imaginerait sans mal la chanteuse exécuter une danse de la pluie au clair de lune en chantant "Daniel", l'ensorcelant premier single extrait de ce second opus, dont le refrain reste dans la tête douze heures après avoir écouté le titre.

 

L'univers de Bat For Lashes n'est pas aussi complexe et mystérieux qu'il en a l'air de prime abord. Très bien produit (par David Kosten, un ami de Chris Martin), l'album s'écoute d'une traite, oscillant entre ballade plaintive sobre façon piano-voix - qui n'est donc pas sans évoquer la grande Polly Jean - "Moon and Moon", l'incantation psyché-électro à la génialissime ligne de basse (à la Yeasayer) "Glass", le gospel folk "Peace of Mind", la chanson minimaliste au rythme monocorde "Good Love". La voix de Natasha Khan reste un délice pour les oreilles, même les plus sensibles, même les plus exigeantes. Two Suns, malgré ses petites faiblesses et redondances (on aurait pu se passer de "Pearl's Dream" notamment) est un disque tout bonnement fascinant, qui assoit définitivement Bat For Lashes parmi les grandes. C'est un objet qui agit comme un sortilège : une fois sous l'emprise, on ne peut plus s'en défaire.

 

L'opus s'achève sur la sépulcrale "The Big Sleep", courte chanson glaciale que l'on croirait sortie d'une comédie musicale de Tim Burton, mais qui cache une suprise de taille, puisque Khan y partage son micro avec la légende US Scott Walker (qu'elle a tiré de son grand sommeil !), dont on n'avait plus de nouvelles depuis en 2006. Leurs univers psychédéliques s'entremêlent si bien - presque avec évidence - que cela suffit à réchauffer l'atmosphère. Et à pousser le doigt sur la touche play pour réécouter Two Suns encore une fois. Pour la cinquième fois d'affilée.

 

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