MPB : Trois questions à... Dominique Dreyfus Logique de l'intuition

07/05/2008 - 14h58
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MPB : Trois questions à... Dominique Dreyfus
Trois questions à Dominique Dreyfus, écrivain, documentariste et commissaire de l'exposition "MPB : Musique Populaire Brésilienne"

Fluctuat : Quelle était votre intention à travers cette exposition "MPB : Musique Populaire Brésilienne" ?Dominique Dreyfus : J'avais envie de raconter la musique brésilienne et de la faire comprendre, car c'est une musique très diffusée en France, très présente dans notre vie, mais dont on n'a pas forcément les clés. J'ai donc voulu transmettre ces clés et expliquer d'où vient cette musique, car le Brésil est un pays neuf : cinq siècles, ce n'est pas beaucoup. Les choses ont commencé au Brésil avec la rencontre de trois peuples, trois cultures, trois civilisations, trois musiques : les Amérindiens, qui étaient les propriétaires originels des terres ; les Portugais, envahisseurs et colons européens ; les Africains qu'on a fait venir très vite pour construire ce pays, comme main d'oeuvre esclave.Vous voulez donner les clés de la musique brésilienne. Est-ce à dire que ces clés ne se donnent pas d'elles-mêmes, qu'il y a des choses à décrypter ?Oui, bien sûr, des choses même très simples ! D'abord, quand on dit musique brésilienne en France, la majorité a tendance à penser samba, bossa-nova... Alors déjà, expliquons que la samba et la bossa-nova forment un même genre musical, la bossa étant l'une des nombreuses déclinaisons de la samba. Racontons aussi qu'il y a d'autres genres importants, comme le choro ("pleur" en portugais), né à la fin du XIXe siècle du côté de Rio de Janeiro, qui est une manière d'interpréter les danses européennes comme la polka, en y introduisant la vivacité rythmique et les instruments de percussions afro-brésiliens ; le baiao, musique rurale du Nordeste au rythme syncopé, instrumentale ou vocale, où les vestiges de la musique amérindienne sont plus présents. Je parle surtout de ces trois genres là, que j'appelle les genres fondateurs, car la caractéristique de la culture et de la civilisation brésilienne, très bien définie par le mouvement moderniste de 1922, c'est "l'anthropophagie", c'est à dire que le Brésil s'alimente de ce qui passe dans toutes les traditions, l'ingurgite et le recrache brésilien. Parce que tout Brésilien est d'origine quelque chose, et tout élément de la culture est le fruit d'une fusion.En réalisant cette exposition, qu'avez-vous redécouvert ?C'est toujours un travail d'enquête, de chercheur que de faire une exposition. C'est replonger dans les bouquins, les archives, les gens, parcourir quantité de musées, de fondations, d'institutions... Et le travail en équipe, avec des gens qui m'interrogent, m'a confrontée d'un seul coup à des questions hallucinantes auxquelles je n'avais jamais pensé, et qui m'ont obligé à redéfinir certaines choses. Là, j'ai notamment redécouvert - et puis bon la musique au fond, on ne finit jamais d'en faire le tour - ce qu'est la musique en tant qu'expression d'une société. Et finalement, il y a une part d'intuitif dans tout ce qu'on fait, et c'est amusant de voir comme l'intuition est très logique, c'est-à-dire que je découvre mon exposition en la racontant, c'est pareil lorsque je monte un film, je découvre mon intention alors que je ne la connaissais pas.Propos recueillis par Emilie Paul & Benjamin Bibas

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