M.I.A, artiste de la controverse M.I.A. contre le reste du monde en 10 exemples

07/07/2010 - 15h20
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M.I.A, artiste de la controverse
Reine du largage de scuds médiatiques pro-Tamoul et du jugement à l'emporte-pièce, M.I.A. agace de plus en plus. Ambassadrice d'un world-hip hop militant et auteur de deux albums importants des années 2000, l'artiste sort son troisième disque dans un parfum de souffre. Révoltée de naissance ? Provocatrice professionnelle ? M.I.A est sans doute un peu des deux. Sa stratégie : foncer dans le tas, façon terroriste. Voici un échantillon de son tableau de chasse.

Paper Planes : M.I.A. vs. les vilains{"Tout ce que je veux faire c'est (BANG BANG BANG) et (bruit de tiroir caisse) prendre tout ton argent"}. Voilà ce que donne le refrain du tube mondial {"Paper Planes"}, présent sur la BO de {Slumdog Millionaire} et tiré de l'album . De là à dire que Maya déteste les riches, il n'y a qu'un pas que nous ne franchiront pas, d'autant que ce serait un peu paradoxal : la chanteuse habite une grande maison dans la banlieue chicos de LA, en compagnie de son fiancé Ben Bronfman, le fils du boss de Warner Music Group. Pour le Californien Diplo, qui a produit le morceau avec Switch, c'était plus une parodie du rap bling bling qu'un hymne aux bidonvilles prenant la défense des pauvres. Pour M.I.A., libre à l'auditeur d'interpréter les bruits de flingue et de tiroir caisse : {"Les gens peuvent dire “oh mon Dieu, cette chanson est si violente”, mais en même temps, il y avait la guerre en Irak. Je me suis dit, certaines personnes se font un max de fric en vendant des munitions et des armes et tout, et tuent des millions de gens, et du coup ça soulevait un vrai problème"} (Msn.com, 2008). Riches, rappeurs, gouvernement US : c'est ce qu'on appelle une bombe à fragmentation.Vs. l'establishment{"Je veux être une sorte d'outsider"}, avoue M.I.A. au New York Times Magazine. Or pour M.I.A., un outsider, c'est un peu comme un terroriste : {"Je ne veux pas faire la même musique, chanter sur les mêmes sujets, parler des mêmes choses que les autres. Si ça fait de moi une terroriste, alors je suis une terroriste"}. Oui, dans la bouche de M.I.A, le mot "terroriste" sonne vraiment pas mal : {"Tout ce que je porte est américain. Si j'étais terroriste, je ne porterais pas des habits américains"}. Le terrorisme, c'est même parfois drôle : {"L'Amérique n'a aucun sens de l'humour. Par exemple il y a ce show anglais avec des gosses qui veulent être terroristes. C'est brillant ! Les gosses achètent de l'Ajax pour confectionner des bombes, et essaient de trouver de nouvelles manières de faire des attentats suicides. C'est vraiment, vraiment cool. Mais parce que je trouve ça marrant, on va sans doute me traiter de terroriste"}. M.I.A. aime tellement le mot "terroriste" qu'elle a intitulé une de ses premières mixtapes {Piracy Funds Terrorism}. Bizarrement, personne n'a ri.Vs. les détracteurs de Madonna{"Madonna est la meilleure. Elle a fait de merveilleuses chansons. Elle a un incroyable sens du style, sans styliste. Elle a des défauts, parfois elle l'admet elle-même. Je me battrai pour la cause Madonna."}, déclare M.I.A. au NY Times, avec son sempiternel champ lexical guerrier. Pas touche à Madonna, sinon "bang bang bang". Peut-être l'artiste anglo-sri-lankaise se reconnaît-elle aussi un peu dans la façon dont la "Material Girl" a fait de la provoc un fond de commerce.Vs. l'accouchement sans-douleur{“Tu dois embrasser la douleur, embrasser le combat”}, avait proféré M.I.A. quelques mois avant son accouchement. Et de fait, elle avait courageusement donné quelques lives à huit mois de grossesse, le ventre tendu comme un slip. Mais son fils Ikhyd (prononcer “Aïe-Kid”, l'enfant génération iPod) n'est pas né “à la maison dans une bassine d'eau” comme annoncé préalablement par la chanteuse qui voulait ainsi rendre hommage à {"la souffrance des femmes sri-lankaises qui accouchent dans les camps de concentration"}. En réalité, Ikhyd a vu le jour dans un hôpital privé de Los Angeles, suite à l'insistance du fiancé de Maya. Tu m'étonnes. Vs. le gouvernement CingalaisOuvertement pro-Tamoul, Maya arbore fréquemment le sigle du tigre sur ses vêtements, albums et sites web. Née au Sri-Lanka, pays déchiré entre la majorité bouddhiste cingalaise et la minorité hindoue Tamoul, la chanteuse est partie du pays à 6 mois, vers Londres. Son père faisait partie du mouvement EROS, mais n'a jamais été lié aux Tigres Tamouls, mouvement indépendantiste très violent qui n'hésite pas à utiliser des enfants soldats et à massacrer des villageois pour se faire entendre. En médiatisant sa vision simpliste de l'opprimé contre l'agresseur, Maya agace profondément les experts du Sri Lanka et les organisations humanitaires, en particulier quand elle parle à tord de "génocide", ou bien qu'elle envenime le conflit à force de déclarations à l'emporte-pièce du style {"Give war a chance"}.Vs. Justin BieberDes roux se font tirer dessus, puis exploser la tête au ralenti dans un camp militaire : c'est le concept du clip de {"Born Free"}, réalisé par le subtil Roman Gavras ({"Stress"}, de Justice). A travers ces neuf minutes d'ultra-violence perpétrées contre la "communauté" rousse, la vidéo semble dénoncer tous les massacres racistes du monde. Le clip a été retiré de You Tube, puis remis en ligne avec quelques coupes, non sans s'assurer au passage un buzz prémédité. A ceux qui demandent à M.I.A. pourquoi tant de violence, l'artiste n'évoque curieusement pas ce qu'elle nomme habituellement le "génocide" subi par les Tamouls, mais… Justin Bieber : {"Je trouve les vidéos de Justin Bieber plus violentes que les miennes. Elles m'agressent bien plus les sens et les yeux. J'ai donné des interviews pendant neuf heures hier et tout le monde a voulu connaître le véritable sens de ce clip. Cela me sidère que les gens aient autant besoin d'explications que ça."}Vs. Facebook et Google Selon M.I.A., Google et Facebook auraient été développés par la C.I.A. {"Tous les gouvernements sont connectés à Google"}, a-t-elle déclaré à Nylon Magazine. Légèrement parano, la chanteuse a expliqué que {"les gouvernements peuvent trafiquer les moteurs de recherche de façon à ce que les internautes ne voient que ce qu'ils (les gouvernements) veulent qu'on voie. Je veux que les kids en soient conscients."} Riposte de M.I.A. : le titre de son troisième album, ("Maya" avec une nouvelle typo), donne des migraines à Google. Concernant Facebook, Maya n'y va pas non plus par quatre chemins : {"Tout le monde sur Internet fait genre ‘Oh mon Dieu, rejoins Facebook !' Ils sont tous si optimistes… Alors qu'en réalité, tout le monde vous entube le cerveau de l'autre côté de l'écran."} Par contre, M.I.A. n'a rien contre Twitter.Vs. les journalistes trop persifleursRemettre en cause l'intégrité de M.I.A, c'est s'exposer à de lourdes représailles. Suite à l'

, en référence à l'expression de Hirschberg, qui ironisait sur le décalage entre le discours guerrier de M.I.A. et le décor cosy durant l'interview), le morceau est agrémenté d'extraits audio de l'entretien en question, valant pour preuves à charge.Vs. ceux qui la comparent à Lady GagaEt pour le coup, on la comprend. Hormis un chic pour se forger une image forte et buzzer sur le web, quel point commun entre la blonde qui a remis au goût du jour l'euro-dance par l'intermédiaire du look Bowie époque Ziggy, et l'icône world militante pro-Tamoul et Converse ? {"Les gens disent qu'on se ressemble toutes les deux. Mais elle fait exactement comme moi !"} Ah ? Bon, autant pour nous. {"Elle me ressemble encore plus que je ne me ressemble moi-même ! Elle prend comme modèle Grace Jones ou Madonna, mais sa musique ressemble plutôt à de la dance d'adolescente d'Ibiza. Et aucune de ses musiques ne correspond au look qu'elle veut donner, à l'image bizarre qu'elle pense avoir... Elle n'a rien d'une progressiste, elle ne fait rien avancer mais c'est une bonne imitatrice"}. C'est déjà ça, Gaga.Vs les bluettes vampiriques à succès{"J'ai eu une proposition pour la bande originale du prochain Twilight. Et heureusement, Jimmy Iovine (le patron du label Interscope) était en embrouille avec eux, et les a envoyés chier !"}, aurait déclaré M.I.A. D'autres gens plutôt cools, mais sans doute moins intègres que Miss Arulpragasam, ont pourtant accepté de participer aux scores de la saga : Thom Yorke, Lykke Li, Death Cab For Cutie, Iron and Wine, etc. Ne rien faire comme les autres tout en restant soi-même, tel est le credo noble mais peut-être un peu systématique de la carrière de M.I.A. en ce moment. Car finalement, on s'en fiche un peu de toutes ces mini-polémiques. Qu'elle prône la violence politique, ou qu'elle se crée un personnage guerrier, passe encore. Ce qu'on craint en revanche, c'est de voir la star londonienne s'épuiser dans la babillage extra-musical, au détriment de son art, à la manière d'un Liam Gallagher, d'une Lily Allen ou d'un Raymond Domenech.

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