
Un excellent concert pour moins de 16 euros dans une salle à taille humaine, avec une sono parfaite, c'est possible en 2008. Le Nouveau Casino, aussi vaste qu'un bar parisien, mais avec deux étages, programmait Lykke Li mardi soir. La Suédoise de 22 ans, vêtue comme une prêtresse hippie en toge noire, a su conquérir le public branché-bohème venu la contempler (et l'entendre), quelques jours avant la sortie de son premier album . Album qui constitue à ce jour son seul répertoire, et qu'elle a donc joué en entier.
"Are you ready to dance, dance, dance ?" demande timidement la chanteuse après la première chanson, avant d'enchainer sur ses minitubes acidulés "I'm good I'm gone", "Let it Fall", ou "Breaking it up". Loin de resservir une copie conforme de son (très bon) disque, la petite blonde entrecoupe ses feulements de gesticulations saccadées, sur des rythmes africains. Une lueur toute tropicale vient ainsi réchauffer les miniatures electropop concoctées par Björn Yttlin, de Peter, Björn and John. Une étonnante reprise de "Cape Cod Kwassa Kwassa", de Vampire Weekend, confirme le tournure afrobeat de la prestation. Dans un halo de fumée verte et violette, Lykke Li mène la danse, et ménage des silences, égrènant ses délicates ballades dans une atmosphère de transe fascinée. Mais on n'est pas chez Mylène Farmer non plus, Lykke Li n'est pas là pour nous endormir les mirettes dans un brouillard gnangnan-confortable. Les synthés de Yttlin, hypnotiques et liquides, se figent parfois, subitement glacés, dans un maintien plus krautrock, comme sur le magnifique "Window Blues". Chanson bizarrement interrompue sur la demande de la diva, qui quitte subitement la scène au son (envoyé par la maison ?) de NTM... Puis Lykke réapparait aussi vite, mimant des gestes guerriers alors que les hauts parleurs envoient le refrain "Hou hou, assassin de la police, hou hou n*** la police !!! "
Curieux, mais ça passe, d'autant qu'elle reprend ensuite le morceau où elle l'avait abandonné, comme si de rien n'était. Tout passe, le temps aussi, qui défile très vite en compagnie de Lykke Li : déjà une heure de show et...plus un seul morceau. Alors la Suédoise nous sort le rappel qui tue : After Laughters (Comes Tears) de Wendy Rene, une complainte soul qu'elle aurait presque pu écrire : peine de coeur, mélodie simple, subtilement mélancolique, soufflée par une déchirante voix d'enfant. Désarmant.
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Par Eric Vernay Follow @ericvernay