
Vous avez remarqué ? Les girls bands de pop FM n'existent plus. Ces groupes de nanas toutes en pop qui ont fait les beaux jours de la radio depuis sa création, des Supremes aux Spice Girls, et qui ont connu une explosion de popularité sans précédent dans les années 90s, semblent avoir définitivement disparu aujourd'hui. Le dernièr succès du genre remonte au "Don't Cha" des Pussycat Dolls en 2007.
Par contre, le 21e siècle aura vu revenir en force la diva, la meneuse de revue, la chef de gang, en deux mots : l'icône pop. Beyoncé, Britney Spears, Rihanna, Lady Gaga, Miley Cyrus, Katy Perry, Justin Bieber, autant de reines et princesses de la Pop oeuvrant en solo. L'union fait la force ? Pas si sûr.
Du point de vue marketing
Les groupes sont plus difficiles à marketer qu'une artiste solo. Tout le monde se souvient de Madonna. Pas tout le monde se souvient de Ringo Starr. En dehors de Bob Marley et de Beyoncé, peu de gens se souviennent des autres membres des Wailers ou des Destiny's Child.
Un artiste solo c'est simple : l'album porte son nom et sa tronche est sur la couverture. On peut dire "j'adore sa musique" sans entrer dans les discussions type "Jonny Greenwood est bien meilleur que Thom Yorke" qui n'intéressent que les passionnés de musique. On a qu'une seule page Facebook à liker, un seul compte Twitter à suivre, et on a une seule actualité à suivre pour acheter les prochaines chansons. Côté pub et presse, il suffit d'un artiste bien entraîné au jeu des médias pour attirer comme il faut la lumière et les journalistes. C'est aussi plus simple et efficace de faire du storytelling autour d'une seule personnalité que d'un groupe de personnalités : voyez la limpidité du discours complexe d'une Lady Gaga face au brouillard confus qu'était le girl power des Spice Girls. Une artiste solo, c'est aussi un seul ego à gérer (c'est déjà beaucoup), et puis c'est beaucoup plus pratique pour organiser des collaborations avec d'autres artistes afin de pénétrer de nouveaux marchés (la spécialité de Kylie Minogue).
Et puis les gens s'identifient bien plus facilement à une artiste solo qu'à un groupe. ABBA ne vous révélera jamais votre homosexualité aussi aisément qu'une Mylène Farmer, une Cher ou une Lady Gaga (encore elle !).
D'un point de vue social
Et si je vous disais que la disparition brutale des girls band coïncide pile avec l'explosion de Facebook ? Ouais. Après tout, si Mark Zuckerberg a monté ce site diabolique juste pour connaître la marque de vos culottes, vous imaginez bien qu'il avait d'autres idées en tête.
Bon, en vrai, cela fait déjà quelques temps qu'internet a cessé d'être un outil servant à découvrir l'autre, pour devenir un outil permettant de se mettre en valeur et de ne traîner qu'avec des gens qui ont les mêmes goûts. L'explosion des popeuses solo correspond de bien trop près à notre ère d'individualisation totale, contresignée par le web 2 et parachevée par les réseaux sociaux. VOUS ÊTES UNIQUE, nous martèle les 3 réseaux sociaux, les 18 newsletters personnalisées, les 4 blogs et les 18 offres Groupon que l'on reçoit chaque jour.
C'est la société sociale, basée sur l'économie de l'attention. Nous vivons dans une société ultraconnectée et on planche à retrouver et marquer notre individualité. Et, tenez-vous bien, la vérité c'est que les pop stars sont comme nous. Finie l'ambiance Goonies ou Club des Cinq, on est plus forte seule que dans un groupe de carriéristes tueuses aux ongles aiguisés. La force du groupe, c'est surtout utile pour vos fans.
D'un point de vue artistique
Ils sont extrêmement rares les girls band (ou les boys band) à avoir inscrit plus de deux hits au compteur. Là où les Madonnas de chaque couleur et génération sont habituées aux disques de platine à répétition, les girls band galèrent tous à tenir sur la durée. Même les Ronettes ou les Supremes, dont tous les compositeurs et producteurs importants étaient amoureux, n'ont duré que 5 ans avant de s'effriter de l'intérieur.
De même, il existe un luxe courant chez les artises solos, mais qui ne fonctionne jamais pour les groupes : le comeback. Prenez Britney début 2007 : pas d'album, pas de belle presse, pas de cheveux. Hop, on change d'équipe et fin 2007 on retrouve Britney avec : des cheveux, un super album produit par les élèves de Timbaland, un comeback réussi. Mais pour un girls band, le comeback, c'est la porte ouverte aux moqueries et aux mesquineries en tous genres : "plus d'argent", "raté leurs carrières solo", "concert minable" ne sont que quelques exemples des phrases qui accompagnent ce type de retour (remember celui des Spice Girls !).
La raison en est très simple : changer la direction artistique d'un groupe entier, ainsi que son image, est impossible. Aucun girl band n'a jamais pu s'approcher du Graal des pop stars solos : le principe de la métamorphose, qui excuse et justifie tout virement de bord artistique. Là une pop star solo est un esquif agile capable de changer sa course pour créer de nouvelles chansons et muer rapidement pour s'adapter aux modes et au goût du public, le girls band est un vieux paquebot troué : l'équipage a beau écoper à qui mieux-mieux, la navire ne retrouvera jamais sa première superbe.
Le girls band reviendra-t-il ?
Ah, la question qui fâche. Comme à peu près tout en musique, le cycle est éternel et la mode referra surface. A quoi peut-on s'attendre ? A un groupe encore plus débridé et sexy que les Pussycat Dolls ? A une combo groupe/solo dans le genre de Fergie et Black Eyed Peas ? A une invasion asiatique toute en J-Pop sautillante ? A un tout nouveau style de gospel pop encore inédit ? L'avenir seul nous le dira, préparez vos oreilles !
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Par Cédric Bégoc