
Pour fêter son demi-centenaire, le Billboard américain, l'organisation qui compte la musique vendue aux USA, vient de mettre en ligne tout un tas de classements dont le plus "prestigieux" est celui des chansons les plus vendues de tous les temps aux USA. Pour les dix premiers, ça donne ça...
1. "The Twist” — Chubby Checker
2. "Smooth” — Santana, featuring Rob Thomas
3. "Mack the Knife” — Bobby Darin
4. "How Do I Live” — LeAnn Rimes
5. "Macarena” (Bayside Boys Mix) — Los Del Rio
6. "Physical” — Olivia Newton-John
7. "You Light Up My Life” — Debby Boone
8. "Hey Jude” — The Beatles
9. "We Belong Together” — Mariah Carey
10. "Un-Break My Heart” — Toni Braxton
... et la suite est par là. En fait si on regarde tout le top, on se dit que les années 1990 étaient les plus grandes années commerciales de la musique. Si on regarde un peu l'histoire, on se rend surtout compte que les méthodes de comptage ont évolué et que ce top ne veut pas dire grand chose mis à part que dans n'importe quel ordre, toutes ces chansons ont été vendues en grosses, grosses quantités, souvent beaucoup trop grosses à vrai dire. C'est critiquable, donc, mais cette liste qui fait cohabiter la "Macarena" et Kurt Weill est parfaitement super réaliste : dans la pop de masse il n'y a ni logique, ni cohérence. Dès qu'on est plus de deux, on est une bande de cons et quand on est cent millions on est juste une grosse masse informe qui crie tout le temps "je veux" et avale d'énormes quantités de divertissement comme un geek boulimique. Souvent, il les vomit plus tard parce qu'il est snob (même le pire des beaufs a renié la Macarena, non ?). Ce classement est à rapprocher de ceux qui commencent par la Bible, Coca Cola et MacDonald's : le premier ce n'est souvent ni le meilleur, ni le plus gentil, ni même le plus aimé, c'est celui qui déploie la plus grande force brute, qui n'a pas peur d'inventer la plus stupide des danses, de dénuder des danseuses dans le clip, de chanter des histoires de maquereaux, de glorifier les plus bas instincts, d'utiliser des mots comme "amour", "coeur" et "beau". Ca ne veut pas dire que nous ne sommes collectivement que de viles créatures qu'on peut réduire à leur ça mais juste que c'est parfois tout ce que nous avons en commun et qu'il économiquement plus logique d'en appeler à nos côtés les plus pitoyables. Si vous êtes désolé, ne blâmez pas la masse, blâmez le capitalisme.
Par Cédric Le Merrer Follow @GoldfishFight