
I Can Hear Your Heart de Aidan John Moffat est une collection de 24 poèmes érotiques prononcés en mode spoken word et accompagnés d'arrangements qui évoquent les musiques de films des années 60-70 entre "Aldred Hitchcock" rec="0" et [people rec="0"]Michel Legrand[/people]. Le disque est servi par un beau livret qui contient, en plus des lyrics, une nouvelle de quelques pages, plutôt bien tournée. Les titres sont d'une durée assez inhabituelle (rarement plus d'une minute et trente secondes) et peignent, pour la plupart, des scénettes tirées de la vie érotique (imaginaire ?) de l'Ecossais. On retrouve d'amusantes situations déjà croisées sur les albums de l'ancien duo, comme sur "Party At Your Boyfriends", où un ex retrouve son ex, une scène de coït en audiovision un rien embarrassante sur Fuck It. L'album de Moffat fait penser à cet instant à l'album Lovage de [people rec="0"]Dan Automator[/people], entre sensualité réelle et ridicule jazzy. On y entend un peeping tom ahaner de la poésie à base de cunnilingus ou de double pénétration (l'affreux "Double Justice"), tandis qu'un piano inquiétant égrène quelques notes. I Can Hear Your Heart repose autant sur la qualité des textes de Moffat que sur l'étrange effet produit par l'enchaînement des séquences musicales, collages, extraits de musique militaire, chansons traditionnelles, messages répondeurs et autres piou-pious ("Beak") ou cris de bêtes. "I Will Walk" pourrait bien être la première chanson à boire expérimentale de l'histoire, un mélange des "The Pogues" rec="0" sans musique et de [people rec="0"]Philip Glass[/people]. Moffat a aussi l'humour ravageur et comme toujours le son du mot qui blesse. "We were talking about music and records, but every song you played me was shite / Then you got upset when I fell asleep halfway through that dreadful film that you insisted we rent last night" chante-t-il sur l'excellent "Nothing In Common". On se croirait dans la vraie vie.... La poésie érotique de Moffat est valorisée ici par cet incroyable environnement sonore, au point qu'il faut attendre assez longtemps avant de ressentir cette fatigue qui suit, en chair comme en disque, toute saturation de l'espace érotique disponible. I Can Hear Your Heart paraît alors un peu sec et arty pour nous mais rend compte de l'esprit aventureux et des obsessions d'un auteur que la ligne Arab Strap avait finalement tenu dans un cadre sûrement trop étriqué pour ses envies. Après l'album de [people rec="0"]Malcolm Middleton[/people], on se dit que le plus insatisfait des deux, dans le duo écossais, n'était pas celui qu'on croyait.

Par Benjamin Berton