
- La nouvelle génération du hip-hop anglais, voir notre sélection d'artistes hip-hop à suivre Face à l'export, le rap est comme le bouddhisme : il s'hybride et s'adapte aux styles de vie de chacune de ses terres d'accueil. En France par exemple, le mouvement devient dès ses débuts un vecteur de critique sociale, qui passe par le texte, conséquence peut-être du poids de la chanson sur l'expression musicale hexagonale. Voilà pour la France, considéré à juste titre comme la deuxième patrie du hip-hop, qu'il s'agisse de vente, de production ou d'écoute.Or, à quelques brasses au nord...Le rap, ventilé à la sauce anglaiseOr, à quelques brasses au nord, au-delà de la Manche, le phénomène est quasi-inverse. Au Royaume-Uni, malgré des relations de civilisation privilégiées avec les États-Unis, le rap n'a jamais imposé son diktat. Les sonorités électroniques et pop-rock y sont très vivaces et continuent de faire la pluie... Et quelque fois le beau temps. Débarqué de la terre sainte new-yorkaise durant les années 80, le rap anglais émerge comme en France après que ses frères d'armes (break, graff et djing) lui aient déblayé le terrain. Au début, les MC's british se contentent simplement d'imiter leurs cousins d'Amérique. Seulement voilà, les rappers de Sa Majesté pratiquent au fond des clubs ou lors de sound-systems campés au coeur de quartiers cosmopolites et métisses. D'entrée de jeu, le hip-hop anglais se retrouve brassé à la sauce anglaise. Les instrus puent l'acidité héritée des clubs, le genre se teinte d'asian beat, de riddims jamaïcains et antillais, de nappes jazz. Cette scène émergente est relayée par le puissant réseau des radios pirates, disséminées partout dans le pays. Des ondes clandestines - où un selecta comme Gilles Peterson y fit ses débuts d'animateur -, encore considérés aujourd'hui à l'avant-garde de l'underground. Nous sommes au milieu des années 80, le rap, encore cantonné à un phénomène de niche mute déjà. Débarrassé de la tentation d'imiter son ancêtre d'outre-atlantique, le mouvement embrasse sans complexe l'identité britannique : l'accent cockney vient épaissir un flow qui lui-même s'accélère. A Bristol en 1988, alors qu'au même moment Joey Starr balance ses premiers freestyles à Paris, 2 dj's-producers ainsi qu'un graffer et MC décident d'explorer le potentiel musical des machines liées au hip-hop, fondent le trio Massive Attack et co-inventent au passage le trip-hop. Entre la France et la Grande-Bretagne, le timing n'est pas le même.Syndicat du GrimeDurant les années 90, le rap anglais - en légère perte de vitesse - la joue en sous-marin. Mais le mouvement ne disparaît pas. Il se recycle dans les free et rave parties qui vibrent au son nouveau de la jungle et de la drum'n'bass, courants électroniques qui, grâce à leurs incartades dans le ragga, laissent suffisamment de place aux MC's et toasters pour officier, moyennant d'accélérer encore leur débit verbal. Mais pour le rap anglais, le vrai tournant se tient au virage des années 2000. Une période faste parce que le monde entier découvre alors Mike Skinner, homme-orchestre de The Streets. Pur produit underclass, géniale icône du sous-prolétariat anglais, ce looser magnifique armé de son accent cockney propulse dès 2002 . 14 titres de désillusion et de spleen bétonneux, dans lesquels le rapper et compositeur parvient à cannibaliser tous les courants électroniques londoniens (house, électronica, trip-hop, chill-out, uk garage et acid-jazz). Conséquence ? 1 000 000 millions d'albums vendus et la certitude que le Royaume-Uni peut-être définitivement épinglé sur la mappemonde rapologique, si certains en doutaient encore. Une mise en lumière qui tombe à pic, puisque l'île d'Elizabeth II s'apprête à voir déferler sur elle un nouveau tsunami : Le grime. Électro furieuse, lignes de basses minimalistes, sonorités féroces et décentrées... A la croisée du dancehall, d'un rap épileptique et de complexes boucles jouées entre 140 et 180 bpm, le grime déchaîne les enfers sur Londres. Ses anges déchus sont Dizzee Rascal, Lady Sovereign, Wiley ou les membres du posse au line-up long comme le bras du So Solid Crew, qui enverront leurs comètes jusqu'à la fin des années 2000 sur les dancefloors britanniques.La relèveDepuis quelques années, cet état d'euphorie est sensiblement retombé. Mike Skinner a définitivement annoncé la fin de The Streets, les prodiges Dizzee Rascal ou Kano se sont compromis dans le mainstream, Lady Sovereign a laché le mic pour la TV... Qui rallumera le mégot du rap anglais ? Une fille déjà. La jeune Corynne Elliot aka Speech Debelle, qui rappe comme elle respire, et dont le deuxième album {The Art of Speech} est attendu dans les charts anglais comme l'arrivée du messie. Le rapper et challenger Example, qui squatte régulièrement les premières marches du classement des club anglais, charbonne actuellement sur son 3ème album. De plus en plus putassière, la carrière du jeune MC virera peut-être définitivement dance avec ce nouveau disque. Réponse d'ici quelques mois. Son pote le blanc-bec Professor Green, sous-bâtard entre Mike Skinner et Eminem, livrera en août son second effort, que l'on espère plus mature que le foutraque , sorti l'année dernière. Cet été verra également la sortie dans les bacs du nouvel album du vétéran Wiley, qui proposera {100% Publishing}, un nouveau 12 titres signé chez Big Dada, la fiilale hip-hop de la célèbre écurie masquée Ninja Tunes. Enfin, autres pionniers dont l'actualité ne doit jamais être sous-estimée, celle du trio des Stereo MC's, qui distillent leurs punchlines cockneys poussées par des beats house et funk depuis 1985.