Le nouveau R'n'B, chic et hybride Un genre en pleine mutation

31/05/2011 - 18h17
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Le nouveau R'n'B, chic et hybride
Oubliez un peu Justin Timberlake, Beyonce[people_restrictif] ou [people_restrictif]Usher : ils appartiennent déjà au passé du R'n'B. Le futur du genre s'écrit en ce moment-même par de jeunes artistes anglais, canadiens ou américains répondant au nom de The Weeknd, Frank Ocean, Jamie Woon... Biberonnés au new jack, à l'indie-pop et à l'electro, ces apprentis sorciers squattent déjà internet avec leur groove hybride.

Cela n'aura échappé à personne, le R'n'B moderne s'est imposé depuis vingt ans comme un genre dominant de l'industrie musicale. Partant du "new jack swing" de Teddy Riley, popularisé par Michael Jackson sur son album {Dangerous} en 1991, ce mélange de voix soul et de rythmes hip hop triomphe avec les ballades du crooner R.Kelly à la fin des années 1990, puis dans les 2000 avec des chanteuses charismatiques (Mary J. Blige, Beyonce...). Pour faire court. Ce dernier virage du genre, plus pop et mainstream que jamais, consacre un genre devenu aussi lucratif que spectaculaire : pas un clip de Justin Timberlake, Ne-Yo ou Rihanna sans sa chorégraphie hip hop. Dans ce climat de girl power triomphant, et de surenchère chorégraphique, quelques voix masculines hybrides, souvent angoissées, se font entendre depuis quelques mois dans le vaste giron du R'n'B. Drake, en particulier, semble avoir changé la donne avec son premier album, {Thank Me Later}. Vendu à plus d'un million d'exemplaires, le disque du Canadien mélange textes rappés et chantés, dans une atmosphère planante et synthétique en grande partie due au travail du beatmaker Noah ‘40' Shebib, et qui évoque beaucoup la pop sous morphine de The XX. Devenue mainstream avec Drake, cette voie esthétique sous influence électro/new wave n'est pas restée lettre morte dans l'underground. Depuis 2010, quelques réponses ou pistes audacieuses infusées à la pop music viennent attester d'un regain de tension chez les jeunes pousses du R'n'B. Avec elles, semble émerger une figure mâle inquiète, sentimentale et repliée sur elle-même. Revue des troupes de ces artistes R'n'B d'un nouveau genre.Le r'n'b nocturne de The WeekndOn retrouve chez The Weeknd l'état spleenétique et comateux des mélopées de Drake. La star canadienne a d'ailleurs fait beaucoup pour la renommée naissante d'Abel "The Weeknd" Testaye, en déclarant publiquement son béguin pour la musique de son voisin de Toronto, via son influent fil Twitter. Mais si les productions de Doc McKinney et Illangelo sur la mixtape {House Of Balloons} (diffusée gratuitement sur le web en 2011) évoquent beaucoup celles de Noah ‘40' Shebib sur le premier album de Drake, The Weeknd se distingue par un univers plus dark, plus radical, infusé aux rythmes oppressants du dubstep. Les basses grondent derrière ce gospel sensuel. Mystérieux comme Burial, le Canadien cultive une image à la fois glamour et glacée, illustrée dans ses vidéos Youtube par d'élégantes photos érotiques en noir et blanc, lacérées de rayures. Sur cet EP de 9 titres, premier volume d'une trilogie ({Thursday} et {Echoes of Silence} devraient suivre), The Weeknd sample la dream pop de Beach House et le post punk tourmenté de Siouxsie and the Banshees, pour donner naissance à un R'n'B obsédant et nocturne, inquiétant et drogué, au sang froid.

La touche dubstep de Jamie WoonC'est du son UK garage qui coule dans ses veines, en 130 bpm : Jamie Woon, 26 ans est anglais, et ça s'entend. Diplômé de la BRIT school, tout comme Amy Winehouse qu'il a depuis accompagnée en live, ce jeune londonien d'origine sino-malaise au look BCBG n'a pourtant pas grand chose à voir avec la diva destroy de la soul. Peu intéressé par le revival nostalgique, ce fan du {Kid A} de Radiohead et des samples de DJ Shadow s'est acoquiné avec le pape du dubstep Burial pour son single {"{

}"}, extrait de son premier album (2010). Jamie Woon développe un groove hypnotique et sexy, entre tentations expérimentales et évidence pop : un peu comme si Craig David se mettait au dubstep, où si Justin Timberlake allait se promener dans les bois, la nuit tombée, à la seule lumière de sa boule à facettes.

Le rétro-futurisme de Frank Ocean d'Odd FutureMembre du collectif hip hop déluré Odd Future (OFWGKTA), Frank Ocean a écrit des chansons pour Brandy, John Legend et Justin Bieber. Son premier album, {Nostalgia, Ultra}, aurait du sortir chez Def Jam, mais le label new yorkais a tellement tardé à le mettre dans les bacs que le natif de la Nouvelle Orléans a dit "fuck" (sur son Twitter notamment), et s'est débrouillé tout seul comme un grand, en balançant la mixtape gratuitement sur internet. Buzz et hype ont rapidement suivi : la blogopshère s'est entichée de ce curieux objet musical mélancolique et cheesy. Le buzz est même parvenu jusqu'aux oreilles de Beyonce, qui a recruté le bonhomme de 23 ans pour une collaboration sur son prochain album, pourtant très select en terme de production (The-Dream, Andre 3000, Kanye West…). Gorgé de samples indie-pop (MGMT, Radiohead, Coldplay), sans peur du mauvais goût (The Eagles), le R'n'B de Christopher "Frank Ocean" Breaux fleure bon le soleil de Californie, terre d'accueil du chanteur depuis son départ de Louisiane lors de l'ouragan Katrina. Entrecoupée de bruits de cassette old school, la mixtape rétro-futuriste de Frank Ocean raconte de bizarres romances nouées avec des apprenties dentistes/pornstar à Coachella, cite des noms de jeux vidéos nineties (Street Fighter, Soul Calibur) dans une atmosphère décontractée, addictive, un peu geek, où il est question de novocaïne et de Kubrick. Frank Ocean devrait cartonner, il a les tubes pour. Conscient de son erreur, Def Jam va finalement sortir son mini-album cet été.

Le pendant shoegaze avec How To Dress WellDans la famille R'n'B de chambre, mais sans le sexe, How To Dress Well incarne une voie passionnante pour le genre. Derrière le projet, il y a Tom Krell. Cet étudiant en philo, passant son temps entre Brooklyn et Cologne, n'a vraiment pas un physique de lover à la R.Kelly, mais un falsetto qui rappelle le chanteur folk Bon Iver. How To Dress Well érige un pont inattendu entre groove noir et textures indie-rock. Noyé sous des nappes de reverb, le R'n'B embrumé du blanc-bec est informe et cotonneux, introspectif et éthéré. Une sorte de réponse shoegaze à la soul synthétique de James Blake, si l'on veut. Quant aux paroles de ce fan de Bobby Brown et de new jack de la fin des 1980's, elles sont souvent inaudibles. Si l'on se fie aux titres des morceaux, il est notamment question de "rêve suicidaire" et de "pluie sans fin". Dans son premier album {Love Remains} (2010), le crooner-autiste cite {Safe} de Todd Haynes, film dans lequel Julianne Moore, effrayée par la pollution et le stress du monde moderne, se coupait de la société via une thérapie New Age, pour se créer un univers propre : on est loin du champagne, du bling bling et des biatches qui se déhanchent en bord de piscine. Bienvenue dans le R'n'B du futur ?

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