
01. Le rock dark c'est euxLes hippies prenaient du LSD et fumaient de l'herbe, les membres du The Velvet Underground, eux, préféraient les amphétamines (le speed) et l'héroïne, deux stupéfiants en total opposition avec l'utopie censément "cool" imposée dans les 60's. Des préférences qu'ils affichaient clairement dans leur musique et leur texte, tout comme leur goût pour la face noire de la sexualité, les faits divers glauques et une évocation sombre du psychédélisme dans une ère plus volontiers portée vers les colliers de fleurs et les posters colorés. Chaussés d'éternelles lunettes noires, habillé des vêtements sombres, les membres du groupes se présentent émaciés et sinistres. La seule femme du groupe (la batteuse Moe Tucker) a les cheveux courts tout comme le chanteur, rasé de près, à une époque où tous les hommes "branchés" les portent longs accompagnés d'une barbe bien fournie. Exception à la règle, Sterling Morrison (basse) et John Cale (violon), mais ces deux-là ressemblent plus à des prêtres défroqués sinistres et pervers, qu'à des hippies fleuries. Même Nico, symbole de la féminité présente durant les débuts du groupe, avec sa blondeur et son teint blafard ressemble plus à une vierge de glace germanique, image incarnée de divinité païenne allemande et évocation du troisième reich, qu'à une fille fleur des 60's.02. Le punk leur doit tout (ou presque)Une batteuse qui ne sait pas jouer de son instrument, un ex-guitariste de studio reconverti fou de free jazz et un violoniste tout droit sorti du conservatoire qui ne joue que du bruit, bien avant le punk, les membres du Velvet Underground, par leur amateurisme éclairé et leur je-me-foutisme assumé, posait déjà les bases d'un mouvement qui ne serait nommé comme tel qu'en 1976 aux USA et en 77 en Grande-Bretagne, le punk. Pour beaucoup, en effet, le Velvet Underground, sont les premiers punks juste avant les Stooges, puisque le groupe de Detroit sort son premier album la même année que le fameux
, véritable manifeste pré-punk du Velvet.03. La New Wave avant l'heureDebout dans l'ombre, jouant un rock souvent funèbre, chantant la mort et la décadence, contemplant les moeurs les plus dépravés de leur temps et s'appuyant sur une imagerie sombre, on peut dire que le Velvet était cold wave et new wave avant l'heure (tout du moins dans ses trois premiers albums). Fan du groupe, Ian Curtis repris d'ailleurs {"Sister Ray"} avec Joy Division. A la fois frénétique et morbide, la reprise du groupe de Manchester est une relecture doublement éloquente, parce qu'elle met à jour les filiations du Velvet avec la part le plus sombre du rock, mais aussi parce qu'elle surinterprète ce qui était déjà en germe chez les New-Yorkais. D'autres groupes new wave comme Echo and The Bunnymen, mais aussi Bauhaus, Orchestral Manoeuvres in The Dark, Japan, le Nick Cave des débuts ou Microdisney ont eux aussi interprétés des reprises du groupe.04. C'est le premier groupe "art rock"Que serait devenu le Velvet Undergound sans le parrainage d'Andy Warhol ? Un tel groupe d'outsiders n'aurait certainement pas trouvé de public à cette époque. Pochette, lithographie, affiches, jeu de scène avec l'Exploding Plastic Inevitable, light show, films, aux côtés d'Andy Warhol et grâce à l'artiste new yorkais, le Velvet Underground imposa une image unique au sein de la scène rock des 60's, et surtout, intrigua critique et public qui vinrent à lui plus par curiosité, tout du moins au départ, que par réelle passion pour le groupe. Premier formation musicale "art rock" ou de "rock arty", le Velvet sera à l'origine d'une longue lignée de groupes et d'artistes qui s'inspireront à la fois de leur imagerie et de leur démarche. 05. Les premières références lettrées à la culture européenneGenet, Dostoïevski, Pasolini, les références de Lou Reed quand il écrit ses textes au sein du Velvet Underground sont quasiment toutes inspirées par la littérature et l'art européen. Il en va de même pour l'esthétique du groupe influencée par Leopold von Sacher-Masoch, écrivain et journaliste autrichien (né en Galice) auquel on doit le terme de sado-masochisme, et dont Reed s'inspirera pour les paroles de {"Venus in Furs"} (La Vénus à la fourrure, oeuvre de Sader-Masoch publiée en 1870). La discographie du groupe est remplie d'allusions au continent européen et à sa culture. Lou Reed dédie par exemple {"European Son"}, le manifeste bruitiste du premier album à son mentor et ami le poète Delmore Schwartz, quant au refrain de {"Femme fatale"} interprété par Nico (Christa Pavlovski, puis Paffgen de son vrai nom, mannequin, actrice et chanteuse allemande née à Cologne en 1937) il est en français !06. Le "bruit blanc" manifeste électrique d'un rock frénétiqueLe Velvet Undergound, ex-The Primitives, The Warlocks et The Falling Spikes, s'illustrera dès 1965 par ses concerts happening chaotiques et surtout un amour du bruit blanc, feedback et larsen, ces sons générés par les guitares et tous les instruments électriques quand ils sont approchés trop près des amplis et poussés à leur volume maximum. La plupart du temps, cela provoquait la fuite du public mais donna aussi sa réputation hors-norme au groupe. C'est sur "{European Son"} que le groupe lancera cette "mode" et elle sera reprise très souvent au cours de leur discographie, de {"Sister Ray"} au final de {White Light Withe Heat}. 07. Un groupe de rock qui s'inspire...d'artistes hors-rockEn bon groupe d'avant-garde, le Velvet Underground pêchait ses influences musicales hors des frontières étriquées du rock des années 60. Parmi ceux-là, on trouvait La Monte Young, le chantre du minimalisme américain, mais aussi le compositeur John Cage et les Futuristes Italiens, prêchant tous pour un "art du bruit" ou pour le bruit devenu musique. Le Velvet doit beaucoup à l'aspect répétitif et expérimental de la musique de Young, ainsi qu'au côté happening des pièces de Cage. Des influences que l'on entend tout au long des trois premiers albums du groupe, de {"Sister Ray"} à {"European Son"}, en passant par {"The Gift"} et {"All Tomorrow Parties"} entre autre.