
Quelle ironie ! Nommer ("plus clair") leur album le plus sombre en terme de thèmes et de mélodies. Ces Danois-là ne font décidément rien comme les autres. Tomas Barfod, Tomas Høffding et Jeppe Kjellberg, les fondateurs de WhoMadeWho, ont beau être des garçons plutôt enjoués, leur musique depuis s'est pris un sacré coup de blues. En l'occurrence les intéressés nous avaient prévenu au moment de la sortie du précédent mini-album : "nos goûts en musique ont toujours été vers des choses plutôt tristes et sombres. Même si nous avons tous les trois une approche très différente de la musique, nous nous retrouvons tous autour de groupes et de chansons plutôt mélancoliques", déclarait Barfod qui drive aussi les projets Jatoma et The Circle en parallèle de son groupe principal, au moment de la sortie de Knee Deep. Brighter n'est donc pas aussi lumineux que son titre veut bien le faire croire, même s'il est littéralement transporté par trois titres dansants, d'une puissance jusque-là inégalée par le trio Danois.
Dance at the end of the road
L'envie de danser fin saoul au bout d'une route - ou en équilibre au bout du monde -, c'est vraiment ce que l'on éprouve, à l'écoute du troublant "Inside World", sa rythmique disco et sa mélodie divine que vient souligner le falsetto de Jeppe Kjellberg. L'effet euphorique, comme une éclat de rire après les larmes, s'impose également sur le brillant "The Sun", le titre évoquant un Daft Punk viré pop, avec chant. Mais globalement c'est la mélancolie qui nous rattrape ici, même quand on ondule les bras en l'air, comme sur le fracturé "Never Had The Time", triste constat sur la vie de notre époque et la fin d'un couple. Les WhoMadeWho dansent oui, mais c'est pour mieux oublier la douleur de vivre. On le sent bien, ses sentiments ambigus sont aussi l'occasion pour les Danois d'expérimenter autour des mélodies plus encore que sur les précédents et déjà brillants ou Knee Deep. A ce titre, "Running Man" s'impose comme un classique pop avec son piano abandonné et l'effet "balalaïka" glaçée de la deuxième moitié du morceau. Les lyrics de "The Divorce", épique sixième morceau de l'album, sont également tout à fait claires sur les sentiments qui animent ce disque. "You take the car, take the dog, rob my credit card..." Et pour ceux qui se fichent des paroles, restent les mélodies. Inoubliables sur "Skinny Dipping", carrément sublimes sur "Below The Cherry Moon". Brighter s'impose alors comme l'expression d'une pop moderne, électronique et savante, comme on en rêvait depuis des lustres.
Manifeste pour une pop mutante
Ceci étant, les Danois l'avaient également dit à l'époque du mini-album Knee Deep, Brighter "sera plus long, plus mélodique, plus écrit et basé sur de vraies chansons peut-être même radio friendly !". Oscillant en effet entre mainstream ("Below The Cherry Moon", "The Sun") et musique expérimentale proche de l'ambient ou de l'électronica, tout en restant accessible à une majorité d'auditeurs ("The End", "Fireman"), ce nouveau WhoMadeWho ratisse large sans faire de concession, sans jamais tomber dans la vulgarité. Et le grand écart qui se tient, le détail qui fait mouche, l'harmonie qui accroche, les trois de WhoMadeWho connaissent assurément, nous en avons ici encore une fois la preuve. S'il est moins immédiat que The Plot, il n'en reste pas moins que ce WhoMadeWho là est un grand cru, un bijou de production, et tout simplement un album d'une finesse inouïe. De ceux qui ouvrent la voie à de nouvelles idées, de nouvelles possibilités, que l'on espère voir plus largement appliquées dans les mois - et les années - qui viennent.
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