
Après une décennie de click-house et une autre de minimal techno squelettique, mêlée de progressive trance nouvelle manière (la différence n'est pas toujours évidente d'ailleurs), il est toujours plaisant de retrouver des artisans capables d'envoyer du bois tout en gardant le sens de la mélodie. Plus encore qu'Alter Ego, qui pour le coup déboîte méchamment sans se préoccuper excessivement de bon goût, Basteroid (aka Sebastian Reidl) réinvestit un paysage techno laissé quelque peu en friche depuis Detroit.
Longues plaintes mélancoliques sur grosses basses rondes, riffs de synthétiseurs et mélodies en cascades, étranges variations contrapuntiques sur ronflements analogiques, voilà en gros ce que nous propose Basteroid dans toute son excellence teutonne. Sur , son premier album, ça craque, ça frappe, ça déstructure sec, mais pour Reidl, une grosse baston rythmique n'empêche en rien de survoler d'insoupçonnables perspectives. C'est le cas sur "16 steps away from the stars", le morceau d'ouverture qui mérite si bien son titre, ou encore sur le brutal et spleenétique "How not to play piano", qui provoque inévitablement un curieux vague à l'âme chez celui qui l'écoute. Une constante chez Basteroid qui incite continuellement aux sentiments contradictoires et troublants. On s'étend sur les langueurs synthétiques de "Backstage Ass", alors qu'on tatanne comme des dingues sur "Jacktales". On rigole (pas tant que ça d'ailleurs) sur l'éponyme "Upset Ducks" et on observe le cosmos une larme à l'oeil 8 minutes plus tard sur "Pulsador de alarma" ou "Un Dos Windows". Basteroid, cultive avec bonheur l'art du paradoxe. Une "main de silicium dans un gant de latex" en somme. Ecouter, ou danser, sur c'est un peu comme se taper une suite de montagnes russes, un sonic railway virtuel, où l'auditeur se fait choper par les harmonies inattendues qui hantent, sous-jacentes et chafouines, de gros morceaux d'electros sombres et futuristes.
Par Théophile Pillault