
Apparu à l'âge de 16 ans sur la côte Ouest, ce scratcheur d'origine asiatique aura attendu trois années, entre des collaborations remarquées sur diverses compilations et une formation complémentaire auprès du très influent Dan The Automator (voir Handsome Boy Modeling School), pour se lancer dans la grande aventure de la galette des rois (support vinyl recommandé évidemment). Ce "Syndrome du canal carpien" - maladie professionnelle plus connue sous le code MP 57 et qui touche de manière dramatique les caissières de supermarché et les DJ entraînant arthrite aiguë et paralysie des doigts - témoigne d'une immaturité au moins égale à ce qu'on attendait du Kid.
L'album est à la première écoute un collage indigeste (pré-pubère) de musiques hawaïennes ("Naptime"), de ronflements nocturnes ("Music for morning people"), de guimauves et de scratches confus. Des types discutent le bout de gras, des disques de jazz grésillent, des bagnoles démarrent pendant un concert de Pow Wow (sur "A night at the Nufonia") et ainsi de suite. Kid Koala semble incapable de filer une idée pendant plus de vingt secondes : il découpe, saccage, il ajoute ou enlève un beat qui était bien parti pour le remplacer par la voix d'un fermier puis y revient en l'enrobant de bruits électroniques de gouttes d'eau ou d'animaux. Dit comme ça, ça ne fait pas envie. Bizarrement - et très vite - on se retrouve pris au piège de la scansion très particulière du koala. Contrairement à l'animal du même nom, la rapidité du Kid est saisissante et évoque l'univers de la bande dessinée (la pochette du disque en est une d'ailleurs qui reprend la vie de l'auteur et sa rapide ascension sur le marché du disque). Kid Koala bouffe à tous les râteliers, passant de l'électro-acoustique d'un "Temple of gloom", à un hip-hop de facture classique sur "Scurvy", avant d'enchaîner sur des titres plus jazzy, des interludes empruntés au Prince Paul ou alors des sessions scratch très très impressionnantes (le début de "Barhopper" et l'impeccable "Nerdball"). Le tout est vif, aussi enivrant qu'un bon Tex Avery (au moment où le loup remarque la poulette depuis sa bagnole rouge) et d'une fraîcheur que l'on n'avait rencontrée nulle part depuis, disons, le "3ft High n' Risin" des De La Soul.
Le titre "Like Irregular Chickens" - piste 12 - change, presque à la fin du set, le disque en chef d'oeuvre. Kid Koala mixe les gloussements de deux ou trois poulets et en fait ce qu'on peut considérer sans exagérer comme le titre le plus hilarant, décisif, incongru et brillant de toute l'histoire du hip-hop (après "La Danse des Canards"). Si vous vous risquez à passer ce titre dans votre salle à manger, attendez vous à voir tout le monde se contorsionner et reprendre le refrain en coeur pendant les trois prochaines années. Méfiez-vous encore, sur cette même piste, de la reprise du motif principal au bout d'une minute et quarante secondes qui est tout à fait inattendue et scandaleuse et risque de faire très mal ! En bout de course, Kid Koala réussit son entrée parmi les professionnels avec les défauts de ses qualités et justifie la hype qui s'est formée autour de lui depuis ses débuts en offrant à ses fans et aux autres - encore un bon disque d'initiation au hip-hop - un excellent moment de détente et une cure de jouvence.
Par Myosotis