
La première salle de l'exposition (chronologique) de la Cité de la Musique est une petite pièce à l'ambiance intimiste, qui présente l'enfance et l'adolescence du musicien : l'initiation maternelle aux instruments de musique, l'évocation de la relation avec sa tante Mimi qui s'occupait de lui, particulièrement son opposition aux rêves musicaux de John Lennon : « la guitare c'est bien, mais tu ne pourras jamais en vivre ! ». La mort de sa mère, fauchée par la voiture d'un policier ivre. Sur les murs, quelques feuillets d'un journal satirique, écrit durant les cours, dessinent la personnalité d'un jeune Lennon aux airs de poète, passionné de mots, jouant avec les sonorités jusqu'à l'absurde. La mégalomanie commence aussi à pointer le bout de son nez, le jeune John sentant poindre en lui un sentiment de supériorité qu'il conservera jusqu'à ses premières expériences avec les drogues. Un écran illustre la jeunesse de Lennon, images d'archives, citations de l'intéressé. Tout cela sur la musique de Working Class Hero, comme un sous-titre, qui établit d'emblée le côté révérencieux d'« Unfinished Music » envers un John Lennon qui, pas même encore sorti de l'enfance, se voit déjà auréolé de ses propres hommages futurs.John le BeatlesPuis l'on débarque dans la salle de 350 m² consacrée, forcément, aux quatre garçons dans le vent. A l'intérieur d'une file de cabines téléphoniques londoniennes, sont présentés des enregistrements et des vidéos des premières années de l'entité qui allait devenir l'une des plus grandes légendes de la pop musique. Des reprises de Buddy Holly aux premiers concerts des the beatles, engoncés dans les costumes noirs que leur manager les obligeait à porter (au grand dam de Lennon, épris du libertarisme rock'n roll), ces projections sont alléchantes, et présentent la formation à une époque encore timide, loin des futures expériences du groupe.On déambule dans la salle, passant des caves de Hambourg au succès des Beatles et, comme un coup de tonnerre, à la Beatlemania mondiale. L'idolâtrie presque effrayante de cette période est sacrément bien représentée. Une immense vitrine montre les objets les plus anodins (couvertures de lit, édredons, pantoufles, réveil matins, figurines, serviettes, tabliers...) frappés des visages des Fab Four ou de leurs attributs distinctifs : paul McCartney le gaucher, Ringo aux yeux tombants, Harisson et sa coupe de cheveux hirsute et Lennon, ses éternelles lunettes au nez. L'idolâtrie va même jusqu'à contaminer l'exposition, qui se met à aligner les guitares, costumes, instruments divers et un Grand Piano noir (dernier touché par Lennon au sein des Beatles et jamais exposé) avec une exhaustivité pas forcément nécessaire.Sur des écrans disséminés dans la salle, l'histoire des the beatles continue : la phrase malheureuse de Lennon sur le succès des Beatles « plus célèbres que Jésus » est expliquée par le principal intéressé, arguant qu'il évoquait le phénomène terrifiant de la Beatlemania, et qu'il ne s'agissait pas d'une crise d'ego du groupe. Des extraits de concerts sont projetés. Le son est terrible, les tentatives faites par Lennon de jouer du piano sur scène sont un semi échec. Les concerts, paroxysme du fétichisme, montrent un groupe jouant au milieu des hurlements qui couvrent chacune des chansons. En vidéo, Lennon explique sa frustration, sa tristesse, et le vertige de celui qui est arrivé au sommet. Il dit de lui-même qu'en 1965, à la sortie de l'album Help, il appelait vraiment au secours, qu'il ne se supportait plus, qu'il était dans sa période « Elvis gros ».Poète un brin mégaloJohn commence déjà à se détacher des the beatles, cherchant une raison quasi-métaphysique à son existence artistique. John, poète un brin mégalo, se sent insatisfait. En 1966, le groupe, éprouvé physiquement et mentalement, arrête les tournées et, sous l'insistance de l'obsédé du travail Mac Cartney, se réserve pour les studios. « Les concerts des Beatles n'ont plus rien à voir avec la musique. Ce sont de foutus rites tribaux », lâche Lennon à ce moment, désespéré par la Beatlemania et les polémiques qu'elle a soulevées.Les écarts cinématographiques des Beatles sont également évoqués, dans une installation somptueuse faite de fauteuils de cinéma et d'un écran sur lequel sont projetés des extraits de films auxquels Lennon a participé. Ils ne sont pas nombreux. Excepté son rôle dans la fable anti-guerre How I won the War (1967) de Richard Lester, la carrière sur pellicule de John Lennon se confond avec celle des Beatles, présentée à travers A Hard Day's Night (1964), Magical Mystery Tour (1967) et le culte Yellow Submarine (1968).Passons ensuite à l'une des pièces maîtresses de l'exposition : la reconstitution du studio d'Abbey Road, avec son sofa circulaire blanc et les machines préhistoriques qui composent l'essentiel du studio. Voltigeant dans la pièce, les enregistrements des sessions de Revolver et de Sgt Pepper's..., ainsi que les rires et les idées du groupe parviennent à nos oreilles, plongeant les visiteurs dans la genèse créatrice de deux albums monumentaux, qui ont changé le visage de la pop il y a quarante ans.En sortant de la salle, se trouve un bac à disques (malheureusement peu mis en valeur) à ne surtout pas manquer. Sous ses abords rugueux, il contient la biographie de l'entité the beatles : ses tensions, ses chansons. Prenant l'apparence de vinyles plastifiés, des plaquettes qui retracent l'histoire des albums et de plusieurs perles de Lennon restent superbement ignorées par la majorité des visiteurs, plus attirés par les installations audio et vidéo. Et c'est dommage, parce que ces plaquettes sont probablement l'une des clés essentielles pour saisir la psychologie de Lennon au sein des Beatles : sa rivalité avec paul McCartney, sa personnalité musicale et l'évolution de sa relation avec les autres membres du groupe, surtout lors de l'enregistrement du double blanc, quand John Lennon impose sa nouvelle muse dans les studios - Yoko Ono.- Lire la suite de la visite de l'expo[Illustrations : courtesy Cite-musique.fr et Yellow-sub.net]