
- Lire notre interview avec Fredo Viola
Petit flashback. Enfant, Fredo Viola chante dans une chorale de garçon, à Los Angeles. Une expérience qui le traumatise, il abandonne et change de cap : il décide d'être cinéaste. Mais ça ne marche pas comme il l'espère, il devient réalisateur de spot publicitaires pour des shampoings qui le valent bien. Un peu frustré quand il rentre du boulot, Fredo, désormais installé à New York, se dit que c'est idiot de gâcher ainsi son talent. Il s'amuse alors à faire des clips sur son ordinateur, avec un matériel assez rudimentaire, parfois avec un simple appareil photo numérique. Il les balance sans trop y croire sur le web. C'est ainsi que Viola se fait connaître en 2004, grâce au clip hypnotique de sa chanson "The Sad Song", diffusé sur un site spécialisé en electronica.
Cathédrale sonore...
Ample, aérienne, magique, cette chanson enregistrée juste après la mort de son père marque le retour de Fredo Viola à son premier amour, le chant, mais sans les contraintes de la chorale guindée de son enfance : il assure le job tout seul, ou presque. Amateur de gospel et de musique classique, il réussit à recréer l'impression d'un choeur d'église, en empilant les unes sur les autres des couches vocales de sa propre confection. Tel un architecte, il les triture jusqu'à parvenir à une véritable cathédrale sonore. Tout l'album fonctionne ainsi. L'instrument principal, sa voix, improvise sur quelques thèmes isolés, avant d'être modelé par Viola avec une précision chirurgicale. Les textes n'ont pas d'importance, ou presque, et laissent souvent place à un étonnant charabia, fait d'allitérations ou d'assonances purement musicales, dégagées de tout sens. est un curieux mélange de pop panoramique, de chant religieux, et d'electro. Comme si les Zombies rencontraient les Boards of Canada, et tapaient un boeuf au fond d'une église, avec Thom Yorke à la production ("Puss", "Friendship is" et la splendide "Death of a son"). La chanson éponyme, appuyée sur une base ultra-répétitive d'onomatopées, parvient à déployer, dès lors que la voix de tête s'élève et s'envole, une formidable impression d'espace, telle une symphonie jouée en plein air, en apesanteur, au dessus de l'océan.
... sur fondations pop
Fredo Viola malaxe la pop vocale comme Jamie Lidell la soul, en s'aventurant loin, mais sans perdre l'auditeur en route. Avide d'expérience, l'apprenti sorcier semble observer les réactions chimiques en ajoutant des blips un peu cheaps à ses choeurs amoureux, et d'élégantes distorsions à ses mélopées radieuses, sans que jamais ça ne sente trop prétentieux. Certes, parfois on décroche un peu, noyé sous les nappes vocales et les samples. Mais le New Yorkais a su jalonner son univers cristallin de singles plus enjoués, histoire qu'on n'aie pas le sentiment pesant d'assister à une performance un peu autiste de génie de conservatoire : "The Original Man" oublie Bach[/people_restrictif=Jean-Sébastien Bach] et assure le show, ironique et classe à la [people_restrictif=The Kinks]Kinks, avec son piano endiablé. Autre tube imparable, "Red States", qui ressemble d'abord à de la pop avec la raie bien sur le côté, avant qu'on tende l'oreille, et qu'on n'entende des synthés qui font les zouaves derrière. Intenables mais discrets, sans doute comme ce petit garçon qui s'ennuyait dans sa chorale, il y a quelques années déjà.
1 parodie Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
2 justice Al Qaïtarte : un procès dadaïste
3 art Van Gogh, Dali et Picasso disséqués
4 Supercut Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse