Histoire de The Wire Presse exploratrice des musiques modernes

18/08/2008 - 16h58
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Magazine britannique mythique entouré d'une aura de respect et d'intouchabilité, l'histoire de The Wire est avant tout celle, incroyable, d'un quasi-fanzine devenu en moins de 30 ans une référence mondiale, et un cas unique de longévité dans le domaine de la presse musicale expérimentale.

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, l'[Histoire de Pitchfork->http://www.fluctuat.net/6455-Histoire-de-Pitchfork], l'

The Wire est un cas dans le milieu de la presse culturelle et musicale. Adulé par tout ce que la planète compte de mordus de musique expérimentale (d'aucun diront "cérébrale"), d'insatiables défricheurs, de voyageurs parcourant les chemins de traverse et de grands explorateurs sonores devant l'éternel, ce doyen des magazines "rock" (au sens de "musique actuelle") fondé en 1982, a également le don pour déclencher les foudres de ceux pour qui musique rime forcément avec pop (pour "populaire"). "Intello-chiant", "prétentieux", "élitiste", voilà les adjectifs pas toujours très avisés que vous croiserez sur divers forums (quand ce n'est pas au sein des pages de magazines papiers, particulièrement dans nos contrées) alors que d'autres vous éblouiront de "presse pointue", "d'avant-garde", "passionnante", "unique". Soyons honnête, avec The Wire, les deux sont un peu vrais.Un magazine bicéphaleSi depuis sa création, le magazine britannique met un point d'honneur à choisir ses sujets de couvertures dans la plus totale indépendance, affichant aussi bien Sonic Youth que cLOUDDEAD ou Electrelane, il nous a aussi offert des "une" sur Mauricio Kagel, Iannis Xenakis ou Robert Ashley. Un éclectisme aucunement répréhensible au contraire et qui a le mérite d'être clair, mais qui désarçonne bien évidemment tout ceux pour qui la musique n'est qu'un habillage sonore que l'on écoute distraitement d'une oreille à la radio. "Non à la musique papier peint" ("ou alors celle de Brian Eno", NDA) tels pourraient être le slogan et la ligne de conduite intransigeante et exemplaire du magazine anglais. Un choix explicite qu'éclaire mieux son origine. Car la genèse de The Wire, sous-titré The Wire Adventures In Modern Music, débute en 1982 comme celle d'un fanzine de passionnés. Fondé par l'organisateur de spectacle de jazz Anthony Wood et la journaliste Chrissie Murray, The Wire, dès sa création affiche son ambition : ce ne sera pas le magazine musical de monsieur-tout-le-monde.La genèseLes premières années de The Wire seront plutôt austères, il faut bien l'avouer. Qu'il s'agisse de la maquette, sur laquelle se chauffe une future référence en design (sous le nom de Non-format), ou de musique, l'extrême sélectivité des rédacteurs peut en refroidir plus d'un. Principalement axé sur la scène jazz contemporaine (Steve Cole, Tim Cunningham, Warren Hill, Steve Coleman, etc.) et la musique improvisée (Derek Bailey, John Stevens, Peter et Caspar Brötzmann, Fred Frith, AMM, etc.), deux milieux que beaucoup de tics et de tropes rapprochent effectivement, The Wire s'affiche nettement comme un magazine d'esthètes, voire de spécialistes. Cette ligne rédactionnelle, a musique contemporaine et ce que l'on nommera plus tard les "musiques actuelles", englobant le champ de la pop, mais aussi du rock, du hip hop et des musiques électroniques ainsi que des spectacles vivants, va doucement évoluer au cours des années 90, époque durant laquelle le journaliste Richard Cook viendra succéder au fondateur Anthony Wood.La valse des rédacteursRapidement viré, Cook cède la place à Mark Sinker, fameux critique et essayiste, rédacteur pionnier pour The Wire (il y débute en 1985 comme pigiste), ancien du New Musical Express (de 1983 à 1988) et plus brièvement du Melody Maker (de 1988 à 1989), qui ouvrira le magazine aux musiques mainstream, tout en sauvegardant l'intransigeance de ses choix et en préservant son indépendance. Pas assez semble-t-il, puisque Sinker sera également mis à la porte en 1994 (même s'il continue à contribuer) et remplacé successivement par Tony Herrington, Rob Young et Chris Bohn. Une valse des rédacteurs en chef qui symbolise bien un magazine qui se cherche constamment, mais qui montre également combien l'ouverture à différents courants, différentes tendances et de nombreuses plumes de renommée internationale, devint finalement la marque de fabrique de ce titre pas comme les autres. Parmi les meilleurs journalistes "volants" et autres "résidents", on trouve de 1982 à aujourd'hui, Simon Reynolds, le compositeur et essayiste David Toop, l'écrivain Kodwo Eshun, Philip Sherburn, Mark Sinker bien sûr, mais aussi Alan Cummings, David Stubbs, Biba Kopf (pseudonyme de Chris Bohn), Peter Shapiro, Alan Licht, Ian Penman, Ben Watson ou Paul Gilroy. Autant de signatures prestigieuses, de noms d'artistes, de producteurs, de spécialistes des technologies musicales, de sociologues ou d'écrivains, qui participeront pendant presque 30 ans à la renommée du journal.Une ligne éditoriale uniqueBénéficiant depuis environ 7 ans d'une maquette allégée, aujourd'hui maquetté et drivé de main de maître par une sélection de journalistes impeccables, The Wire s'affine continuellement et développe une ligne rédactionnelle totalement unique, privilégiant la recherche et la découverte. Pour autant, le ton et les choix de couverture restent extrêmement spécialisés. Cependant, l'histoire de la musique moderne s'étalant bientôt sur plus d'un demi-siècle, le magazine peut également s'offrir de vastes rétrospectives éclairant les pistes non-balisées de la création expérimentale, approchant ainsi toute une nouvelle génération de lecteurs dans le monde entier. De Sun Ra à Pierre Schaeffer, du metal proto-doom de Black Sabbath à celui de Sunn O))), des premières expériences électroniques aux épigones de la techno actuelle, en passant par toutes les variations hip hop, electroacoustique, electronica, dubstep, The Wire se penche également sur le cas du reggae, de la pop, du folk, du rock d'avant-garde ou non, de la musique néo-classique et bien entendu, du jazz. Ouvert et investi par de nouvelles signatures, The Wire couvre aussi le domaine des spectacles vivants, la danse, l'art multimédia, les technologies numériques, les performances, la littérature musicale, les festivals et autres manifestations live.L'ouverture aux nouveaux médiasThe Wire a beau proposer des Adventures In Modern Music, il faut bien avouer que le titre mettra un certain temps à s'adapter (et s'adapte encore lentement) aux nouveaux médias, de l'internet au CD sampler en passant par le MP3. Signe symptomatique, The Wire n'a pas de blog par exemple, au contraire de celui que l'on pourrait rapprocher comme son confrère suisse, Vibration. Cependant le magazine lance tout de même brillamment une série de CD sampler offerts aux abonnés (et annuellement) aux acheteurs du titre, sous ce qui deviendra le désormais fameux The Wire Tapper, soit une trentaine de titres, la plupart du temps sur un double CD au format digipack. A la même époque, le magazine s'offre aussi un espace sur internet. Initialement très pauvre en contenus et ne proposant que des articles déjà parus, le website de The Wire s'étoffe d'année en année et propose aujourd'hui des papiers indédits, une sélection de vidéo et de MP3 d'artistes divers, explorant toujours la sphère expérimentale. L'évolution des moeurs et de la culture ayant largement changé nos modes d'accès à l'information depuis 30 ans, The Wire est aujourd'hui à pied d'oeuvre sur des productions aussi variées que le dernier album de Björk comme celui de Matmos, les oeuvres de The Chap comme celle d'Ornette Coleman. Un bienfait que vient encore agrémenter le fait que la population mondiale pratique et use plus couramment de l'anglais et qui permet fort heureusement à ce titre d'escompter une longue et heureuse carrière dans un domaine qui subit pourtant une crise sans précédent. [illus 2 : couv avec cLOUDDEAD, n° 241, mars 2004][illus 3 : article sur Will Menter, n° 237, nov 2003][illus 4 : The Wire Tapper n°19 ]

Par Maxence Grugier
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