Heavy metal vs science : le combat continue

27/10/2011 - 10h51
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Heavy metal vs science : le combat continue

Depuis que Link Wray s'est amusé à percer son ampli à coup de crayon pour créer un son de guitare cradingue, la musique des métalleux se heurte aux conclusions des chercheurs en psychologie de tous bords. On pourrait croire que le grand ennemi du heavy metal est Dieu, un peu à la façon dont la Société est l'ennemi attitré des punks... mais en vérité, personne n'a jamais passé autant de temps à critiquer le métal et ses conséquences que les scientifiques. Il y a quelques jours encore, le Dr Katrina McFerran, qui oeuvre dans la belle ville de Melbourne, a publié une nouvelle étude en forme de guet-apens intellectuel. La conclusion, évidente : le heavy metal a un impact négatif sur la jeunesse. Et pour cause, les jeunes fans de heavy metal "ne l'utilisent pas de la bonne façon". Extrait : "La plupart des jeunes écoutent de la musique de façon positive : pour se concentrer dans la foule, se mettre de bonne humeur ou se donner de l'énergie pendant leur entraînement. Mais les jeunes qui présentent le plus haut risque de dépression ont tendance à écouter la musique, et particulièrement le heavy metal, de façon négative. Par exemple, lorsque quelqu'un écoute la même chanson ou le même album de heavy metal en boucle, il le fait pour s'isoler ou pour échapper à la réalité. Si ce comportement dure trop longtemps, il peut indiquer que ce jeune souffre de dépression, d'anxiété ou, dans le pire des cas, de tendances suicidaires." Et bam. Les métalleux, cette bande de dépressifs asociaux trop bêtes pour comprendre qu'ils se font du mal. Des idiots incapables de "bien" se servir de la musique : après tout, Motörhead ça sert surtout à se motiver pour le footing, non ?  

Pourquoi ne lit-on jamais aucun renversement de la causalité dans ces recherches ? L'histoire de quasiment tous les fans de métal se lit pourtant dans le sens inverse des études : d'abord on n'a pas la pêche, puis on découvre son premier disque à pentagramme, ensuite on l'écoute en boucle en se grisant de l'impression d'être enfin compris. Puis un jour, on trouve un job et on doit ranger les t-shirts Sepultura au placard. Les chercheurs feraient bien d'intégrer un livre extra à leurs bibliographies, celui de John Darnielle (le fondateur des Mountain Goats) : Black Sabbath : Master of Reality, publié dans la série 33 1/3. Chaque livre de la collection s'intéresse à un album contemporain en particulier, et va de Dusty in Memphis à... bah à de Black Sabbath.

L'ami John Darnielle s'est donc occupé de tirer le portrait du 3ème disque de la bande à [people_restrictif=Ozzy Osbourne]Ozzy[people_restrictif]. Il en résulte un roman semi auto-biographique sur un ado un peu taré fan de Black Sabbath qui entre en asile psy. La nature borderline de son comportement n'est pas diminuée, mais ce n'est pas le sujet du livre. Le sujet du livre, c'est la façon dont cet album, Master of Reality, avec ses riffs bien lents et son ambiance de cimetière, l'aide à se concentrer, à se réconforter et à mettre de l'ordre dans ses idées. Il détaille la façon dont l'album lui parle, dont il s'adresse à lui et révèle, sous les couches de mauvaise réputation et de guitares qui font peur aux parents, à quel point le message porté par Master of Reality est positif. Car, comme finalement beaucoup de disques de métal, c'est un album sur le rejet de l'hypocrisie et de la société formatée, un album qui encense les valeurs que sont la confiance en soi, l'indépendance et la liberté. La meilleure piste de Master of Reality, "After Forever" est même carrément une ode à Jésus.Le roman, qui prend la forme du journal tenu par le personnage interné, dévoile page après page les secrets de cette étrange relation entre un fan et son disque fétiche. Face à ce personnage : le scientifique muet, qui écoute et note, sans rien entendre à ces arguments, bien légers contre les certitudes prouvées de la science. Darnielle, qui a été infirmier et interné, essaye de dresser le portrait fidèle d'un metalhead, loin des papillons sociaux qui font la norme des études de psychologie sociale. Il fait partie de ces artistes bercés de métal qui tentent de réhabiliter le t-shirt noir face aux blouses blanches. Un combat qui restera primordial tant que les Dr McFerran du monde continueront à tracer des traits d'union à la va-vite pour éloigner les têtes blondes de leurs sources de réconfort. Voir aussi- Il est interdit de headbanger- En images : les gestuelles de guitariste les plus drôles- Pourquoi aime-t-on la musique triste ?

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