
La semaine dernière, un rapide zapping sur les ondes de France Culture laissait entendre via une de ses chroniqueuses - "affligée" - que le one-man-band Oh! Tiger Mountain, sous prétexte d'être passé par certains canaux musico-professionnels, CQFD, Le Fair ainsi que le salon Mama était "un groupe de réseau". Cette sournoiserie constitue l'attaque (terme journalistique qui désigne une introduction et en aucun cas un procès à l'encontre de Culture) de cet article. Car Oh! Tiger Mountain n'est pas un homme de réseau. Par contre c'est vrai, il est originaire d'une ville de réseau : Marseille. Ville célèbre pour le dédale de ses organisations corses, syndicales et surtout politiques. Ville par contre peu connue pour son réseau indie, pop ou folk, scène dont est pourtant issu le fringant Mathieu Poulain aka Oh! Tiger Mountain. Marseille mène la vie dure aux songwriters, O! TM en sait quelque chose, lui qui a écumé tous les café-concerts sudistes, allant jusqu'à poser ses amplis sur des scènes autonomes crüst ou très très loin en province. La puissance de son réseau sans doute...
Faux tigre de papier
Non, ce folkeux est un artisan, qui n'est pas tombé de la dernière pluie de jeunes premiers, puisqu'il officiait il y a près d'une décennie en tant que frontman de Nation All Dust, formation post-hardcore incendiaire, qui a ravagé plus d'une scène hexagonale. Aujourd'hui, Tiger autoproduit et enregistre lui-même sa musique, comme en atteste , 10 titres parus chez Emergence music et Microphone Recordings, sa propre écurie discographique, qui héberge à l'occasion des poulains comme Kid Francescoli, Johnny Hawaii, The Performers ou Deschamps. Faux tigre de papier, le garçon s'est nourri à de nombreux râteliers musicaux, de Nick Drake à Tom Waits en passant par Pavement, Sparklehorse ou Thee Oh Sees. La digestion passée, il en distille un folk-rolk lettré et minimaliste, mais seulement en apparence. Car les arrangements du Tigre - chauds et boisés - sont finement ciselés, les coups de patte dans les cordes balisent les 10 compositions vaporeuses de Sings Suzie avec brio. Les incartades soul ("Courtship Matters"), voire tropicales ((#2) overtheedgethesnow), très mélodiques, sont servies comme le reste de l'album par un timbre de voix solide, naïf, hypnotique. La classe de l'americana originelle, réunie dans un bric-à-brac musical qui n'a pas peur du grand écart. Merci Marseille, on a trouvé notre disque des longues soirées d'hiver.
Par Pillault