
On connaissait les débats acharnés sur le prix de la banane antillaise, la taille de la banane autorisée à pénétrer l'Union Européenne, etc. Voici en plus que ce fruit misérable et phallique (mais délicieux) est source de discorde dans le rock. Pas d'histoire salace ici, ni de Joséphine Baker ou quoi que ce soit ici, mais bien une plainte officielle de l'un des plus grands groupes de l'histoire, The Velvet Underground, déposée contre la Fondation Andy Warhol pour les Arts Visuels, accusée d'avoir vendu, notamment pour illustrer des sacs, paquets et produits promotionnels liés à Apple (une banane pour vendre des produits à la pomme, ma foi!), la fameuse banane dessinée par le mentor/parrain/mécène du groupe pour le groupe de Lou Reed.
Si la banane du Velvet est historique, c'est parce que Warhol avait choisi de la porter en étendard de l'album , sorti en 1967. Avec le succès et les années qui passent, ce disque est devenu par la force de l'illustration le "banana album" ou le "disque à la banane", associant à tout jamais le dessin de Andy Warhol (pompé ailleurs évidemment) et son slogan "Peel slowly and see" au groupe new-yorkais.
Le coeur du problème juridique est de savoir si les droits de licence de la dite banane appartiennent au graphiste peintre qui l'a dessinée (ou designée), c'est-à-dire Warhol, ou si le groupe dont, par la force de l'évidence, cette banane est devenue un signe distinctif et une sorte de signature graphique peut en interdire la prolifération. Selon les avocats du Velvet, il est évidemment que lorsqu'on voit cette banane, on pense immédiatement au Velvet. Le groupe réclame une limitation à son usage par la Fondation Warhol, qui considère elle que le dessin relève de l'iconographie warholienne et peut donc orner n'importe quel produit, sans faire référence au Velvet. S'agissant de l'utilisation qui est visée ici (des produits Apple, iPhone, iPad, sacs), il va de soi que la position de la Fondation est fragile, tant les branchés de Steve Jobs ne peuvent ignorer le "référent culturel" rappelé par le fruit défendu. Comme la chose se déroule aux Etats-Unis, on ne sait pas au juste où se situe la véritable question derrière cet échange de plaintes, puisque les avocats du Velvet demandent à la fois une restriction d'utilisation mais aussi des dommages-intérêts et une part des profits liés à la vente effective de la banane. Faut-il y voir une réaction d'intransigeance exemplaire de la part d'un des groupes les plus respectés de l'Histoire ou une question de répartition des royalties ? Réponse dans quelques mois ou années. D'ici-là, mieux vaut s'en tenir à la musique.
Voir aussi- Le Velvet Underground, père du rock moderne ?, sur l'héritage laissé aux jeunes générations par le groupe- notre diapo sur les meilleurs logos de groupes- les produits dérivés les plus insolites
Par Benjamin Berton