
Cela faisait plus de 10 ans qu'aucune oreille humaine n'avait eu le plaisir d'entendre cette musique sur scène : les Earthling comme nous l'avions annoncé un bon millier de fois faisaient leur rentrée capitale et musicale le 4 novembre sur la scène de la Maroquinerie à Paris.
Avec un album qui entame seulement sa diffusion discrète en support physique et un fossé large de 15 ans entre leur "gloire" et nous, les Earthling n'avaient attiré, dans cette petite salle du 20ème arrondissement, qu'un peu plus de 100 personnes (150 peut-être), ce qui ne se voyait pas tant que ça, tant les spectateurs présents se sentaient investis par la légende et prêts à frissonner au son de cette musique sans âge. Le trip hop a beau être mort et enterré (commercialement) depuis des siècles, ce n'est pas pour cela que sa pertinence (déjà discutée à l'époque) a diminué. Dans une formation renforcée par un batteur impressionnant et nourri sans doute au reggae et aux pulsions subtroniques, et un guitariste indé impeccable, Tim Saul et le toujours impressionnant Mau ont donné un coup de jeune à leur son et convaincu pleinement de l'actualité de leur mixture, prodige d'équilibre entre rap, musiques électroniques, dub et rock. Il n'aura pas fallu longtemps pour qu'on se souvienne combien la musique de ce groupe avait compté pour nous.
Avec 3 albums à son actif, Earthling avait beau jeu de jongler entre passé futuriste et présent d'avenir pour unifier son patrimoine et mettre le feu à la salle, ce qui fut fait sans trop de mal et avec beaucoup de classe dès l'entame. Pas la peine d'en faire des tonnes pour dire qu'on ne peut pas rater grand chose lorsqu'on peut afficher en séquence des titres comme "Soup Or No Soup", l'incroyable "Transmission" (le meilleur morceau du set, chanté comme à la parade en rythme binaire, poplali triplala par Mau d'une beauté sidérante) ou le sinistre "Saturated" tiré du mal-aimé . On a aimé l'envoûtant "Nefisa", frémi sur la rythmique paranoïaque du très récent et "Bobby X", en mantra amnésique de première division, un peu râlé sur l'exécution du poids léger "Lab Baby", trop Massive Attack pour nous, et puis carrément le plancher des vaches ailées lorsqu'est venu "I Could Just Die" et "Peepholes" (si on ne s'est pas trompé sur les titres, ce qu'on espère).
Au final, et après avoir mis presque tous nos oeufs électro dans le panier Earthling, on n'aura pas été trompés par la marchandise, même si avec une douzaine de titres et une durée d'une heure, on aurait aimé que Tim Saul et Mau poussent leur avantage un peu plus loin. Comme on privilégie toujours l'intensité sur la longueur, on s'en contentera pour le moment, en attendant la prochaine occasion qui espérons ne nous mènera pas en 2021. La configuration retenue par le groupe pour évoluer sur scène semble être la bonne avec ce mélange de générations et de genres qui sert à la fois le côté hypnotique des sonorités électroniques, rend parfaitement la nostalgie portée par le hip hop nonchalant du chanteur et les perspectives si pas révolutionnaires modernistes de l'ensemble. Un pied dans le futur, un autre dans le passé et le 3ème quelque part sur la terre ferme (mais ça fait 3 pieds ?!), voilà le bon dosage pour un groupe dont les mérites devraient depuis longtemps dépasser le cercle des nostalgiques de l'ancien régime, renversé depuis belle lurette par le r'n'b de cirque Pinder.
Crédit Photo : Gilles Bazoud pour www.soundofviolence.net