
Qui écoutera , le nouvel album de l'Allemande Ellen Allien ? Ok, la question est une sorte de provocation, mais cette interrogation (légitime) est également symptomatique d'un certain état de la techno, aujourd'hui.
En effet il semble bien loin le temps où l'on se pâmait sur les dernières productions allemandes, la techno minimale, les exploits des artistes berlinois, les coups d'éclats des producteurs de Cologne, de Düsseldorf ou de Munich. Kompakt, Gigolo, Tresor, Poker Flat, Bpitch Control, Traum et bien d'autres, semblent aujourd'hui suivis par de moins en moins de monde.
Paradoxe, alors que l'univers de la dance music est plus que jamais ouvert aux autres genres musicaux (pop, rock, dub, hip hop, funk, etc.), et donc, plus que jamais présent, la techno (au sens large de "vaste nébuleuse" de styles et d'écoles), semble s'être diluée dans la masse des productions contemporaines. Certains y verront les effets d'un ras le bol général (le minimal n'étant plus en odeur de sainteté ces jours-ci), d'autres diront au contraire que le dancefloor est extrêmement actif et pointeront (à raison) vers le retour de la house, du disco, de l'électro-funk etc. D'autres encore, nous rappelleront aux bons souvenirs des irréductibles que sont Bunker Records, Creme Organisation, Underground Resistance, M_nus et j'en passe. On peut toujours s'en référer aux niches bien sûr. Reste qu'une rapide cartographie de l'écosystème culturel dans lequel nous vivons révèle bel et bien un recul, tout au moins en ce qui concerne l'intérêt du public, de la techno et de ses dérivés. Le genre semble être à nouveau réservé à une poignée d'happy few.
Ce qui nous amène à la question : Qui écoutera Dust, le nouvel Ellen Allien ? De fait, cet album, sorti il y a peu, est symptomatique du mouvement de repli vers des valeurs et une esthétique pre-techno, qui sévissent actuellement. Présenté comme une oeuvre "intime", une sorte de carnet de bord couvrant les dernières années de la jeune Berlinoise, Dust est surtout l'expression de l'intérêt renouvelé des producteurs électros actuels pour les musiques acoustiques, le rock, la pop et même le folk. Ce disque, pas révolutionnaire mais charmant recèle sa part de surprises vraiment enthousiasmantes, mais c'est (comme par hasard) sur des morceaux plutôt orientés post-rock (krautrock ?) comme "You" avec sa guitare indie-rock, ou le répétitif "Sun The Rain", que l'Allemande convainc le plus. En comparaison, la techno plutôt classique de "Ourutopie", "Ever" ou "Schlumi" (ou pire, la ritournelle
naïve de "Flashy Flashy") sonne entendue et réentendue 1000 fois. Le fait qu'Ellen Allien assume ses nouvelles orientations et tente des les inclure dans sa musique, font de Dust une oeuvre attendrissante, en équilibre entre deux mondes. Deux univers initialement antagonistes, qui font tout pour se réunir aujourd'hui. Reste à savoir si le public suivra cette quête peut-être un peu trop personnelle ?
Ellen Allien - Sun The Rain
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Ellen Allien - You
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Par Maxence Grugier Follow @MaxenceGrugier
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