Doit-on totalement adhérer au syndrome Rétromania de Simon Reynolds ?

08/03/2012 - 11h58
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Rétromania, le dernier ouvrage du critique et essayiste anglais Simon Reynolds (Rip it Up and Start Again, Energy Flash...), c'est un peu le livre dont tout le monde parle dans la petite sphère "indie-électro-machin", bref, chez tous ceux qui vivent, ou s'intéressent, de près ou de loin à l'activité musicale, en ce moment. Paru initialement chez Faber and Faber en 2011, cet essai qui ausculte la production musicale contemporaine à la lumière de l'obsession actuelle pour le revival, le vintage et le recyclage, vient de paraître sous le titre très explicite, Rétromania, Comment la culture pop recycle son passé pour s'inventer un futur, dans la collection Attitudes de l'excellent éditeur Le Mot et le Reste. Le rock au musée  Traduit de l'anglais par Jean-François Caro, Rétromania analyse de façon très détaillée la très forte tentation actuelle du "c'était mieux avant" et son impact plutôt négatif, selon son auteur, sur la production culturelle (oui, pas seulement musicale) du moment. Selon Reynolds en effet, le monde de l'art actuel, mais aussi de la mode, du design - et en l'occurrence, de la musique - ne produisent plus rien de neuf, obnubilés par leur passé, aveuglés par le respect que les plus jeunes cultivent pour leur aînés et leurs productions culturelles et matérielles. Côté musique, on ne peut qu'acquiescer devant la foule de rééditions, reformations, livres commémoratifs de tel ou tel groupe ou mouvement musical, anniversaires et sessions live destinées à rejouer un album culte (Sonic YouthSlint, Echo and The Bunnymen, New Order, Peter Hook jouant Joy Division...). Aujourd'hui, les mouvements et les groupes considérés un temps comme subversifs, entrent dans les musées (le punk à la Villa Médicis à Rome, Sonic Youth et l'exposition Sensational Fix dans les musées européens...). L'usage d'instruments antédiluviens (le retour en force des synthétiseurs analogiques) est considéré comme le summum en matière de création, et l'adoption de look vintage (dont l'icône actuelle, jusque dans l'idée qu'elle véhicule de la femme, serait Lana Del Rey, toujours selon Reynolds) est généralisée depuis le "retour du rock", ce premier symptôme d'un alzheimer avancé des musiciens contemporains (symbolisé pour Reynolds par l'album de The Strokes par exemple).Le revival dans le retroviseur du futurAlors certes, on ne peut le nier, les musiciens actuels sont tous investis dans le post-quelque chose (post-rock, post-punk, néo disco, nu rave...) ou la copie d'un genre existant (garage, synth-wave, électro-pop, électro-dub). La musique actuelle n'a donc plus rien de véritablement nouveau. A moins de considérer l'hybridation comme telle. On est loin en effet, de l'explosion du son "bleep" en techno, des premières déflagrations IDM, de l'apparition de la techno, elle-même ou de la house, des innovations premières du hip hop new yorkais, de la fièvre du disco et ses nouveaux rythmes, des expériences post-punk et des flash empoisonnés de la musique industrielle. La fascination du passé, le culte du "rétro", serait un mal qui "empoisonne toute la sphère pop culturelle", comme l'écrit l'éditeur français en quatrième de couverture. Et cela concerne aussi notre façon de consommer, de s'habiller, de penser. Une conclusion plutôt pessimiste, à laquelle, tout en nous réjouissant de l'actuelle prédisposition des artistes à s'inspirer des bons exemples du passé, l'on ne peut que souscrire. Le problème devient plus sinistre quand Reynolds en arrive à se poser la question de la production future : si la culture, et en particulier, la musique, ne fait que recycler son passé et vit dans un éternel cycle de revival, alors quelle musique pour demain ? Le "revival d'un revival" ne semblant en effet pas possible, doit-on alors raisonnablement se faire du soucis pour le futur ? Lassées par la répétition, les générations à venir vont-elles carrément se détourner d'un art considéré alors comme obsolète ?Un début de réponseAvec tout le respect qu'on lui doit, on serait tout de même tenté de répondre à Mr Reynolds (à qui l'on doit le revival post-punk de 2005 avec la parution de son livre sur Rip It Up and Start Again, également inventeur du terme "post-rock" dans les années 90, ce qui n'est pas le moindre des paradoxes) que le revival ne date pas d'hier. Qui plus est, le music business étant géré par des désormais "quadras" (voir même quinquas) ayant tous connu la new wave et le post-punk, la synth-pop et le punk-funk originel (à l'époque nommé mutant disco), il est bien normal de voir aujourd'hui la production musicale se tourner vers son passé. Tout comme dans les 70's, le soft-rock et le prog rock, tous deux rejetons monstrueusement dénaturés, affadis et boursouflés, succédaient au rock des origines claquemuré dans les toilettes de Graceland et sévèrement essoufflé. Le garage rock et le psychédélisme plongeaient également tous deux leurs racines dans le blues crasseux et le rock'n'roll primitif, aidés par les drogues de l'époque et l'influence des musiques du monde déjà présentes (indiennes, afghanes...). A l'heure de la mondialisation forcenée des musiques mondiales, il n'est pas étonnant de voir ses mélanges se faire plus vite, les courants apparaître et disparaître plus rapidement. La musique, plus que jamais insaisissable et sur-active, donne alors l'impression dans son débordement de productions plus ou moins pertinentes, de tourner en rond. En vérité, elle semble surtout en hyper-activité. Tellement en fait, que même les observateurs comme vous, Mr Reynolds, n'arrivez plus à discerner le nouveau de l'ancien... (et nous non plus, il faut bien l'avouer) L'art de tout temps, s'est nourri de son passé. Et il est souvent bien assez vif pour apparaître là où on ne l'attendait plus. C'est le principe même de l'avant-garde, de ne pas être reconnu comme une forme d'art au moment de son apparition. Simon Reynolds avoue finalement qu'il est peut-être lui-même trop nostalgique, en effet, pour y prêter attention... Des réserves et un constat intime que l'auteur, réaliste, exprime donc finalement dans son ouvrage, même si la plupart des médias voudraient bien en faire l'unique représentant d'une lucidité qui s'érige contre le "c'était mieux avant" ambiant. L'ouvrage de Reynolds, lui, servi par l'impeccable slogan Pop will repeat itself (nom d'un fameux groupe du début des années 90), reste évidemment brillant, et il est fortement conseillé de le lire !  A lire aussiLa culture punk s'invite à la Villa Médicis de RomeNew-York 70, 80, 2008 : la génération qui tua ses idoles

Par Maxence
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