Dirty Projectors : Plagiaires imaginaires

04/12/2007 - 18h34
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Dave Longstreth, Dirty Projectors en chef, est un gars brillant. Ça ne faisait aucun doute à l'écoute du free folk freakout lunaire de The Getty Address en 2005, c'est encore plus évident après celle de Rise Above, sa relecture radicale et folle de Damaged, premier album de l'emblématique groupe Black Flag, pionnier du hardcore américain. D'aucun doivent penser qu'il fallait du courage à ce petit gars fluet à la voix modulée, pour se cogner les compositions équilibristes et bruitistes du groupe de furieux chaperonné par le mastoc Henry Rollins. Mais Longstreth n'en a cure, d'autant que son projet est autant un hommage, hommage à la mémoire et au temps qui passe, qu'une audacieuse révérence, celle qu'un jeune homme adresse à un groupe jadis aimé et tombé dans l'oubli. Sur The Getty Address, Dave Longstreth fusionnait déjà toutes les musiques qui l'inspiraient, de Gustav Malher à Cole Porter (deux compositeurs implicitement cités dans son oeuvre) en passant par Fela Kuti, Prince ou The Byrds. Produit par Chris "Grizzly Bear" Taylor, Rise Above, pousse le bouchon encore plus loin en unissant les pirouettes punk hardcore de Black Flag, ses break intempestifs, ses poussées de fièvre et ses envolées vocales, au free folk virevoltant et funky des Dirty Projectors.

 

 

 

Mais ne vous trompez pas, Rise Above n'est en aucun cas un remixe de Damaged. C'est tout au plus une évocation. Longstreth a en effet, partiellement réécrit l'album original à la lumière des souvenirs qu'il en gardait. La mémoire, et ses carences, est donc au coeur de ce processus d'appropriation virtuose d'une oeuvre, dont Longstreth est à la fois l'auteur et le simple interprète. Une folie, un album concept comme presque tous les albums de Dirty Projectors, et une manière de questionner le statut de l'artiste à l'aune de la mémoire et de l'histoire. Les oeuvres que nous avons aimés et que nous portons en nous pour la vie, sont-elles inscrites à jamais dans notre ADN ? Si c'est le cas, que devient l'originalité, la créativité et la personnalité ? Sur Rise Above, Dave Longstreth et sa bande semblent répondre à la manière de John Oswald, créateur du concept de plunderphonics (sortes de pillage sonore assumé réalisé à partir de bribes d'oeuvres existantes) : "Pas de création possible au 21ème siècle sans emprunts". Le sampling et l'usage copier-coller dans la musique n'est pas autre chose. La mémoire ne pouvant être contrôlée, ni taxée, les musiciens actuels sont forcément influencés par ce qu'ils écoutent et ont écouté. Partant de ce postulat Dave Longstreth fait voeu de liberté, composant une musique luxuriante et ouverte à l'interprétation dans laquelle Black Flag a sa place, tout comme la musique africaine, la pop et la musique classique ou contemporaine (C'est particulièrement évident sur "Thirsty and Miserable" où l'on croirait entendre les Beach Boys jammer avec Edgar Varèse). Reste que Rise Above, le bien nommé ("S'élever au-dessus" en VF) distille tout du long un funk évident ("No More"), une musique de l'âme ("Police Story", "Spray Paint - the Wall -") tout simplement belle, un peu comme une passade entre le meilleur des Talking Heads et les Beach Boys, Prince et Animal Collective. En tout point une réussite.

 

 

 

Dirty Projectors - Rise Above (Rough Trade/Beggars, sept 2007)

 

 

 

http://www.myspace.com/dirtyprojectors

 

Par Maxence
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