
The Cure est en pleine tournée européenne et s'est arrêté à Bercy hier soir pour un concert de plus de 3h. Compte-rendu de la soirée et dans la foulée dossier New Wave à lire de toute urgence pour revivre les "fabuleuses années New Wave".
Il faut finalement assez peu de temps, derrière la gigantesque et théâtrale machinerie d'un des groupes dinosaures des années 80 pour sentir le coeur battre et monter l'émotion. Qui peut tenir Bercy pendant 3h40 (vous avez bien lu), sans reprendre son souffle ? Qui peut aligner aujourd'hui 43 titres et quatre rappels sans jamais donner l'impression de prendre son public par surprise ? Les The Cure ont un master plan et l'exécutent comme on fusillerait quelqu'un de sa propre famille, avec tendresse et sincérité. Qui peut chanter, jouer de la guitare, se prendre le visage à deux mains et poser pour un futur DVD devant des caméras-grues avec autant d'aisance et de naturel ?
Les clones ont disparu ou presque. Des résidus gothiques sont suspendus en étendard aux escaliers à 67 euros pièce. Les seniors (de 30 ou 35 ans) ont pris le pouvoir, mais Robert Smith invite à domicile et joue dans son théâtre d'ombre de 15000 places comme il jouerait dans son arrière-cour de Crawley. L'entame nous ramène quelques années en arrière, au temps où les Cure en rangs serrés ouvraient sur "PlainSong" et "Prayers for Rain". Smith prend position et place une note tenue monumentale qui met la barre très haut et fait frissonner les murs. Smith aime Disintegration et le fait savoir. L'album qui a 19 ans maintenant est le pont naturel entre ce que les Cure ont été hier et ce qu'ils sont devenus. Il sert souvent de fil conducteur au parcours, assez peu interactif, que le quatuor tisse dans sa propre discographie. Porl Thompson ressemble à un moine soldat qui s'oublie parfois dans des solos qui lui étaient étrangers hier mais tient la boutique à cordes. La basse de Simon Gallup, jouée bas et musclé comme à son habitude, n'a peut-être jamais été aussi lourde et expressive. Jason Cooper donne du fût à qui mieux mieux. Robert Smith est au sommet de son art : sa voix est à sa botte, sa guitare domptée comme un bon cheval, capable de remplacer le clavier sur "Lovecats" ou de tromper les bandes synthétiques sorties pour la première fois. La setlist ressemble à un Greatest Hits, ce qui ici n'est pas peu dire. Cure donne du vieux et du moderne. "Kyoto Song" a fière allure, "Push" est impressionnant de savoir-faire. La nostalgie fonctionne à plein régime et donne une assez bonne idée de ce que serait une Tournée des YésYés sans Richard Anthony, Sylvie Vartan et Rika Zaraï. On s'attend à voir débarquer d'autres légendes perdues mais Smith les a bouffées au petit déjeuner et est assez costaud pour jouer tout seul à la machine à remonter le temps.
Le concert s'organise en séquences dont on sort parfois lorsqu'elles sont trop légères (2ème rappel pour les filles : "Lovecats", "Lets Go To Bed", le nouveau "Freak Show", "Close To Me" et "Why Cant I Be You") avant de replonger dans l'imparable ("Shake Dog Shake", "Primary", "Never Enough", "100 Years", puis plus loin "At Night", "M", "Play For Today" et "A Forest"). Les Cure d'aujourd'hui n'ont plus la légèreté d'avant mais cela ne s'entend que lorsqu'ils composent. "A Boy I Never Knew" lancé après "Primary" donne le change. Qui peut aimer "Friday I'm In Love" ? La mer verte fonctionne toujours aussi bien. Comme tu es belle. "To Wish impossible Things" en invité surprise et son romantisme passe encore.
Comme le concert est filmé (Cure in Paris, la revanche du fils de la fiancée de Robert Smith 2), le groupe aligne pour la galerie l'intégralité des titres joués au cours de cette tournée européenne. Le public parisien est verni. Il se tape toutes les fins alternatives jouées à Marseille, Barcelone ou Prague, et servies sur un plateau. La plongée en eaux profondes est sublime sur la dernière demi-heure et suffit sur son seul énoncé à suggérer le plaisir qu'on a à y être, encore, et toujours. "3 Imaginary Boys". "Fire In Cairo". "Boys Dont Cry". N'en jetez plus. "Jumpin", qu'on avait rarement entendu en vrai. "Grinding Halt". "10 :15". "Killing An Arab". J'ai toujours un faible pour "Play For Today", qui n'aurait pas fait tâche dans cette séquence finale. Et puis "Faith", en version un peu raccourcie. "I went alone, with nothing left but Faith". Tout est dit et pour le meilleur. Comme l'a dit Thierry Roland un soir de juillet, je veux bien mourir après ça.