
L'album commence n'importe comment : "The Light That Failed" est une chanson informe, une ébauche guitare acoustique + voix qui ne va nulle part, genre démo abandonnée. Ce n'est pas l'espèce de bruit non identifié qui se promène autour de la stéréo qui la sauve. Suit "An Orchid" qui pourrait être une (plutôt bonne) démo du dernier album de Deerhunter, avec un rythme fifties et un brouillard sonore lo-fi psychédélique. C'est déjà beaucoup mieux. Arrive enfin l'incroyable "Walkabout", enregistrée avec Noah Lennox, alias Panda Bear d'Animal Collective, et ça y est, on tient le morceau catchy, surprenant, magnifique qui dit "cet album compte".
Pourquoi donc le placer en troisième après deux des chansons les plus anecdotiques d'un excellent album ? Parce que le principe qui guide cet album d'Atlas Sound, c'est le "je fais ce que je veux". Bradford Cox n'avait pas de grand concept en tête quand il a enregistré cet album. Il l'a enregistré chez lui et sur la route, dans des bus, dans des loges. Avec des collaborateurs de passage ou tout seul. Contrairement aux albums de Deerhunter, ou au très chargé premier album d'Atlas Sound, n'est qu'une collection de chansons, un total exactement égal à la somme de ses parties.
Chaque chanson vient avec sa petite histoire : "Walkabout", c'était pendant la tournée en première partie d'Animal Collective. Cox avait demandé à Lennox de lui montrer comment sampler. Ensemble ils ont bricolé cette boucle qui rappelle forcément l'excellent album de Panda Bear, . On ne peut pas dire qu'on sente vraiment la patte de Cox qui disparait totalement derrière Lennox, mais ce n'est pas grave : "Walkabout" aurait pu de fondre dans Young Prayer, certes, mais se serait fait remarquer comme l'une des meilleures chansons de l'album.
Pour "Quick Canal", l'histoire c'est que Cox avait concocté cette instru façon Stereolab mais ne parvenait pas à trouver quoi chanter dessus. En toute modestie, il l'envoie au groupe et elle revient avec l'envoutante voix de Laetitia Sadier qui en fait la magnifique face B perdue de l'apogée du groupe.
"Sheila" serait une simple chanson à trois accords improvisée lors d'une fête pour impressionner des amis. C'est en effet sûrement la chanson la plus simple de l'album mais aussi l'une des plus émouvantes. Au total l'album compte une quinzaine d'expériences, comme autant d'ébauches d'un artiste qui se cherche et qui, plus souvent qu'à son tour, trouve de petites merveilles.
Bref, Logos est un laboratoire. Cox n'a pas peur d'apprendre en public, et c'est plutôt une bonne chose pour nous. Il n'a pas peur non plus de montrer ses influences, de se présenter en élève d'autres artistes. C'est évident sur "Quick Canal" et "Walkabout", qui toutes deux affichent le nom de leur modèle au générique, sur d'autres ce n'est pas un nom mais l'hypothèse de travail de Cox qu'on reconnait. "On peut construire une chanson autour d'une boucle de gamelan" semble avoir été l'affirmation qui a donné vie à "Kid Climax".
Logos, c'est donc un coup d'oeil passionnant dans le processus de travail de son auteur. Mais ne nous trompons pas, il s'agit plus d'un "best of" que d'une présentation objective : pour ça, il y a le blog de Bradford Cox, sur lequel il poste un flux constant de démo et d'EP virtuels. Il y a aussi les leaks : un peu plus tôt dans l'année Cox a par mégarde laissé filtrer sur le web un brouillon de Logos, composé de chansons encore moins finies, de vulgaires croquis mis en place pour l'aider à concevoir la séquence de chansons de l'album. Si Logos est si bon, c'est bien qu'il est faux. Le laboratoire de recherche de Cox est rangé, nettoyé et mis en scène comme la cuisine d'un restaurant qui aurait été prévenu de l'arrivée des services d'hygiène. Peu importe qu'on ait conscience d'être trompé, l'album n'en est pas moins bon.
Par 2goldfish