
Le titre : Elemental Themes tel est le nom du premier album de Morgan Z alias Chrome Canyon. Une référence évidente aux éléments de notre mère nature, le vent, la mer, la pluie, le roc (pas le rock non), les montagnes et les plantes. Un choix qui semble évidement pour un disque qui fait clairement référence aux pontes de l’ambient des années 70, de Vangelis à Tangerin Dream dans leurs moments les plus séquencés. Les Français de Zombie Zombie ont opté pour Rituels d’un nouveau monde au pluriel (les rituels). Et en effet, au cœur de l’album de nos zombies bégayant, on trouve sept rituels. Avec également, tout comme chez Chrome Canyon, des allusions évidentes aux éléments naturels, la forêt, les pierres, l’or.
Le résultat : Un hymne aux mystères de la nature transcendé par la magie des machines pour l’Américain, une suite d’odes magiques et profondément mystiques pour les Français. La synth-pop rétro-futuriste se tourne vers l’inexpliqué et le transcendant pour donner du sens, et de la chair, à ces sons "inouïes".

Chrome Canyon
La pochette : Chez l’Américain Chrome Canyon, une montagne isolée de tout symbolise l’album. Posée au milieu d’une étendue marine, elle étale son mystère (encore une fois) aux yeux de tous, s’imposant comme la métaphore du temps qui passe, du "plus grand que nature" et de l’érosion de tout. Quelques laser bien placés viennent rappeler qu’il s’agit d’un disque "électronique", aussi retro fut-elle. Aussi stupéfiant que cela paraisse, une montagne, ou plutôt une chaine de montagne, orne également la pochette du prochain Zombie Zombie. Et encore plus étonnant, ces sommets rocheux surplombent eux aussi une étendue d’eau, lac ou mer. Un petit travail autour des teintes et des saturations sous photoshop donne à l’ensemble un caractère follement vintage, et les novices qui trouveront ce disque dans les bacs sans connaître le groupe situeront à coup sûr son enregistrement entre 1972 et 1975 maxi.


Le résultat : Bien sur la pochette de Chrome Canyon, dans son épure, est simplement "belle". Si cela était suffisant cependant, cela se saurait. L’esthétique de l’Américain évoque plus l’advertising d’agence de voyage (venez participer au "full moon" en Thaïlande) que quelque chose de marquant et de personnalisé. Do It Yourself et un peu bâclée, celle de Zombie Zombie a tout de même plus de caractère et, on dira… d’âme.
La musique : Sur Elemental Themes tout respire la perfection d’une synth-pop désireuse de rencontrer le disco et l’electro-funk rétro, de faire danser tout en étant assez loungy pour passer à peu près partout. La production ultra-léché laisse peu de place à l’improvisation et Morgan Z a beau étaler quelques belles références (Yellow Magic Orchestra, Giorgio Moroder, Vangelis donc ou George Benson), elle semble comme désincarnée, racé mais sans véritable profondeur. A la vérité, au bout du sixième morceau d’un album qui en compte 13, on s’endort même un peu. Vivante, la musique de Zombie Zombie scande plus qu’elle n’harmonise. Primitive et pourtant groovy, elle appelle à vibrer en rythme et se déhanche parfois sur de curieux funk venu d’outre espace, saxo ponctuant les envolées cosmic du duo. Parfois foutraque, elle aussi bardée d’influences, elle donne à voir deux personnalité qui se laissent porter par la musique. Imparfaite parce que produite "comme à l’époque", elle est faite de chair et d’os, tout en nous transportant loin dans les étoiles. Et surtout, surtout, elle est véritablement étrangère, étrange et donc fascinante. Plus court sur le format album, les Zombie Zombie privilégient les ambiances variées, et au final, on ne s’ennuie pas une minute.
Le bilan : La chaleur et l’hétérogénéité de Zombie Zombie gagne haut la main sur leur concurrent américain, un peu trop froid et homogène, tout en partant pourtant sur des bases sonores, visuels et thématique similaires. On se prend soudain à rêver que l’album de nos compatriotes fasse enfin découvrir la scène cosmic française des années 70, qui valait bien celle des Allemands. Les Américains, de leur côté, ont encore du chemin à faire, exception faite de quelques jeunes pousses…

Zombie Zombie
Par Maxence GrugierFollow @MaxenceGrugier