Carl Craig fait ses sessions

12/03/2008 - 18h18
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Cette double compilation de remixes célèbre la renaissance d'un enfant prodigue, celle de Carl Craig, légende de Detroit, héritier de Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson, digne représentant de la seconde génération de producteurs de la Motor City. Avec cette double ration de Sessions hypnotiques et puissamment évocatrices, les nostalgiques d'une techno américaine aristocratique et cinématique ne seront pas déçus. Ce double CD de plus de deux heures signe en effet le grand retour de celui qui s'était dissipé à la fin des années 90 dans les projets néo-jazz (Innerzone Orchestra) et les velléités orchestrales pour spécialistes. Force est de constater aujourd'hui, et pour notre plus grand bonheur, que Carl Craig a enfin décidé de faire "sécession" d'avec ses ambitions bourgeoises-bohèmes et de revenir aux fondamentaux. Sessions évoque la ligne claire d'un retour aux sources que certains suivaient avec avidité depuis un peu plus de deux ans, traquant les remixes du maître avec l'avidité de velociraptor à jeun. Il faut dire que de Throbbing Gristle ("Hot On The Heels Of Love (Carl Craig re-version)") à LCD Soundsystem hier, l'Américain fait très fort, terrassant les clubbers du monde entier à coup de relectures implacables, pour une bonne part présentes ici.

 

 

 

La techno de Carl Craig, c'est cette musique en route vers le son pur, pourrait-on dire pour paraphraser le critique allemand Ulf Poschardt. A l'instar de Sun Ra ou de Steve Reich, dont le producteur américain est un fervent admirateur, sa musique se joue des structures fixes et s'engage dans la dissolution des formes. Sur Sessions, Craig expérimente la musique, la sienne sous de multiples pseudonymes (69, Paperclip People, Tres Demented, Psyche) comme celle des autres (Chez damier, Rhythm and Sound, Theo Parrish, Beanfield, etc.), comme un matériau sonore brut en constante évolution. Depuis Landcruising, la musique de ce petit prince du beat au kilomètre vibre en nous avec l'abandon lointain, de ceux qui se sont retirés dans une autre dimension. Musique de flux pour autoroute (de l'information), elle contient toujours en germe la pulsion moderniste des origines, même dans ses émanations les plus oldschool (69 - "Rushed" et "Psychobeat"). A ce titre, Sessions bat le pouls d'une techno éternelle, toujours innovatrice et inventive, celle d'une musique spirituelle, technologique (évidemment) et futuriste.

 

 

 

"Futurisme" n'est pas un vain mot chez Carl Craig, c'est un concept, une ligne de conduite, une philosophie de vie propice à développer un univers de science-fiction. Sa musique d'outre-espace avec ses nappes vibrantes et ses basses profondes (Junior Boys - "Like A Child", sur le CD 1 de Sessions, "Sound of Silver" de LCD Soundsystem, malheureusement absent de cette anthologie mais à se procurer de toute urgence, Xpress 2 - "Kill 100", Faze Action - "In the Trees" et en général tout le second CD) est de celle qui donne l'impression de ne jamais devoir s'arrêter, reliant en cela les poussées de fièvre du free jazz afro-américain de Charlie Parker à Miles Davis, du funk psychédélique surchauffé de Parliament-Funkadelic (Tres Demented - "Demented (Or Just Crazy)") et de l'electro allemande, ce "funk blanc", de Kraftwerk, Manuel Göttsching et plus près de nous, Basic Channel, avec toujours, cette obsession pour le sérialisme (Delia Gonzales & Gavin Russom "Revelee") et le classicisme (Francesco Tristano "The Melody"), quand ce n'est pas un certain académisme jazz (qui fonctionne parfaitement sur la monstrueuse et, il faut bien le dire défrisante, relecture de "Bug in The Bass Bin" d'Innerzone Orchestra). Avec Carl Craig, même l'évocation grave d'"Angola" par Cesaria Evora sonne comme l'incarnation afro-futuriste indépassable d'une vision à la fois ancestrale et moderne, unissant futur et tribalisme dans un vaste continuum chamanique avec une urgence et une vitalité qui font de Sessions l'une des livraisons indispensables de ce début d'année !

 

 

 

Carl Craig - Sessions (K7!/Pias, mars 2008)

 

Par Maxence
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