Bye-Bye Quality : une histoire

28/12/2005 - 23h58
Bye-Bye Quality : une histoire

 

Il faudra un jour écrire l'incroyable série de bévues, de mésententes et de quiproquos qui ont marqué les fiançailles forcées de l'industrie musicale et du web. Encore un rond dans l'eau avec ce coup de gueule envoyé par Lara Orsal, amie, et journaliste musicale (Rock Mag, Rock One, Redux, Muze, Velvet...). Un exemple qui touche certes moins de monde que le fameux projet de loi DAdVSI (jusqu'à preuve du contraire, les services presse sont réservés... aux journalistes) mais qui reste emblématique du climat de parano et de peur panique dans lequel s'ébrouent la plupart des "professionnels de la profession" (artistes mis à part, puisqu'il est vrai qu'on les entend finalement assez peu). Allons-y donc pour une histoire :

 

"On y est. La grosse machinerie est en marche. On l'a tant redoutée, on l'a repoussée pour calmer nos ardeurs et nous passer un peu de vaseline avant de nous la mettre bien profond, et là, hop profitons de la trêve du popper's noël pour y aller.Je viens de recevoir des accès sécurisés (login, mot de passe) pour me connecter au serveur de Virgin Angleterre et pouvoir écouter en streaming l'album d'un groupe dont je dois taire le nom mais t'inquiète je finirai par dire qui c'est quand je lui aurai demandé en interview son avis sur la question.En streaming watermarké donc, ce qui permet à la maison de disques de savoir quelle est mon IP, s'il n'y a bien que l'ordinateur de lara orsal qui diffuse le streaming dont l'accès lui est réservé. Je ne risque donc même pas de pouvoir écouter l'album sur un autre ordinateur que celui identifié comme étant bien le mien.C'est *parfait* : même en ayant rajouté des enceintes à mon ordinateur, le son est bien évidemment dégueulasse. Je me demande ce que le groupe, les ingénieurs du son qui ont passé des heures et des jours à mixer piste par piste chaque note de chaque instrument puis à masteriser l'ensemble, en pensent. S'ils ont le sentiment qu'on respecte leur travail ou s'ils sont aussi écoeurés que moi.Je me demande ce qu'en pensent les 42 autres journalistes (seulement !) qui ont eu l'immense privilège (ha ha) comme moi d'avoir le droit d'écouter en streaming : se sentent-ils gratifiés et dans les meilleures conditions possibles pour pouvoir faire leur travail convenablement ?Comment veux-tu que je chronique un album alors que le son est écrasé, qu'il n'y a pratiquement ni grave ni medium, que toutes les nuances sont compressées à tel point qu'à l'écoute tu as l'impression que tous les instruments (voix y compris) sont au même niveau ?Faut-il que je fasse le deuil de toutes les écoutes que j'ai l'habitude de faire : chez moi, au casque, dans la rue avec un discman, à différents volumes dans mes enceintes ou dans mes écouteurs ?De qui se moque-t-on le plus dans cette histoire ?De l'artiste. Parce qu'on ne donne à personne les moyens d'apprécier son travail à sa juste valeur : ni au journaliste qui doit travailler sur la base d'un son merdique alors que l'album est peut-être très bon, ni au lecteur qui va lire des articles forcément biaisés par les conditions d'écoute. Ce n'est plus de la musique, ce n'est plus de l'art : c'est un produit bradé".

 

Et comme ça ? C'est clair. Merci, et à suivre...

 

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