Booba vs Rohff : le clash c'était mieux avant ?

24/09/2012 - 16h25
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Depuis quelques semaines, le petit monde du rap français est en effervescence. Après une décennie d'attaques implicites, les deux poids lourds Rohff et Booba semblent s'être décidés à s'affronter ouvertement par morceaux interposés. Un face à face que beaucoup de fans attendaient, mais qui arrive à la mauvaise époque.

Rappel des faits : les racines du mal(entendu) se situent au début des années 2000. Rohff invite Booba sur un morceau de son album La vie avant la mort, mais la collaboration n'aboutit pas pour des raisons financières. Dès lors, les deux artistes déclarent se respecter mais n'avoir aucune affinité. Le problème c'est que le public les compare et les rappeurs, enfin, surtout Rohff, font parfois allusion l'un à l'autre sans se nommer, à partir de 2004. Autant d'éléments qui excitent leur public autant qu'ils le frustrent, car il ne se passe strictement rien, on a juste deux mâles alpha qui se tournent autour en grognant sans attaquer. Une situation qui s'explique par leur caractère : si Rohff a la réputation d'être impulsif, allant jusqu'à perdre son calme façon Hulk, son adversaire, plus calculateur, serait plutôt à rapprocher de Lex Luthor, le business avant tout. D'ailleurs en 2008 Booba veut rentabiliser tout ça en sortant son album 0.9 en même temps que Le Code de l'horreur de Rohff, pour s'affronter dans les bacs, comme 50 cent et Kanye West. Le rappeur du Val-de-Marne refuse.


Chacun son camp

Nous voilà donc en 2012, et c'est toujours le statu quo. C'est alors qu'arrive ce que l'on n'attendait plus : lors d'une émission radio, Rohff s'énerve et s'exclame "moi je suis pas l'autre zoulette de Booba" (zoulette, féminin de zoulou, en gros les imposteurs du milieu rap, pour faire simple). Le nom est lâché, les fans hurlent, la foule veut du sang. Aucune déclaration de Booba dans les médias mais quelques jours plus tard, il lâche le 1er extrait de son album Futur : "Wesh Morray". Enregistré avant toute l'histoire, il contient un refrain que Rohff prend comme une réponse personnelle, et le mc surenchérit avec le remix "Wesh Zoulette". Très virulent, le rappeur exprime enfin ce qu'il a sur le cœur ; le texte n'est pas subtil mais le morceau frappe dur. Et à partir de là, rien. Pour les partisans de Rohff, Booba a peur, pour les autres il a juste mieux à faire.


C'est là qu'on s'aperçoit du côté complètement anachronique de ce conflit verbal. Si cette histoire avait eu lieu il y a quelques années, une majorité aurait jugé honteux de ne pas répondre immédiatement. Ensuite il y a le laps de temps incroyable qui s'est écoulé entre le début de la brouille et le moment où elle se concrétise. Sans parler du fait queBoobaet Rohff se battent pour un gâteau qu'ils partagent désormais avec d'autres : la Sexion d'Assaut les écrase dans les bacs et La Fouine s'est hissé à leur niveau.

A cela il faut ajouter que les deux musiciens ne sont pas des clasheurs mais des pros de l'egotrip agressif : les réponses de Booba à MC Jean Gab'1 ou Sinik sont parmi les pires couplets de sa carrière, et Rohff de son côté n'a jamais consacré plus de quelques rimes aux attaques de Gab'1. Bref, rien à voir avec des battle mc comme on peut en voir au Rap Contenders où dans la vidéo ci-dessous.


En parlant de Sinik, son clash avec Booba est assez significatif de ce glissement : sans être au meilleur de sa forme, il n'avait pas à rougir de son morceau et la réplique de son adversaire n'était pas glorieuse. Le problème c'est que le mc du 91 avait promis un second morceau en cas de réponse, et qu'il ne l'a jamais sorti : une erreur fatale qui a laissé l'impression qu'il n'assumait pas ses propos. "Malsain l'assassin" a peut-être gagné son clash mais bel et bien perdu niveau communication.

De son côté, Rohff a surpris tout le monde en reproduisant ce que faisait 2Pac dans les années 90 : un clash direct à la Hit em up. Cela avait presque disparu, et une partie du public a fait son deuil du débat "qui est le plus vrai", variante rapologique de "qui a la plus grosse" : objectivement Booba contre Rohff c'est quelqu'un qui a fait de la prison pour avoir raté un braquage de taxi face à quelqu'un qui a fait de la prison pour avoir braqué son propre frère. On n'est pas vraiment chez Tony Montana. Mais il faut avouer que certains fans continuent de faire de la résistance, ce qui donne des scènes savoureuses comme celle-ci :


miroir inversé de celle-là :


D'une manière générale, le clash n'a pas disparu, mais s'est vidé de sa substance. Il fut un temps où une carrière pouvait s'éteindre suite à un morceau, ainsi KRS One a enterré MC Shan en 87 avec le morceau The Bridge is over. Des beefs légendaires ont parsemé l'histoire du hip hop : Biggie et 2Pac ou plus tard Nas et Jay-Z ont déchaîné les passions, tout en créant une émulation artistique certaine. Pour faire simple, la différence entre aujourd'hui et cette époque est la même qu'entre un simple derby et un véritable clasico.

Même l'offensive de 50 cent contre Ja Rule n'est pas comparable dans le sens où le second était déjà en perte de vitesse, avant de s'enterrer tout seul en se mettant à dos Eminem et toute son écurie, pas la meilleure des stratégies.


Trop de clash tue le clash

De nos jours, il est rare que les artistes s'affrontent par morceaux interposés, ou alors cela n'occasionne pas de réponse. 50 cent qui était pourtant abonné à ce registre préfère désormais se foutre de la gueule de ses détracteurs en vidéo. Les exceptions existent mais relèvent avant tout d'une stratégie de communication, c'est de la promo, rien d'autre.

Le mot d'ordre est au calme. 50 cent et The Game s'ignorent cordialement, Nas et Jay-Z ont fait la paix, Gucci Mane et Young Jeezy aussi, d'ailleurs d'une manière générale les artistes du Sud des États-Unis sont dans une union pragmatique : même s'ils ne s'aiment pas tous (loin de là), ils préfèrent éviter la division. Cela évite les dérapages qui peuvent finir en fusillades. Ce qui ne les empêche pas de mourir d'overdose de codéine, mais ce n'est pas le sujet.

Les seuls diss qui subsistent sont en général de deux types. Soit un inconnu/has been attaque quelqu'un bien en place (Lil Kim qui, malgré sa gloire passée, s'en prend à Nicki Minaj) soit les protagonistes semblent avoir une capacité surhumaine à l'amnésie sélective : Lil Wayne et Jay-Z se taclent discrètement au sujet de la réussite financière de leurs labels respectifs, ce qui ne les empêche pas de travailler ensemble, sans parler de Cam'ron et Jim Jones qui ont durement clashé Kanye West avant de figurer sur son morceau "Christmas In Harlem".

Du coup, pas étonnant que le mot soit galvaudé. Tout le monde a parlé dernièrement du "clash" entre Mouloud Achour et Jean-Marie Lepen. C'est le même syndrome que la popularisation de "bling-bling" : une utilisation consternante du terme à toutes les sauces, par des gens ignorant son origine. On a découvert les clash people, politiques, mais aussi les vidéos-clash chères à Morsay, et maintenant on parle même de tweetclash, le dernier en date oppose par exemple Véronique Genest à Matthieu Kassovitz.


Un combat sans vainqueur

Alors qu'en est-il du bon vieux clash bien de chez nous ? Apparemment, dès que la notoriété des adversaires est suffisamment élevée, il n'y a plus de perdant. Guizmo s'est attaqué à son ancien collectif L'Entourage sans qu'il y ait de réponse, et aujourd'hui la carrière de chacun se porte bien.

Concernant Booba et Rohff, c'est flagrant. Les fans du 1er trouvent judicieux de ne pas répondre, les autres estiment que c'est un lâche. Si le rappeur du 92 sort les crocs, ses partisans diront qu'il a raison et les autres clameront qu'il est tombé dans le piège ou que sa réponse est nulle. Bref, rien ne bouge, comme le confirme Caramel, nouveau single de Booba déjà numéro 1. Mais si on enlève tout enjeu au clash, que reste-t-il à se mettre sous la dent ? Le divertissement : on sort les pop-corns et on regarde. Sur Internet, les caricatures se multiplient, occasionnant des malentendus absurdes (le facebook officiel de Rohff qui répond au compte Twitter parodique de Booba, what else), certaines réactions sont des pépites ("insulte pas les mères, fils de pute !", par Ikbal, frère de Rohff). Au niveau du morceau, le rappeur du 94 a réussi à mettre les rieurs de son côté en parlant des "jambes de coq" de son rival, un peu comme Cam'ron qui avait marqué les esprits en comparant la tête de Jay-z à celle d'un chameau, ou les dents de 50 cent à celles d'un lapin. Depuis, les montages idiots se multiplient sur la toile.


Des vannes de cour de récré ? Sans doute, mais le rap c'est aussi ça, n'en déplaise à certains.

Par Yerim Sar
COMMENTAIRES
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Euh, c'est quoi l’intérêt de l'article? Parler de décérébrés en se mettant à leur niveau... On dirait un article de Yahoo News ou Public.
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Anonyme | le 25/09/2012 à 12h55 | Signaler un abus
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