Bojan Z - Xénophonia Nomad soul

03/06/2008 - 17h22
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Bojan Z - Xénophonia
Il a beau être sans-papier, le pianiste Bojan Zulfikarpasic a su se forger une identité, celle d'un jazzman partagé entre la technicité américaine et le folklore des Balkans.

- Exprimez-vous sur le forum jazz européenXénophonia. Le titre de son dernier album a fait jaser. Mais, pour Bojan Z, il allait de soi car il résume à merveille son état d'esprit. Le pianiste a pris, pour la première fois, une année entière pour travailler et retravailler en profondeur cet album. Le résultat est dense. Il contient diverses influences musicales, nourries par un parcours de vie un brin nomade. Il passe ses premières années à Belgrade, en Serbie. Sa mère, interprète de français et anglais, le met au piano dès l'âge de cinq ans. «Mes parents étaient très mélomanes. A Belgrade, tout le monde chante. La musique fait partie de la vie. On ne ressent ni solitude ni tranquillité». Petit, il commence par la musique classique. Adolescent, ce sera le rock. Et puis, entre ces deux «extrémités», il se retrouve dans «l'attitude jazz».Grâce à une bourse, il passe quelques mois aux Etats-Unis au Blue Lake Fine Arts Camp dans le Michigan. En 1988, âgé de vingt ans, il débarque à Paris et s'inscrit au C.I.M, une école de jazz et de musiques actuelles. «L'année 88 était un bon cru. J'ai pu y rencontrer d'autres musiciens, notamment le saxophoniste Julien Lourau, avec qui j'ai enregistré des albums par la suite». Bojan Z s'intègre dans la vie nocturne parisienne. Il joue dans les clubs de jazz et en particulier au Petit Opportun, où se retrouve une faune de jeunes artistes prometteurs. Mais lorsque le pianiste évoque cette période, il n'élude pas les moments difficiles °: «Il fallait que je sorte du territoire français tous les trois mois sous peine d'être expulsé. J'étais traité comme de la merde», lance-t-il encore amer. Il ne se décourage pas°: «Je me sens partout chez moi». Et continue donc à tourner sur les petites scènes. C'est d'ailleurs ce qui lui permet d'affirmer progressivement «un point de vue» musical.La rencontre avec Henri Texier est déterminante. Après avoir écouté une cassette du quartet de Bojan Z, le contrebassiste français le contacte. «C'est le début d'une grande aventure», affirme le pianiste. En 1991, Henri Texier lui propose de jouer dans son Azur Quartet. En 1993, il sort un premier album avec Label Bleu et enregistre An Indian's Week avec le quartet de Texier. «Lors des tournées, on passait du temps dans la voiture à discuter. Parce que le jazz contient avant tout une dimension humaine. La musique est toujours en rapport avec la vie et ceux sont les rencontres qui forgent l'inspiration».Dans ce dernier album, Bojan Z pétrit un jazz toujours très imprégné par la musique traditionnelle des Balkans. Et, à l'image de la pochette de l'album, Xénophonia déploie un imaginaire fantasque, exalté et réjouissant. Bojan Z pourrait bien être cet homme-gravure, venu d'un siècle improbable, qui joue du tambour et porte sur lui tous les instruments du monde. C'est sans doute lui.Xénophonia, Bojan Z, 2006, Label Bleu.

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