Beautiful outsider Chez WEA, juillet 2008

21/07/2008 - 11h58
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Bobby Gillespie, le leader de Primal Scream, est un survivant de l'indie rock, un Ecossais au coeur tendre et à la santé d'acier qui aura réussi, bien que personne ne se soit jamais extasié sur son talent ou son génie, à croiser (et à faire) l'Histoire du rock à plusieurs reprises. Gillespie a beau avoir fait autant, si ce n'est plus, pour la cause que des légions de génies supposés (les [people rec="0"]Beck[/people], [people rec="0"]Oasis[/people], [people rec="0"]Nick Cave[/people]...), la critique le tiendra à jamais pour un outsider et un gars à qui il manque l'étincelle qui déclenche l'admiration sans réserve. Intéressant, souvent audacieux, long en bouche, Beautiful Future ne changera sans doute pas la donne dans l'esprit des détracteurs du Scream. Dommage pour eux.

On peut le dire d'emblée : ne fera pas pencher la balance Primal Scream du bon côté. L'album, surprenant d'audace après le couillu , est assez mal accueilli par la critique, alors qu'il témoigne, chez un groupe créé en 1982, d'une évidente capacité à se renouveler et à questionner ses méthodes de travail. Alors que Bobby Gillespie (il l'a dit dans la presse) a quelque peu assaini son mode de vie (il ne prend plus de drogues...qu'occasionnellement), voilà qu'on lui fait le procès de lorgner vers le mainstream, d'étouffer la rage qui se dégageait de ces derniers albums pour jouer (mal) au crooner, au songwriter qu'il n'est pas et à la chochotte transgenre. Primal Scream est accusé de légèreté. Si on l'écoute sérieusement, Beautiful Future est à peu près à l'opposé de ces attaques, un album qui n'a pas la cohérence sonore des précédents mais qui rassemble des titres de qualité, souvent audacieux et pas dénués d'ambitions.

Phénomènes

 

Le titre éponyme donne le ton et constitue l'un des morceaux les plus mélodiques et réussis du groupe. Sur un son plutôt pop, Gillespie place son meilleur texte depuis longtemps (ce n'est pas son fort d'ordinaire) en forme de balade post-ballardienne en dehors des murs de la ville. "Take a ride outside the city. Tell me what you see. Empty houses, burning cars, naked bodies hanging from the trees." C'est beau et glaçant comme le Phénomènes de [people rec="0"]M. Night Shyamalan[/people], politique et poétique à la fois et surtout rarement dosé aussi subtilement. "Can't go back" déroule une pulsation affolante et surprend par la tonalité du chant (plus grave d'ordinaire). Le lancement psychédélique du titre en road-movie cède la place à une pulsation affolante (le clavier Duffy et la basse de Mani sont épatantes) qui évoque tout autant des "The Flaming Lips" rec="0" speedés que des [people rec="0"]Supergrass[/people] redevenus jeunes. Les cinq minutes hypnotiques de Uptown, pendant lesquelles le groupe appuie sur une pulsation primaire (à la basse) et n'en démord pas forment un hommage intéressant aux influences soul du groupe. Le titre est aussi expérimental que suicidaire mais réussit à tenir en haleine sur sa répétition.

 

The Glory Of Love

 

Le titre 4, répété en version single en toute fin d'album, constitue le coeur du drame : Primal Scream fait son "The Cure" rec="0" qui fait son "LoveCats" ou son "Just Like Heaven". Le titre introduit par des sonorités japonisantes est un single imparable, une de ces love songs brisées qui ont un potentiel de séduction (crasse) incroyable. Le chant est salace et comme prononcé depuis un boudoir insalubre. "Why do we hurt each other so much ? It's the glory of love." Gillespie semble avoir volé le secret des hits pop décalés aux frères "The Jesus and Mary Chain" rec="0". Il est si content qu'il tentera plus loin "I Love to Hurt (You Love to Hurt)" et dans le même album, un clin d'oeil au titre dont il est si fier. Le titre 8 est une version effondrée, massacrée et étouffée du 4, morceau parfait en tout point et agaçant par sa facilité. La relecture marche moins bien et sent le réchauffé. La version single qui clôt l'album est encore meilleure mais décentre l'album tout entier.

 

Pour s'en remettre, Primal Scream n'a d'autre choix que de poser un instrumental étrange, Suicide Bomb, à la suite. L'intro dégage une belle puissance martiale (Paul Epworth, le producteur de [people rec="0"]Bloc Party[/people] est aux manettes) qui se prolonge sans aucune variation sur 6 minutes. L'angoisse monte avec la scansion du rythme et l'absence totale de progression. Le morceau gonflé est une réussite et un coup de poker parfait.

 

 

 

Zombie Man

 

"Zombie Man" tombe comme un cheveu sur la soupe. Primal Scream ré-endosse son costume de "The Rolling Stones" rec="0" fous et livre un titre médiocre, zébré par des guitares bluesy. Rebelote avec "Necro Hex Blues", renforcé par Josh Homme des [people rec="0"]Queens of the Stone Age[/people], qui manque d'identité dans l'explosion. "Beautiful Summer", étrangement coldwave et quasi gothique avec ses guitares qui sonnent comme des claviers nous prend à revers mais tire son épingle du jeu avant qu'on ne fonde une dernière fois sur une sublime balade inattendue : "Over and Over". Là encore, Gillespie fait preuve sur un fond acoustique d'une sensibilité qu'on ne lui connaissait pas. On peut trouver ça gnangnan mais aussi considérer qu'il n'y a rien de plus beau qu'un homme qui fait des promesses de cette façon. "All you have to do is speak out my name. And I will come running any day." Primal Scream montre qu'on peut remplacer du bruit par du silence et faire aussi mal.

 

 

 

Beautiful Future est un album plus intéressant que détonnant, un de ces albums qui risquent de prendre de la valeur et de la saveur avec les années. Primal Scream y apparaît sous un jour certes nouveau, plus policé, plus pop, mais sans se départir de son immense capacité à explorer, avec ses moyens inégaux et son manque d'organisation, à tourner sa musique dans toutes les directions. Un disque mineur, donc, mais mineur de fond.

 

 

Par Benjamin Berton
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