Battles : Tribalisme 2.0

23/05/2007 - 17h32
Battles : Tribalisme 2.0

 

Voici venu les quatre cavaliers de l'apocalypse math rock ! Vous connaissez Anthony Braxton, le fameux compositeur de free-jazz, multi-instrumentiste (pianiste, percussionniste, saxophoniste...) et grand promulgateur de l'improvisation libre ? Et bien Tyondai Braxton, le frontman de Battles, est son fils ! Ce qui explique beaucoup de choses. Entre autre, le goût immodéré du groupe pour l'aspect free, les enchevêtrements rythmiques, l'hybridation des genres et l'improvisation savamment orchestrée. Si l'on ajoute à cela la présence de John Stanier, l'ex-batteur de Helmet, le groupe hardcore des 90's (proto-mathcore pourrait-on dire) ainsi que de l'ex-Don Caballero Ian Williams, on comprend mieux le pourquoi et le comment des choix artistiques et des prises de risque de Battles. Du math rock chez Battles, on retrouve bien sûr la complexité des constructions et surtout, des déconstructions, mais également les enchaînements de break savants, de riffs escarpés et de mélodies trippées. Du post-rock, on retient les influences du free jazz, de l'afro-beat (Fela n'est jamais loin dans Mirrored), du hardcore américain des années 90 et de la world music. Pour autant, et contrairement à ce que certains ont pu en dire, Mirrored n'est pas un disque de "jazz rock" ! Et ça, c'est plutôt une très bonne surprise d'autant que leurs deux précédents e.p. BEP et EPC, abrupts et froids, ne nous avaient pas franchement convaincu.

 

Ce qui est évident dès les premières notes, c'est la filiation Liars/Animal Collective. Un rapprochement qui s'impose immédiatement non seulement d'un point de vue géographique (ces groupes sont voisins de paliers, ou presque) mais aussi d'un point de vu sonore. On trouve dans Mirrored la même folie, la même quête de renouveau et d'innocence. A une différence près pourtant. Au contraire des premiers, la musique de Battles est bien souvent lumineuse et enjouée, même si complètement déjantée, et par opposition aux seconds, elle est parfaitement contrôlée, tout en gardant assez d'espace et de liberté pour respirer. "Rainbow" en est le parfait exemple. Mais surtout, par delà ses qualités intrinsèques, relevant principalement d'une habilité technique et d'une maîtrise à toute épreuve (qui aurait pu se révéler saoulante sur la durée), Mirrored contient un vrai tube, ce qui est assez rare dans le domaine de la musique d'avant-garde pour être noté. Cela explique certainement aussi son retentissant et inattendu succès médiatique. Je veux parler d'"Atlas" bien sûr. Un pur moment de folie frénétique et chamanique. Une ritournelle à la fois diabolique et innocente, grisante mais difficile, et pourtant, soyez sûr qu'après deux ou trois écoutes (qui vous laisseront certainement incrédule), vous ne pourrez plus vous en défaire et vous vous surprendrez à imiter les cris égarés de Braxton, ou à chantonner cette litanie exaltée.

 

Ce qui nous amène à la dimension chamanique et tribale de Battles, dont les racines plongent bien évidemment dans le free jazz et par là même, dans l'héritage fantôme de l'Afrique, sa polyrythmie, sa sauvagerie, sa transe, illustrées entre autre par "Prismism", petit insère en forme de rappel séparant l'hypnotique "Bad Trails" et le très math "Snare Hangar" avec ses yodels pygmés. Enfin, Mirrored contient aussi de très belles "chansons", même si le terme peut sembler éculé pour décrire ses compositions dingos. On peut au moins dire que les Battles savent trousser d'envoûtantes mélodies. On pense à "Atlas" bien sûr pour son côté entêtant, mais aussi à "Race In" et ses faux airs d'Ennio Morricone, à "Tonto" et son intro délicate, à "Leyendecker", son rythme lourd, ses nappes, son chant extra-terrestre. Quant aux autres, "Race Out", "TIJ" ou "DDiamondd", ils dégagent une énergie et une folie rarement égalée sur disque depuis Funkadelic, Sly And The Family Stones, Sonic Youth, TV on The Radio ou Don Caballero. A ce propos, ceux qui auront la chance d'assister à ce déchaînement sonore, sur scène, le samedi 26 à la Maroquinerie, risquent bien de rester durablement scotchés puisqu'on annonce des concerts surpassant largement l'album. Ne ratez pas ça ! Quant à Mirrored, il est intégralement en écoute sur le profil myspace du groupe.

 

Battles - Mirrored (Warp/Discograph, mai 2007)

 

Battles en concert le 26 Mai 2007, le samedi de 19h30 à 21h30 à LA MAROQUINERIE, 23 Rue Boyer, 75020 PARIS.

 

Par Maxence Grugier

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