
Bad Panda Records est un label émergent. Né en Décembre 2009, la fine équipe de Bad Panda s'est donné comme objectif de créer une structure de label numérique, basé sur les licences Creative Commons, avec un mojo terriblement simple : chaque lundi, une sortie toute fraîche disponible gratuitement en téléchargement. Une recette qui fait mouche, le label a désormais une belle notoriété et une sortie vynile à son actif (l'excellente galette psyché des Italiens de Dumbo Gets Mad).On a eu l'occasion de poser quelques questions à Claudio, fondateur de Bad Panda (mais aussi de l'excellent site de streaming Stereomood) : ça parle copyright, création et recréation... action !
Salut Claudio, alors pour commencer, c'est quoi Bad Panda Records ?Bad Panda est un label qui partage une nouvelle sortie chaque lundi, sous licence Creative Commons. C'est assez simple finalement, on veut promouvoir les artistes qu'on aime dans cet océan de musique libre (légale/illégale) qu'est Internet. Le label a pris beaucoup d'ampleur cette année avec la sortie vynile de l'album de Dumbo Gets Mad (à écouter par ici). Et je n'ai aucune idée de nos prochaines directions... mais j'adore ça !

Quel est l'intérêt des licences Creative Commons face au copyright pour un label musical ?
En tant que label, principalement, ça nous facilite le travail. Les règles appliquées aux morceaux sont simples et flexibles, elles sont facilement adaptables aux usages non-commerciaux, aux projets scolaires ou aux vidéos de fans, autant de choses désormais perdues dans l'univers du copyright. N'oublions pas qu'il y a de nombreuses années, à sa création, le copyright avait pour objectif d'encourager la culture à se dynamiser, à se propager le plus largement, à donner au public un accès abordable au contenu... une définition qui ne colle plus du tout. Aujourd'hui, au mieux, le copyright paraît anachronique dans notre ère 100% digitalisée, au pire, il sert d'outil pour maintenir le modèle commercial qui a enrichi les industriels de la musique.

Le processus de création/re-création culturel a toujours existé dans les sociétés humaines et a toujours été légal, excepté lors d'un siècle : le nôtre (même si les remixeurs, qui copient-transforment-combinent, sont plus vivants que jamais). Dans notre siècle, la culture est devenue un produit "read only" et le public un "consommateur". Internet et les Creative Commons créent maintenant une génération à la fois consommatrice et productrice. Sans licences Creative Commons, le producteur est un pirate (si vous uploadez sur Youtube une chanson de Prince ou même un remix ou une reprise par exemple).Les problèmes générés par le copyright sont à la fois passionnants et un peu dingues. Par exemple, tu sais que chanter "Happy Birthday to you" en public est encore illégal ? Des oeuvres comme le documentaire RiP : A remix Manifesto ou le livre Remix de Lawrence Lessig restent des incontournables, à mon avis.D'un autre côté, je ne suis pas sûr que le téléchargement gratuit soit le meilleur modèle pour tout le monde... on verra bien d'ici quelques temps si ça marche pour nous. Ce qui est intéressant c'est que, pour le moment, tous les groupes qui bossent avec Bad Panda en sont très heureux.
Côté groupe d'ailleurs, comment vous les choisissez, comment vous en parlez ?
On choisit les sorties parmi les soumissions qu'on reçoit et les autres artistes qu'on aime beaucoup. Le Panda est très éclectique, mais en tant que label né sur le Web, on s'intéresse particulièrement aux nouveaux sons, aux nouvelles tendances.D'ailleurs, pour nous envoyer vos sons, c'est badpandasubmit at gmail.com. On écoute chaque titre reçu et on répond à chaque e-mail, même si c'est parfois un peu long, désolé. On reçoit beaucoup d'électro mais on s'intéresse à tout ce qu'on entend.Côté promo, on fonctionne selon les cas. Généralement, on commence par promouvoir les groupes sur le blog, notre page Facebook, Twitter, Hype Machine, Stereomood bien sûr, notre compte SoundCloud, Free Music Archive, Tumblr... la liste continue.On a beaucoup d'artistes américains, mais on veut garder le Panda universel, j'aime cette citation : "On vit tous sur Internet, c'est notre nouveau pays, le seul territoire qu'il fait sens de défendre et protéger".
Pourquoi le Panda est "bad" (méchant) ?
En fait, le Panda est énervé, pas méchant. Il a les boules contre le monde dans lequel nous vivons. Lui et nous, on veut que plein, plein de choses se terminent bientôt.
Par Cédric Bégoc