And Also The Trees : meilleur groupe coldwave vivant ?

09/01/2008 - 11h12
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And Also The Trees : meilleur groupe coldwave vivant ?

Découverts et lancés par The Cure (Lol Tolhurst notamment) au tout début des années 80, les And Also The Trees font partie (avec Wire, The Only Ones, entre autres) des quelques grands groupes mésestimés des 30 dernières années. Influencés par les sonorités post-punk (rural en ce qui les concerne) dans un premier temps, les And Also The Trees amorcent une belle mutation musicale en 1986 lorsqu'ils sortent l'album Virus Meadow. La texture de leurs chansons s'enrichit alors pour aboutir à une sorte de punk atmosphérique, tendu, lugubre et en même temps branché. La voix de Simon Huw Jones, leur leader et parolier, fait merveille dans un registre pas si éloigné de celle de Ian Curtis, grave et hanté, mais qui évoque parfois par ses déraillements la puissance de Nick Cave. Le lyrisme d'And Also The Trees est renforcé un peu plus tard par l'arrivée d'un clavier qui vient aérer un dispositif certes moins cohérent que celui des Mancuniens, mais tout aussi anxiogène. Inventeurs de la coldwave rurale ou du bucolic post-rock (courant auquel on rattachera plus tard nos chouchous de Hood), les And Also The Trees connaissent une carrière qui va crescendo jusqu'à la fin des années 80 marquée par la sortie du beau (mais un peu intello) Farewell to Shade. Les Trees se taillent alors un beau succès en reprenant à leur sauce le "Lady D'Arbanville" de Cat Stevens. Les années 90 marquent ce qu'on peut considérer (tout le monde n'est pas de cet avis) une dégringolade artistique. Comme les Cure, les Trees se laissent embobiner par des claviers, des orgues et autres trompettes envahissants qui cassent l'ambiance pour laquelle on les aimait. Après une pause de quelques années, les Trees sont revenus aux affaires avec un agréable Further From The Truth, en 2003, et un (dixième?) album enfin aussi bon que leurs anciens chefs d'oeuvre.

(Listen for) The Rag and Bone Man est un album précieux qu'il est plus facile d'écouter que de commenter. Enregistré (selon ce qui se dit) principalement dans un manoir (hanté) du XIème siècle en pleine campagne anglaise, puis terminé dans une église victorienne de l'East End, l'album bénéficie de la présence (vade retro synthetizer) d'instruments véritables. Une double basse a été appelée en renfort et donne une profondeur de champ aux harmonies du groupe. C'est d'ailleurs cette épaisseur et cette facilité à fixer les ambiances qui caractérisent cet album envoûtant. "Domed", "Beautiful Silence" et "Rive Droite" constituent un tryptique d'entrée tout bonnement sublime et qui nous projette d'emblée dans une campagne lugubre et hantée par des vents spectraux. La voix de Huw Jones donne le sentiment de se plaindre et de saigner vivant, comme on entendrait en se baladant dans la lande la voix d'un Heath Cliff en train de lâcher les chiens. "Mary of The Woods" est une très belle chanson d'amour qui s'ouvre sur le crépusculaire et plus dynamique "The Way The Land Lies". And Also The Trees maîtrise parfaitement les quelques montées d'adrénaline distillées ça et là et nous balade à sa guise entre des évocations de légendes romantiques ("The Saracen's Head") et des titres un peu plus légers (le moyen "Stay Away from the Accordeon Girl"). "Candace" évoque la fille sacrifiée et vénéneuse des romans de Faulkner tandis que la "Legend of Mucklow", titre très travaillé et carrément déstructuré, semble évoquer la vie d'un étrangleur (je ne suis pas sûr d'avoir tout compris). Le final "Man with a Drum" et "Under the Stars" vient de nous convaincre de l'excellence de cette musique, à la fois intouchable et parfaitement organique. La musique d'And Also The trees n'est jamais plombante et ne ressemble en aucune façon à ces conneries de groupes à vampires qu'on entendait il y a quelques décennies. Le son est riche et incorpore des textures jazz et des harmonies qui ne sont pas sans rappeler parfois les expérimentations de Sonic Youth. La voix du leader est à elle seule un instrument qui réussit à contourner sa relative faiblesse par une palette de modulations capable d'emmener les morceaux dans des genres différents.

 

 

 

(Listen for) the Rag and Bone Man, si on ne considère pas cette musique dépassée par l'époque (c'est notre cas), est un album post-gothique tout à fait recommandé, voire indispensable. Il a, en outre, le mérite de démontrer qu'on peut encore fait de bons albums dans des vieux groupes (ou de vieux albums dans des grands groupes), ce qui en ces temps de reformation à outrance, nous laisse pas mal d'espoir.

 

PS : pour info, le rag and bone man était un type qui passait dans les campagnes au siècle précédent en rachetant aux habitants les vieux vêtements et tout ce qu'ils avaient à lui abandonner.

 

http://www.andalsothetrees.co.uk

 

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