Alizee vs Lorie : le sexmatch des Lolita

17/12/2007 - 13h03
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Alizee vs Lorie : le sexmatch des Lolita

Quand une Lolita vieillit, elle a tendance à coucher avec une ministar de la chanson (Garou, Jérémy Chatelain), à vouloir rénover son "staille" et à raccourcir un peu plus la taille de sa minijupe, histoire de cacher les premières pattes d'oie qui apparaissent dans l'entrecuisse. Heureusement pour nous, Lorie et Alizée n'en sont pas encore là, même si, à respectivement 23 et 25 ans, Alizée Jacotey et Laure Pester sont de vieilles routières du showbusiness, elles n'en ont pas pour autant perdu leur fraîcheur et leur enthousiasme. Alors que la jeune Corse amorce son virage arty (chaud) par un album plus sophistiqué, electro-pop, l'autre se tourne définitivement vers le dance-floor de quartier pour servir (théoriquement, seulement, parce qu'à part un ou deux titres, cela ne saute pas aux oreilles) la tektonik sur un plateau aux masses ados provinciales.

Puisqu'on va encore m'accuser de tirer sur les ambulances et de m'intéresser à ce que je ne devrais pas, je me contenterais pour une fois d'un constat lapidaire : les deux albums ne valent pas grand chose et ne mériteraient pas d'être écoutés s'ils n'étaient promis tous les deux à un succès populaire, se transformant de fait en (sic) "outils de compréhension du monde moderne". Cela n'empêche pas qu'on puisse les trouver sympathiques et écouter avec un plaisir coupable un ou deux titres qui sortent du lot. Côté Alizée, l'album est intimiste et pop. Le single Melle Juliette donne une assez bonne image de ce que veut faire l'ex-Lolita à savoir une pop léchée, intelligente et si possible entêtante. Psychédélices est bien produit, bien outillé, mélangeant des sonorités électro de bonne facture avec des guitares bienvenues, une vraie recherche de composition et des tas de références incongrues. Melle Juliette parle de Commedia dell' arte, des Montaigu et Capulet, du bon William, on trouve plus loin une chanson baptisée "Mon Taxi Driver" ainsi que sur "Fifty Sixty" des mentions de Lou Reed et de Nico , ou encore de la Motown sur Lilly Town. On peut aimer ces rimes typiquement françaises, ces jeux de mots à la Raymond Devos ou les trouver carrément cheap ("tu bois le calice jusqu'à l'hallali" sur Psychédélices; "mon lover goûte la saveur sous mon pull-over") mais le fait est qu'il y a eu du boulot et que cela se sent. Malheureusement, il reste difficile de s'enthousiasmer pour un album dont n'émergent que quelques titres (le single, "Lonely List" et "Idéaliser") et qui, le reste du temps, se traîne un peu. Jamais plus ressemble à un bon titre de Mylène Farmer. "Décollage" démarre bien mais vire à l'insupportable et enchaîne les métaphores astronomiques jusqu'à l'overdose. L'effet aurait pu faire un beau final amoureux si le morceau était un peu moins long et gardait sa vivacité jusqu'au bout. Les paroles accusent le coup "c'est toi qui m'as fait un peu divine"...juste un peu alors. Ne devrait-on pas dire d'ailleurs..."fait un peu divine" ?

Lorie n'évolue pas du tout sur le même registre, au point qu'on se demande si les réunir dans un même article est pertinent (non de toute évidence, sauf à assumer un fond de pédophilie - aujourd'hui dépassé par l'état civil des damoiselles). Alors qu'Alizée parle de sa vie, de ses amours, de son "intériorité", la jeune Pester semble se contenter d'approches plus superficielles. Les textes sont clairement moins précis, les termes souvent génériques et les préoccupations moins subtiles : Lorie danse, va vite, fait oeuvre de bons sentiments, mais ne fait clairement pas dans la chanson d'analyse psychologique... Les chansons perdent en force et en émotion mais permettent en revanche à un auditoire de les interpréter à sa guise, voire de récupérer ses mots d'ordre et de les prendre à son compte. Brodant sur son propre personnage et sur son parcours, Lorie développe en réalité le thème fort intéressant de l'identité troublée, du passage de la femme à l'enfant. Cela donne des chansons un rien schizophrènes où des interrogations métaphysiques ("nul ne sait vraiment qui je suis vraiment, la femme ou l'enfant. L.O.R.I.E..je n'ai rien d'une poupée de son, de cire au musée" sur le très bon single "2lor en moi") ou des étalages de bons sentiments qui font sourire ("la planète se déchire pour le chacun pour soi." sur "Le Bonheur").

Le son évolue entre une electro assez primitive et plutôt efficace ("2Lor en moi", "L'accalmie" et son démarrage tektoniko-fête du tuning). Parfois, la découverte d'un problème "important du monde moderne" conduit à une révélation épatante et émouvante à la fois. La chanson "1 Garçon" sur un petit ami qui devient pédé (Billy Crawford ?) est tout à fait juste : "est-ce que je perdrais la raison parce que t'aimes un garçon ?"). Entre Indochine et Taxi Girl, le morceau assez enlevé, plus rock, affiche quelques belles qualités et constitue le morceau le plus écoutable de l'album. Le reste sonne souvent toc et trop étudié pour être honnête :" je suis aujourd'hui comme j'ai envie. Je suis pas un ange qu'on échange pour l'une ou l'autre.", sur "Pas un Ange". Lorie trouve quelques belles formules ("j'ai mis des années à apprendre à voler. J'ai mis des années à apprendre qui j'étais." sur On ne grandit vraiment jamais, mais peine à mener une chanson au bout. On retiendra une autre thématique évidente : celle de la vitesse dans un univers libéral. Lorie croit en l'individualisme et à la capacité de prendre son destin en main. C'est une femme pressée sur Je vais vite "je vais vite. Je m'entraîne à ne pas perdre une seconde" "Appuie sur play. Le son va t'emporter. Il ne faut pas s'arrêter.", sur "Play". Lorie, l'ancienne égérie de Raffarin (qui trouvera ici une inspiration sans fin "tu crois que le monde n'appartient qu'à ceux qui maîtrisent leur destin. Avance encore malgré les éclats du sort", Jean-Pierre sur "Avance encore") a un côté James Dean des familles, une dimension suicidaire qui la pousse à consommer ou consumer sa jeunesse à toute allure. Ca s'échauffe sur la fin avec des titres au contenu plus explicite comme "L'amour autrement" ("tu me fais l'amour autrement. C'est ça que j'aime", espérons que Garou ne soit pas sodomite) ou le plutôt bon "La Reine", ultrarapide et offensif :" Je veux la nuit, je veux le jour, je veux l'amour". Yeah.

On terminera très sobrement sur cette belle citation de Lorie : "tu as l'énergie et la force d'avancer. Il suffit de la trouver". Confucius tremble et nous avec. Ce qui fait peine ici, c'est qu'on se sent hors du coup si cette musique est vouée à s'imposer dans la durée ou à être jugée un jour comme une musique estimable; car on n'en perçoit pas les qualités. En vieillissant, les lolitas perdent leurs attraits sexuels premiers et doivent se recomposer entièrement. Cette mutation irremédiable est à la fois fascinante et désolante lorsqu'elle libère une nouvelle créature dont le talent est... absent. Il est un peu trop tôt pour dire ce qu'il adviendra des 2 misses (l'industrie du disque bataillera pour les maintenir en vie le plus longtemps possible et tant qu'elles rapportent) mais on a peur pour elles.

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